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lundi 2 octobre 2017

Scepticisme sur la réconciliation Fatah-Hamas



SCEPTICISME SUR LA RÉCONCILIATION FATAH-HAMAS

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            
Hamdallah à Gaza

          Même les Palestiniens sont sceptiques quand ils entendent parler de réconciliation acceptée par le Fatah et le Hamas. En fait ils sont convaincus que le Hamas a subi des pressions sur fond de coupures de courant ou de blocage et de réduction des salaires. L’Autorité palestinienne veut prouver cependant qu’elle s’engage à fond dans les efforts déployés pour réconcilier les deux clans. C’est pourquoi le premier ministre palestinien, Rami Hamdallah, se rendra à Gaza le 2 octobre, pour tenter de résoudre les conflits en suspens entre Gaza et Ramallah. Mais ce n’est pas la première fois que des tentatives de réconciliation sont engagées, en vain, car rien ne s’exprime concrètement sur le terrain.



Victoire du Hamas en 2006
            
          La victoire électorale du Hamas en 2006 a laissé des traces qui ne sont pas encore cicatrisées. Les Palestiniens se sont scindés depuis cette date. Le Fatah administre la Cisjordanie tandis que le Hamas gère la bande de Gaza à travers un gouvernement de facto. Le Hamas semble avoir été contraint car il est dans la tourmente. En effet, sous l’effet du blocus israélien, l’économie a été profondément touchée ce qui s’est traduit par une baisse de 50% du PIB, un chômage de plus de 60% et une restriction de la circulation des habitants. Pour tenter d’affaiblir l’entêtement du Hamas, l’Autorité palestinienne a supprimé des postes qu’elle finançait depuis la Cisjordanie. Pour rajouter à la situation économique désastreuse, le Qatar, pris dans la tourmente de la crise du Golfe, a cessé de financer le Hamas ainsi que de nombreux projets dans l’enclave côtière.
Délégation du Hamas au Caire

            Le Hamas a donc dû rengainer sa fierté en se tournant vers l’Égypte pour l’appeler à son secours. Une délégation venue de Gaza a rencontré des agents de renseignement égyptiens au Caire qui lui ont imposé de tenir des pourparlers avec Mahmoud Abbas, sans conditions préalables. D’ailleurs le 20 septembre, le président de l’Autorité a salué, à l’ONU le 30 septembre, les initiatives du Hamas : «Nous sommes reconnaissants de ces efforts déployés dans le but d’annuler les mesures prises par le Hamas à la suite de la scission. Nous avons également affirmé à plusieurs reprises que Gaza ne serait pas l’État palestinien et qu’il ne pouvait y avoir d’État palestinien sans Gaza».
Musheer al-Masri

            Musheer al-Masri, haut responsable du Hamas, estime qu’il voit à présent une occasion historique de mettre fin à la division palestinienne : «Nous attendons des mesures pratiques de la part de l’Autorité palestinienne. Nous attendons que le gouvernement d’unité dirigé par Rami Hamdallah vienne à Gaza pour assumer ses responsabilités et mette fin aux sanctions que Mahmoud Abbas a infligées dernièrement à la bande de Gaza». Effectivement des coupures d’électricité atteignent vingt-et-une heures par jour limitant l’activité industrielle.
            Du côté du Fatah, on pense cependant que si le parti est prêt à se réconcilier, cela prendrait du temps car il reste beaucoup d’obstacles à résoudre. L’Égypte reste sur ses positions car elle mise sur Mohammed Dahlan, ancien chef des services sécuritaires de Yasser Arafat, qui pourrait jouer un rôle primordial dans cette réconciliation. Sa popularité n’a fait qu’augmenter à Gaza depuis qu’il a négocié l’ouverture du poste de contrôle de Rafah avec l’Égypte et mis en place des mesures d’indemnisation pour les familles des personnes tuées au cours de violences inter palestiniennes. Certains le voit comme le successeur putatif de Mahmoud Abbas.
Haniyeh, Abbas et Dahlan

