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jeudi 9 novembre 2017

Hamas : Percée politique fulgurante de Yahya Sinwar



HAMAS : PERCÉE POLITIQUE FULGURANTE DE YAHYA SINWAR
Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps
            

          Les Palestiniens étaient à la recherche d’un leader incontesté ; ils semblent l’avoir trouvé en la personne de Yahia Sinwar dont la percée fulgurante au Hamas était imprévisible. C’est véritablement l’homme qui monte aujourd’hui. Personne n’aurait cru qu’un islamiste du Hamas, inconnu il y a quelques mois, pouvait regrouper sur son nom autant de suffrages. On le voit même passer du bureau politique de son parti à la tête du mouvement national palestinien, écartant ainsi tous ses concurrents.

Accord octobre 2017. Sinwar en costume clair.

            Moins d’un an après sa nomination à la tête du bureau politique du Hamas à Gaza, il est devenu un dirigeant écouté parce qu’il a su prendre des initiatives que certains qualifient d’audacieuses. Il a accepté la réconciliation avec le Fatah quitte à occuper un poste de responsabilité de deuxième plan puisque l’Autorité palestinienne a repris les rênes du pouvoir à Gaza. Il s’est rapproché de l’ancien homme fort de Gaza, Mohamed Dahlan, également ancien chef des services de sécurité de Yasser Arafat et le protégé des Émirats Unis. Enfin, il s’est rendu plusieurs fois au Caire pour consolider le rapprochement avec l’Égypte. Mais il se sent à l’étroit dans son petit bureau de Gaza et aspire à plus haut . Homme de compromis, il ne dirige pas le Hamas à la trique; il écoute, il consulte, il s’informe et reste l’homme des décisions collectives. Ses méthodes ont ringardisé les chefs historiques, Abbas, Haniyeh et Mechaal.
Houssam Badran

            Houssam Badran, membre du bureau politique du Hamas basé au Qatar, a précisé que : «Les décisions du Hamas sont prises par son conseil de la Shura et ses principales institutions, mais chaque dirigeant laisse sa propre empreinte digitale. Sinwar croit au travail institutionnel au sein du mouvement, mais il est dynamique, énergique et prêt à prendre l’initiative. Quand il s’agit de la position générale du mouvement et de la réconciliation avec le Fatah, il ne prend jamais de décision sans consulter l’ensemble de la direction. Sinwar est un dirigeant efficace et influent, et sa position en tant que responsable du Hamas à Gaza lui donne la possibilité d’agir et d’imposer son influence tant à l’intérieur qu’à l’extérieur».
            Les mauvaises langues djihadistes pensent qu’il a été trop longtemps, de 1988 à 2011, au contact des Israéliens dans sa prison et qu’il souffre du syndrome de Stockholm. Certes, il a appris d’eux le sens des responsabilités, de la modération, du compromis et les rudiments de démocratie qui manquent dans les pays arabes. Même en détention, il était resté actif en prenant la direction de l’organe de représentation des prisonniers du Hamas dans les prisons israéliennes. Homme d’expérience, il était déjà au sommet bien avant la création du Hamas en 1987. En effet les Frères musulmans lui avaient confié, en 1985, la création d’un embryon de service de sécurité à Gaza, ce qui lui a permis, plus tard, d’occuper une sorte de place de «ministre de la défense», mais toujours à l’abri des media.
Camp de réfugiés Khan Younès

            Il est né à Majdal Ashkelon en 1962 dans le camp de réfugiés de Khan Younes où il a vécu avec sa famille. Il a entrepris des études dans les écoles du camp jusqu'à la fin de ses études secondaires puis a rejoint l'université islamique de Gaza pour obtenir un BA, baccalauréat en arabe. Par rapport à ses concurrents, et grâce à son expérience en matière de sécurité et à sa compétence militaire, il représente un lien solide entre les ailes politiques et militaires du Hamas. D’ailleurs, son frère Muhammad al-Sinwar, membre des Brigades Ezzedine al-Kassem, a été l'un des architectes de «l'accord Shalit».
            Yahia Sinwar a passé 22 ans dans les prisons israéliennes, depuis 1982 où il avait été placé pour quatre mois en détention administrative. En 1985, il avait été arrêté pour avoir créé le service sécuritaire Majd du Hamas. A nouveau arrêté en 1988, il avait été condamné à la réclusion à perpétuité pour le meurtre de collaborateurs palestiniens. Il avait été libéré en 2011, avec 1.027 autres prisonniers, dans le cadre de l’accord Shalit d'échange de prisonniers. 
Libération de Sinwar

