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jeudi 23 novembre 2017

Les Populistes français sont tombés sur un os



LES POPULISTES FRANÇAIS SONT TOMBÉS SUR UN OS


Par Jacques BENILLOUCHE

                                            Copyright © Temps et Contretemps

            


          Rappelons que le populisme consiste à̀ valoriser le peuple, mais à se servir de lui pour donner un semblant de légitimité́ sociale à une cause qui lui est étrangère. Il se qualifie de populaire par des discours «sociaux» et anti élites face aux victimes de la crise sociale et économique, de type poujadiste. Le populisme du FN s’était exprimé dans les années 1990 lorsque l’analyse des résultats électoraux avait montré que les classes populaires, constituées d’ouvriers, d’employés et de chômeurs, avaient voté Le Pen. En fait le parti a toujours attiré les fractions sociales les plus illégitimes socialement, les sans-diplômes et les faibles économiquement par opposition aux plus riches protégés par leur haute culture de toute idée xénophobe.



Quand Jean-Luc Mélenchon croise par hasard Marine le Pen

            Durant l’élection présidentielle, les Français ont tremblé à l’idée d’élire à droite Marine le Pen et à gauche Jean-Luc Mélenchon. Des sondages non fiables et téléguidés les avaient placés au deuxième tour. Les deux dirigeants y ont cru, à voir l’effondrement des partis traditionnels dans l’opinion publique. Le PCF était à̀ la dérive et le PS s’adressait désormais aux classes supérieures, donc leurs électeurs étaient disponibles. Mais la France des extrêmes n’a été qu’une illusion. Aucun analyste politique sérieux n’y a cru un seul instant. Il s’agissait de faire peur et la manœuvre a réussi.


            Malgré la défaite, Jean-Luc Mélenchon était persuadé qu’il avait un espace pour lui et qu’il pouvait personnifier l’opposition politique au gouvernement Macron. Il a alors lancé des opérations de rues, moins pour un effet politique que pour faire du bruit, au sens propre. Les manifestants l’ont alors suivi avec leurs casseroles dans les rues, à travers toute la France. Mais ce fut un demi-échec. Une poignée de militants de la France Insoumise avait protesté sous forme de «casserolades» pour dire à Emmanuel Macron que ses réformes économiques «ruinent notre vie et nous empêchent de rêver, alors nous vous empêchons de dormir». La manifestation du 16 novembre impliquant des syndicats et des étudiants avait été un fiasco puisqu’il n’y eut aucune perturbation dans les rues.


Députés France insoumise

            Mélenchon voulait compenser sa déroute aux élections présidentielles et législatives, seulement 17 députés, par une action de frappe permanente contre le «président des riches». Il lui était en effet facile d’exister après l’élimination des grands partis, à gauche comme à droite, en utilisant des thèmes mobilisateurs comme la réduction de l’impôt sur la fortune et celle des allocations logement. Mais si la popularité du président Macron a pris un coup, elle n’est pas imputable à l’action de la France Insoumise. Mélenchon n’en a pas profité, pas plus que son populisme d’ailleurs puisque les sondages l’ont fait passer de 19,6% à 18% alors qu’il disposait d’un boulevard devant lui après l’écroulement du PS et des Républicains. 


          Il avait réussi à intéresser quelques-uns de ses irréductibles qui écoutaient religieusement ses monologues sur YouTube. Seuls les jeunes avaient accroché à sa dialectique populiste, inspirée de Podemos en Espagne ou de Hugo Chavez au Venezuela. Ses appels sont restés sans écho ; d’ailleurs ses militants chantaient la Marseillaise plutôt que l’Internationale et brandissant le drapeau tricolore plutôt que le drapeau rouge révolutionnaire.

            En fait son échec est dû à sa volonté de jouer trop perso en écartant ceux qui pouvaient lui donner encore plus du poids. Sûr de lui-même, il n’a pas voulu fédérer pour gagner seul et il s’est planté. Les frondeurs du PS ont été rejetés et les communistes écartés de son mouvement ce qui lui a coûté quelques sièges de députés au deuxième tour en absence d'union. Il faut lui savoir gré qu’il a tardivement reconnu sa défaite à la télévision, ou plutôt la victoire de Macron : «pour l'instant, c'est lui qui a l'avantage». Mais il refuse de se laisser abattre et attend des jours meilleurs pour le cas où la politique de Macron serait rejetée par les Français.