            Mais l’Autorité s’évertue depuis longtemps à savonner la planche sur laquelle Dahlan évolue. Elle vient de trouver une bonne occasion avec l’admission des Palestiniens à Interpol. Elle cherche à le faire arrêter par cette organisation. Le rival exilé de Mahmoud Abbas, reconnu coupable de corruption en 2016, sera «au sommet de la liste» des noms de fugitifs recherchés par l’Autorité palestinienne. Dahlan, homme fort de Gaza avant que le Hamas ne prenne le contrôle de la bande côtière en 2007, est en exil à Dubaï depuis 2010. Il avait été suspendu par le Fatah en raison de son implication présumée dans un complot visant à renverser Abbas.
            Il avait ensuite été reconnu coupable, par contumace par un tribunal anticorruption à Ramallah en décembre 2016, d’avoir volé des fonds publics avec Mohammed Rashid, ancien conseiller économique du défunt président palestinien Yasser Arafat, et Walid Najab. Dahlan avait été condamné à trois ans de prison et à une amende de 16 millions de dollars, mais avait déclaré que son procès était politique à la suite de sa rivalité avec Abbas qu’il accuse de vouloir se débarrasser de ses ennemis politiques. 
prince héritier d’Abu Dhabi Mohammed ben Zayed al-Nahyane

          Depuis son exil, Dahlan a établi des liens étroits avec les dirigeants des Émirats arabes unis ainsi qu’avec le gouvernement du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Il aurait également conservé une importante influence politique à Gaza. En juillet, il avait affirmé négocier un accord de partage du pouvoir avec le Hamas, les Émirats arabes unis injecteraient jusqu’à 15 millions de dollars par mois dans l’enclave assiégée pour soutenir ses efforts. Il a donc son mot à dire dans cette éventuelle réconciliation.
            Mais, les pessimistes pensent que cette réconciliation est encore une fois vouée à l’échec parce qu’il n’y a rien de convaincant sur le terrain. Ils l’attendent depuis onze ans alors qu’ils ont subi plusieurs guerres qui ont anéanti l’avenir d’un million de jeunes. Ils sont nombreux à avoir perdu confiance dans les dirigeants palestiniens après les guerres contre Israël en 2008, en 2012 et en 2014. Pour une majorité de Palestiniens, la réconciliation ressemble plutôt à un rêve qui ne se réalisera jamais.
Gouvernement palestinien

            La visite de Rami Hamdallah, accompagné de membres du gouvernement, a pour but de préparer sa prise de contrôle des responsabilités gouvernementales, après la décision du Hamas de dissoudre le comité administratif chargé jusqu’alors de gérer Gaza.  La réalité de la réconciliation reste cependant à confirmer. Depuis dix ans, les Palestiniens ont vu passer beaucoup d'accords sur le papier qui n'ont jamais été appliqués. 
          Un gouvernement d'union avait été créé en juin 2014 mais l'accord de réconciliation était resté lettre morte. En avril 2015, la visite d'une délégation gouvernementale palestinienne menée déjà par Rami Hamdallah à Gaza avait tourné court, après un désaccord entre l'Autorité palestinienne et le Hamas sur les salaires des fonctionnaires. À la suite de cette visite infructueuse, le gouvernement d'union entre le Fatah et le Hamas, qui n'avait jamais véritablement pris ses fonctions, avait été dissous en juin 2015.

            Cela explique le scepticisme des Palestiniens qui veulent dorénavant juger sur pièces avant de pavoiser. Les Israéliens, qui avaient suivi toutes ces tentatives de rapprochement et dont les préférences vont à Dahlan, suivent la situation en observateurs neutres mais exigeants.

2 commentaires:

Georges KABI a dit…

Le gouvernement israelien a mis tellement d'obstacles pour eviter toutes negociations que les dissenssions palestiniennes n'interessent plus grand monde.

Paul ACH a dit…


Jacques Benillouche nous offre son analyse sur la « réconciliation » entre le Fatah et le Hamas.
À mon avis, elle durera jusqu’au moment où arrivera la question primordiale : « Qui va diriger ? ».