          Son incarcération lui a permis de parler couramment l’hébreu et d’écrire des livres sur les activités du renseignement israélien. Mais en septembre 2015, le Département d’État américain avait ajouté son nom à sa liste des terroristes mondiaux parce qu’il était considéré alors comme l'un des leaders les plus impitoyables du Hamas. Il semble que la prison l’ait assagi en le rendant plus réaliste, sans perdre ses convictions.
            Dès sa libération, Sinwar avait été élu membre du bureau politique du Hamas avec la responsabilité des prisonniers israéliens dans les prisons du Hamas. Il fut rapidement un artisan de la réconciliation avec l'ennemi juré de Mahmoud Abbas, Mohamed Dahlan, exilé aux Émirats, dont le porte-parole a expliqué son revirement vis-à-vis du Hamas : «Le charisme de Sinwar a joué un rôle majeur. Bien que le Hamas soit un mouvement institutionnel doté d’un Conseil de la Shura et d’un bureau politique, cet homme a priorisé les considérations nationales plutôt que les intérêts partisans et a brisé la glace entre nous et le Hamas. Il a rencontré Dahlan au Caire en juin et il y a quelques jours seulement, Dahlan lui-même nous a dit qu’il cherchait un leader aussi enthousiaste que Sinwar depuis 10 ans maintenant. En outre, l’Égypte voit Sinwar comme un dirigeant avec lequel elle peut être d’accord parce qu’il croit que les considérations nationales sont plus importantes que les affiliations idéologiques». 
          Il est vrai que Sinwar tient beaucoup au consensus. Le 24 octobre, il avait souligné que la réconciliation avec le Fatah était un choix stratégique pour le Hamas, et que la décision de réconciliation avait été prise collectivement par les dirigeants du Hamas de l’intérieur et aussi de l’étranger.
            Les services de renseignements égyptiens ne tarissent pas d’éloges sur lui puisqu’ils décrivent Sinwar comme étant «honnête, courageux et crédible» ce qui en fait un interlocuteur privilégié qui se distingue de ses prédécesseurs. Ils lui savent gré d’avoir facilité les échanges entre le Hamas et l’Égypte sur la sécurisation de la frontière entre Gaza et le Sinaï. 
          Mais la réconciliation avec Al-Sissi n'a pas été du goût de tous ses amis des Frères musulmans. D’ailleurs, lors de ses fréquents voyages au Caire, il a eu droit à d’imposantes mesures de sécurité à l’instar de celles d’un chef d’État. L’Égypte a prétendu craindre qu’il ne se fasse assassiner. Sinwar était traité «comme un bijou précieux enveloppé dans du lin et emballé dans un étui en argent».
            Même Zulfiqar Sawiro, membre du Comité central du FPLP (Front populaire pour la libération de la Palestine) l’a encensé : «Sinwar a donné aux décisions du Hamas une dimension palestinienne et transmis ce que la rue palestinienne veut vraiment. En tant qu’ancien prisonnier, il a su construire des relations chaleureuses et intimes entre le Hamas et les factions nationales. Avant Sinwar, l’idéologie éclipsait les intérêts nationaux au sein du Hamas et malgré son pouvoir et son influence, il pas encore atteint le stade de prendre des positions décisives personnelles». L'éloge de la part d'un adversaire du Hamas était significatif.
            Il s'était toujours éloigné des media et du monde en général mais, depuis sa prise de fonction, Sinwar a évolué dans ses rapports avec les dirigeants, les jeunes, les journalistes, les syndicalistes, les hommes d’affaires et les factions politiques, avec qui il a multiplié les rencontres pour exposer ses solutions pour résoudre la crise à Gaza. Il s'est ouvert au monde. Il a menacé de briser le cou de quiconque tenterait de faire obstacle à la réconciliation avec le Fatah. Il sait qu’il doit faire face à une certaine opposition larvée au sein de son parti et que les décisions importantes qu’il prend pourraient attiser la méfiance des membres conservateurs du Hamas. Mais Sinwar sait qu’il dispose du soutien d’une population lasse des guerres et surtout de la misère qui sévit à Gaza.
Victimes djihadistes du tunnel