Députés FN

            À l’extrême-droite c’est le même deuil d’une campagne ratée. Sauf miracle improbable, c’est déjà fini pour Marine le Pen même si ses amis feignent de ne pas l’entendre ainsi et ne cherchent pas à la remplacer. 34% des voix au deuxième tour fut une déception cruelle alors qu’elle se croyait au coude à coude avec Macron. Elle s’est même plantée sur les thèmes porteurs du populisme, l’euro, la préférence nationale, l’immigration ou l’identité nationale. Elle avait pourtant réussi à prouver que son parti s’était éloigné du fascisme en devenant une nouvelle droite radicale et populaire et qu’il s’était acclimaté à la démocratie. 



                Actuellement Marine le Pen est inaudible à l’Assemblée nationale. Il est vrai qu’avec ses huit députés, elle n’a pas pu constituer un groupe qui lui aurait donné un statut, de la visibilité et un rôle d’opposante. Elle n’a pas pu éviter la fracture de son parti avec le départ de Florian Philippot qui lui avait conseillé la stratégie de l’appel à la classe ouvrière. Depuis son élection ratée, rien n’a changé au parti qui, au moment de la campagne, avait beaucoup d’idées et de projets. Le FN, qui a vieilli avec des méthodes restées figées, n’est même plus capable de désigner la stratégie politique à adopter ni a fortiori celle à rejeter. 

Marion Maréchal-Le Pen

            Les poursuites judiciaires l’ont éteinte et ne l’aident pas puisque son immunité parlementaire a été levée en même temps que celle du parlement européen. Alors les militants du FN en viennent à souhaiter du neuf avec le retour de Marion Maréchal-Le Pen qui a quitté le parti en pleine déconfiture de sa tante. C’est la seule qui soit «vierge» en politique, sans passé sulfureux, qui dispose d’un certain charisme, d’un physique agréable ce qui peut servir, et du nom Le Pen qui est indispensable dans un parti qui favorise le népotisme. 


            C’est dans les ruines du FN que Laurent Wauquiez, certainement futur leader des Républicains, espère bâtir son aile droite avec le thème usée de l’immigration. Il risque de donner le coup de grâce au FN dans sa forme actuelle en lui siphonant ses électeurs.

            Les populistes français ont été défaits alors qu’ils avaient obtenu 40,88% des voix à l’élection présidentielle (Le Pen 21,30% et Mélenchon 19,58%). Ils pourront difficilement se remettre de cet échec majeur qui a détruit tous leurs espoirs et découragé les Français qui les avaient rejoints, le temps d’un accès de folie. Jean-Luc Mélenchon et Marine le Pen ont de fortes chances d’être renvoyés dans les poubelles célèbres de l’Histoire. La parenthèse du populisme français est fermée. Son idéologie fondée sur l’affrontement entre le peuple et l’élite a vécu. La France a au moins échappé à ce malheur.


 

3 commentaires:

Bernard NIVAL a dit…

Désolé ,cher Jacques mais il me paraît totalement malséant de ressortir cette caricature abjecte de Plantu mettant sur le même plan l'extrême droite xénophobe et l'extrême gauche qui lutte en faveur des déshérités

atoilhonneur corto a dit…

" l’affrontement entre le peuple et l’élite a vécu "... oui et bien ça, je n'y crois pas un instant, bien au contraire et plus encore, pour ce qui est de la France, depuis l'élection de Macron.

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Les populistes français et plus globalement, européens, semblent avoir choisi de résister aux modèles idéologiques de la mondialisation que leurs élites veulent leur imposer. C'est la nouvelle lutte des classes partout !
Il est vrai que comme l'explique Christophe Guilluy, "les classes dominantes et supérieures semblent de plus en plus tentées par l'option d'un totalitarisme soft..."
C'est ainsi que nous venons d'assister à une mascarade pour "élire" le délégué général, nommé par Macron, du parti En Marche qui n'existe pas !

Et l'auteur dit aussi : "On rappellera utilement aux démocrates de papier que, justement, la démocratie repose sur le principe qu'un "ouvrier abruti" comme un "intellectuel éclairé", sont également capables de décider du destin de leur pays." Ainsi, et contrairement à ce que vous écrivez, aucune "fraction sociale" ne saurait être "illégitime" en démocratie.

Très cordialement.