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lundi 25 juillet 2016

Gauche et gauchisme



GAUCHE ET GAUCHISME

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps 

            
Herzog et Livni

          L’inculture politique des Juifs francophones est poussée actuellement à son paroxysme. Ils ont été contaminés par la nouvelle maladie consistant à mettre dans le même sac les gens de gauche et les gauchistes. Tous ceux qui ne se prosternent pas devant les nationalistes juifs ou devant les militants du Likoud sont systématiquement traités de gauchistes, dans une sorte d’insulte suprême et dans un déni d’arguments sérieux. Sous l’impulsion de gourous messianiques, la communauté francophone vire à l’extrême dans une sorte de folie raciste contre ce qui n’est pas religieux. Les nouveaux venus à la religion, par méconnaissance des textes et pour en faire plus qu’il n’est requis, appliquent les préceptes au petit doigt mouillé tant leurs connaissances talmudiques ou halakhiques sont primaires.




On critiquait l’éducation fasciste qui formatait les esprits pour générer une uniformité lamentable en broyant les cerveaux d'une jeunesse naïve et crédule. Or nombreux sont ceux qui acceptent de se dessaisir de leur libre arbitre pour appliquer à la lettre les préceptes imposés par leur maître qui devient leur Dieu. Ils perdent leur réflexion personnelle et renoncent à toute pensée innovante. Tout est déjà écrit et il faut se borner à suivre la masse, de manière uniforme, pour ne pas se distinguer, dans une sorte d’asservissement moral librement consenti.
Alors ils ânonnent ce qu’ils ont entendu, à savoir que le malheur en Israël vient des gauchistes. Il faut bien trouver des boucs émissaires et des cibles faciles pour camoufler une doctrine politique qui mène droit dans le mur. Ils utilisent des termes sans en connaître le véritable sens, sans en mesurer la portée et surtout sans se référer à l’histoire.

Le véritable gauchisme a été défini et dénoncé en 1920 par Lénine dans la «Maladie infantile du communisme» comme une déviation de gauche du marxisme ; le terme gauchisme a connu une nouvelle jeunesse en France après les événements de mai 1968. Le communiste Georges Marchais avait dénoncé en 1968 «les faux révolutionnaires à démasquer, les groupuscules gauchistes particulièrement actifs parmi les étudiants» faisant alors allusion aux Maoïstes, aux Jeunesses communistes révolutionnaires et aux Trotskistes.  Le substantif de gauchiste, dépréciatif à l'origine, sert depuis lors à désigner un certain nombre de formations d'extrême gauche.  La voix du gauchisme en France avait été relayée par Jean-Paul Sartre ou Simone de Beauvoir qui ont donné leur caution intellectuelle, au nom de la liberté d'expression.
Gal On leader de Meretz

            Le contresens des nationalistes juifs est donc total et volontaire. En Israël la gauche est sioniste, que ce soit le parti travailliste qui dévie de plus en plus au centre ce qui lui fait perdre ses militants historiques ou bien le Meretz, qui se considère comme la vraie gauche historique. A la rigueur le parti communiste Hadash et ses trois députés peuvent être qualifiés de gauchistes à l’image en France des Écologistes, du Front de Gauche et des Communistes qui eux sont les tenants d’une position véritablement antisioniste, pour ne pas dire antisémite. Cette terminologie peut donc difficilement s’appliquer aux Juifs d’Israël qui n'ont rien de commun avec les gauchistes de France.
Les gauchistes de France

            La Gauche et la Droite en Israël se rejoignent sans hésitation sur le plan sécuritaire, dans un consensus accepté ; d’ailleurs dans ce domaine, les discours des uns et des autres ne montrent aucun clivage. La défense d’Israël n’est pas négociable et la sécurité de nos soldats prime sur toute autre préoccupation politique. D'ailleurs, avant d’enterrer un soldat tombé au combat, on ne cherche pas à connaître sa couleur politique ; il a défendu son pays au nom de la couleur bleu et blanc. Or Israël est toujours en danger, aujourd’hui plus que de coutume, et ces querelles de clochers deviennent obsolètes. 
          En revanche, la Gauche et la Droite se distinguent sur trois plans bien déterminés : l’économie, la solution du conflit israélo-palestinien et la laïcité. Le peuple juif est divers et sa diversité fait sa force et garantit son avenir. Il faut admettre en Israël toutes les sensibilités sans vouer systématiquement aux gémonies ceux qui pensent autrement. Etre de gauche de doit pas être assimilé à une tare. 
Caissière de supermarché au salaire minimum