            Le véritable test grandeur nature de son autorité se pose après l’annonce de Tsahal qu’il détient les corps de cinq djihadistes tués en territoire israélien lors de la destruction d'un tunnel provenant de la bande de Gaza. On mesurera alors ses capacités de négociations et sa volonté de régler le problème. Benjamin Netanyahou a déjà exprimé son intention de ne pas les rendre «gratis». Il veut s’en servir comme monnaie d'échange contre des corps de soldats israéliens portés disparus à Gaza depuis 2014 et aux mains du Hamas qui a exclu toute participation à un accord d'échange avec Israël : «Nous n'accepterons pas le chantage de l'occupation».
            Pour le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman : «Il ne s'agit pas d'une question juridique mais d'une question politique et sécuritaire. Notre position est qu'il s'agit d'un groupe de terroristes venus pour tuer des Juifs et nous ne leur devons rien, surtout quand ils détiennent les corps de nos citoyens».
            On ignore comment Yahia Sinwar va gérer cette situation délicate sachant surtout que les corps détenus par Israël sont des miliciens du Djihad islamique, profondément opposé au Hamas. Il est cependant réaliste sur la situation militaire du Hamas car selon lui : «Nous savons qu'Israël est assis sur 200 missiles nucléaires. ... Nous n'avons pas la capacité de désarmer Israël». Cela pourrait le convaincre d’abandonner le combat militaire et de suivre les conseils du président Al-Sissi. 
         Mais un élément peu diffusé concernant Israël pourrait influer sur sa volonté de paix. Yahia Sinwar garde en mémoire qu’il doit la vie aux médecins israéliens qui avaient diagnostiqué une tumeur au cerveau et qui l’ont opéré avec succès dans un hôpital israélien. Cela pourrait le rendre plus humain et certainement plus pragmatique. A new star is born.

4 commentaires:

andre a dit…

Excellent article avec des informations nouvelles et intéressantes !
Ce commentaire sera publié !
Andre M
Tribune juive

tartine a dit…

esperons en une nouvelle ere, propice a israel.j aime vos articles que je trouve documentes,en marge de la plupart des medias francais.merci.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@ André

Je suppose que vous faites allusion à vos commentaires qui ont été censurés par le modérateur.

Je vous précise que les commentaires critiques sont toujours publiés car ils apportent des éléments au débat. Vous en trouverez beaucoup. Mais les injures contre le chroniqueur ne sont pas admises.

L’article 4 du règlement des commentaires au fronton de notre site stipule : « Comme les chroniqueurs ne sont pas là pour se faire insulter, les commentaires agressifs et injurieux seront éliminés ». C'est un article qui est utilisé par les principaux media.

Or vous êtes un habitué de la confusion entre critique d’un article et critique du chroniqueur. C'est d'autant plus regrettable que vous dirigez un site et que vous devez donc savoir la différence.

Paul ACH a dit…

Jacques Benillouche nous présente le 4ème larron, avec Haniyeh, Mechaalet et Dahlan, également ancien chef des services de sécurité de Yasser Arafat et le protégé des Émirats Unis.
C'est Yahia Sinwar. Ce nom ne vous évoque rien, à moi aussi.
Il fut un Homme de l'Ombre.
Emprisonné, en Israël, de 1988 à 2011 (pas pour avoir dérobé un paquet de bonbons), il a appris l'hébreu pendant sa Détention et a écrit des livres sur les activités du Renseignement Israélien.
En 1985, soit 2 ans avant la création du Hamas, les Frères musulmans lui avaient confié, en 1985, la création d’un embryon de service de sécurité à Gaza.