Sur le plan économique, la Gauche est pour un partage équitable des richesses du pays. Il ne s’agit pas d’uniformisation de la société mais de la rémunération décente de ceux qui participent à l’élévation du niveau de vie de la société. On peut être riche et de gauche, ce n’est pas incompatible. Mais une politique de gauche dans un gouvernement ne doit jamais laisser sur le bas-côté des pans entiers d’une population défavorisée, près de deux millions de personnes en Israël. Et pourtant la misère est visible, pas loin de nous, dans les grandes villes et pas seulement dans les ghettos des villes de développement. 

          Les enfants sont les principales victimes de cet égoïsme ambiant qui fait que les associations d’entraide vivent de mendicité à défaut d’aides gouvernementales. Et c’est là que la Gauche cherche à agir. Le grand prix d’Israël et père des drones, David Harari, qui consacre sa retraite à cette jeunesse défavorisée aurait bien voulu qu’elle entre dans les préoccupations du gouvernement et non pas des rabbins ou des donateurs internationaux.
Un homme de gauche vise à lutter principalement contre l'oppression économique, cherche généralement à donner un pouvoir fort  à l'État au niveau économique, au détriment du secteur privé. Le but final étant la recherche d'égalité, il est donc généralement opposé à l’ultra-libéralisme actuellement en cours au sein du gouvernement Netanyahou qui empêche les jeunes couples d’avoir un logement décent, qui limite l’accès à l’Université par manque de budget et qui impose une vie de misère à ceux qui touchent des salaires bas. Et pourtant Israël est riche. C'est pourquoi, contrairement aux apparences, on trouve des partisans de la gauche dans toutes les classes sociales dès lors que l’on analyse les chiffres et que l’on réfléchit un peu.

Le deuxième point de friction fondamental entre la Droite et la Gauche est la façon de résoudre le conflit palestinien. La Gauche veut la séparation, milite pour un État palestinien indépendant qui permettra de garder l’identité juive d’Israël, qui diminuera les frictions entre Juifs et Arabes et qui rehaussera le prestige d’Israël auprès des instances internationales et de nos alliés. Un État binational, selon les préceptes de la droite nationaliste, est un déni du sionisme tel que l’avaient conçu les dirigeants juifs historiques. 
L’avenir des Palestiniens n’est pas au sein d’un État juif en tant que minorité aux droits bafoués tandis que les Juifs n’ont pas vocation à coloniser un autre peuple. La volonté des nationalistes de donner à la terre un sens religieux est une interprétation douteuse des textes. Il existe encore beaucoup de terres en Galilée, au Néguev et même au centre du pays qui attendent d’être occupées, au moins pour modifier l’équilibre de la majorité arabe de ces régions. Ce n’est pas un crime de choisir la paix ou le divorce plutôt que les vieilles pierres qui, par entêtement, ne serviront au final qu’à recouvrir de nouvelles tombes juives.
          D'ailleurs des archives révèlent que Ben Gourion avait déclaré en 1968 : «à choisir entre les territoires et la paix, je préfère la paix»Alors les incultes politiques en Israël pensent intimider ou culpabiliser ceux qui ne choisissent pas la voie du messianisme et qui prônent la laïcité. Ils devraient au préalable mettre à jour leur tablettes avant d’utiliser bêtement une dialectique erronée. Ils mettent en danger la stabilité du pays en traitant de gauchistes le responsable du Mossad et celui du Shabbak, les deux organismes sur lesquels se fonde toute la sécurité du pays.
     Le sionisme n’entre pas dans les seules prérogatives d’un clan. Les citoyens de gauche sont des sionistes, par définition, puisqu’ils ont choisi de venir vivre en Israël. Ils s’inspirent des dirigeants historiques comme Ben Gourion ou Golda Meir, qui ont créé le pays alors que, historiquement, les Orthodoxes les condamnaient et les combattaient. Chacun doit pouvoir pratiquer ou non la religion sans être mis à l'index car nul ne détient la vérité. Le Livre sacré doit être l’apanage des fidèles de la synagogue, et non pas des députés de la Knesset, et ne doit pas être un justificatif anachronique aux déviations imposées par les gourous.
Les attaques contre les «gauchistes» sur les réseaux sociaux sont tristes pour ne pas dire inefficaces mais elles ne pourront pas influer sur les choix personnels de ceux qui refusent le chemin vers l’anachronisme. Les nationalistes doivent changer de logiciel et de vocabulaire s’ils veulent à la rigueur être entendus. La vulgarité, l’insulte, la mise en accusation et le vocabulaire ordurier à l’égard de ceux qui pensent différemment dénotent une argumentation pauvre, une inculture politique totale et une prétention de détenir seuls la vérité. À force de marteler des poncifs, ils ne diffusent plus un argumentaire politique mais une haine qui se transforme souvent en racisme.

La guerre des Juifs a toujours mené au drame et il faut remonter dans le temps, dans celui de la destruction du Temple de Jérusalem. La guerre civile avait fait rage entre les différentes factions, les Pharisiens et les membres du Sanhédrin, partisans d'un compromis avec les Romains et les Zélotes eux-mêmes divisés entre Jean de Gischala et Simon bar Giora. Ces batailles intestines ont affaibli considérablement les Juifs qui n’ont pu présenter un front uni contre les Romains. C’est ainsi qu’après un siège meurtrier, le Temple puis toute la ville de Jérusalem ont été détruits par les Romains. Il ne s’agit pas de faire un cours d’Histoire mais de rappeler qu’Israël doit rester au-dessus de tout cela sinon le pays ne sera pas détruit par les Arabes mais par les Juifs eux-mêmes.

4 commentaires:

Yan Arie WOLFF a dit…

Depuis mon retour en Israel, c'est ce qui m'a le plus frappé.
Cette haine, cette sinat hinam dans tous les groupes francophones contre tout ce qui n'est pas d'extreme droite.
Même Bibi et surtout Lieberman passent pour de dangereux gauchistes chez eux.
On rajoutera une grande pincée de racisme abominable, et on retrouvera ce genre d'échanges dans ce qui ce fait de mieux a l'heure actuelle, a savoir le groupe "tu sais que tu as fait l'aliah quand"
Je m'y fait lyncher régulièrement.
Un de mes amis resté en France, m'a donné un début d'explication plausible.
Les francophones sont en majorité sepharades d'Afrique du nord.
Leurs parents et grands parents en ont été chassés par les arabes.
A leur tour, ils ont quitté la France a cause de ces mêmes arabes.
Alors, arrivés ici, fous de haine, ils veulent casser du "rebeu" , se venger, et la parole se libère dans ce qu'il y a de pire.

Patrick a dit…

Merci Jacques Benillouche pour ce rappel oh combien utile de certaines vérités de base .

Anonyme a dit…

cher jacques Benilouche

Comme par hasard, les commentateurs sont presque invisibles à part quelques amis-complices...

Croyez-vous que quelqu'un ait lu cet article, très précis et clair, sur la pauvre gauche israélienne, sinon quelques rescapés non contaminés par le nationalisme droitisant... fascisant même?

Quelques uns qui continuent d'y croire encore à l'humanisme et à la démocratie, traités d'idéalistes en plus comme si l’idéalisme était une insulte encore plus grande que gauchiste.

Un israélien m' a dit un jour" moi je n'ai pas peur des palestiniens ni même des ennemis arables, moi, mon ennemi c'est les gauchistes comme toi "

Devant la bêtise et l'ignorance, avons-nous des armes?

En tous cas, s'il n'yen a plus que deux, ce sera sans doute encore vous et ... moi.

Pauvre Israël!

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Je n'ai qu'une seule référence, c'est Google qui donne des statistiques très précises.

D'une part il y a eu à ce jour 4.621 lectures de l'article et d'autre part Google analytics a placé l'article parmi les dix meilleurs du mois (colonne de droite du blog).

Les Francophones n'aiment pas commenter les articles mais ce n'est pas pour autant qu'ils ne les lisent pas. Certains m'envoient des mails "à ne pas publier", d'autres sont trop laudatifs pour être publiés.

Les "gauchistes" sont plus nombreux qu'on le croient mais il faut enfoncer le clou.