LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE, cliquer sur l'image pour lire l'article


 

lundi 28 septembre 2020

Mon Yom Kippour à Tunis dans mon enfance

 



MON YOM KIPPOUR À TUNIS DANS MON ENFANCE


Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps    

Tableau de la synagogue de Tunis peinte par Michelle KAROUBI



Le Yom kippour à Tunis dans les années 1960 avait un rituel immuable pour les jeunes et pour les adultes. Pour les jeunes, la veille de la fête se passait à arpenter le centre-ville, l’avenue de Paris, jusqu’au parc du Belvédère, juste après l’office religieux. Notre naïveté nous poussait à chercher des nouveaux contacts avec les jeunes, garçons et filles, sachant que ce jour-là tout semblait permis. Il n'existait pas d'heure pour Cendrillon. 


Grande synagogue de la Hara avant sa destruction


       Entre deux visites à la Grande synagogue et surtout dans la salle de cinéma Vaugirard où des Juifs, «bizarres» à nos yeux, se réunissaient ce jour-là, nous nous retrouvions tard dans la nuit. Ils ne parlaient pas notre langue et leur hébreu des prières nous était incompréhensible. En effet les rares polonais, qui avaient trouvé refuge à Tunis pendant la guerre, fêtaient Kippour à leur façon, avec les traditions héritées du Shtetel. Ils s’étaient bien intégrés au pays et ils avaient même contracté mariage avec de belles juives tunisiennes dans une mixité réussie. 

          Pour moi c'était l'occasion de retrouver mon voisin de rue, le fils du cordonnier le plus célèbre de Tunis dans sa boutique «l’express». Ce folklore était impressionnant parce qu’il jurait avec le nôtre mais c'était la force de la diversité juive, voire la constance juive.


          J’adorais cette journée car mon père me l’a consacrait entièrement. Il passait la matinée à la synagogue du grand rabbin Bembaron, près de la rue du Voile, le quartier juif populeux et pauvre. La synagogue était tellement petite qu’elle débordait dans la rue qui était bloquée à la circulation ce jour-là.




Mais mon souvenir le plus percutant fut la promenade de l’après-midi avec mon père. Il se rendait dans le vieux ghetto de Tunis, la Hara, et faisait systématiquement le tour de toutes les petites synagogues pour y retrouver son passé. Il connaissait beaucoup de monde ce qui donnait l’impression que notre accueil était exceptionnel. Je revois encore ce décor qui m’avait marqué en tant que jeune, ces rues sales et mal entretenues, ces bicoques dont on ignorait comment elles pouvaient encore tenir, cette pauvreté dans les tenues mais la joie de vivre dans les visages. 

Nous étions dans un monde à part où les vieux, en sarouel traditionnel blanc et portant la chéchia rouge sur la tête, psalmodiaient en permanence les textes bibliques. Ils mettaient des couleurs dans leurs tenues à défaut de les avoir dans la vie. Mais ils souriaient et ne donnaient pas l’impression d’être en deuil ce jour-là. Ils n'ont jamais connu la tenue noire du Shtetel, celle des autres Juifs de l'autre côté de la mer. Certes le Temple avait été détruit, il y avait longtemps certes, mais la vie devait reprendre le dessus.

La néhila



Nous n’avions pas l’impression d’être dans une commémoration triste. L'atavisme optimiste des séfarades primait toujours. C’était pour nous souvent des retrouvailles d’amis et certainement une fête de famille qui trouvait son apothéose lors de la dernière prière de Kippour, la Néhila. Ce texte, chanté en Tunisie, avait été écrit par Moshe Ibn Ezra (1055-1140) à Grenade. Les séfarades de tous pays ont adopté cette chanson selon cinq versions différentes, toutes aussi émouvantes durant laquelle, toute la famille, filles et garçons, se réunissait sous le taleth du père, le châle de prière, pour être bénie par l’un des Cohen, descendant des prêtres du Grand Temple. Quelques minutes nous transportaient dans la chaleur de la famille, tous blottis autour du patriarche.

La prière du Cohen à la fin de Kippour



Cette tradition a été transportée à Paris, avec le même cérémonial jusqu’à ce que les jeunes rabbins orthodoxes intoxiqués aient décidé de renier le passé de leur père. Ils ont voulu singer les ashkénazes en imposant leurs nouvelles règles issues de nulle part. La Néhila devait dorénavant se faire avec une séparation totale entre sexes, pourtant de la même famille, car la vue d’une femme pouvait détourner l’attention du fidèle du droit chemin.

Où sont les rabbins ashkénazes ?

 

Il n’y a jamais eu de plus grande dichotomie entre les deux communautés juives, séfarades d’Orient et ashkénazes de l’Est, que lors de Yom Kippour. Pour les uns c’est l’espoir et même la joie et pour les autres, le deuil et les regrets éternels. C’est ainsi que l’anachronisme a surpassé nos traditions, comme si durant plusieurs siècles nos rabbins s’étaient totalement trompés. La famille s’est alors disloquée le jour de Kippour en France. Les orthodoxes ont gagné et ils ont réussi à nous imposer leur tristesse et même leurs tenues noires de deuil éternel. Mais pour moi, Kippour restera celui de mes promenades à la Hara avec mon père, parti au Ciel trop tôt et celui de mon rabbin au gilet de paillettes et à sa chéchia rouge.











8 commentaires:

Véronique ALLOUCHE a dit…

Un beau texte où l’on ressent l’optimisme la chaleur et la joie de vivre des sepharades en toutes circonstances. Merci pour ce témoignage émouvant.

Avraham NATAF a dit…

Que de souvenirs, un peu différent, pour moi le rite ashkénaze c'était chez Badoy un café-jardin avenue de Madrid au coin de François Bourgade. La promenade en bande de 5 a 6 copains et rentrait ceux qui revenaient.

Mon père, grand fumeur, restait a la maison et lisait. Nous retrouvions notre mère pour la prière des Cohanim et apres les enchères à la grande synagogue.

Avant la fête c'était les préparations, l'abattage rituel des poulets au Bahri ou le Rabbin était pris d'assaut, la poule farcie, la confiture de coing, les pommes au clou de girofle qu'on respirait pour retrouver de l'énergie, la limonade au boulou après le jeun.

La synagogue de la Hara, vieille de quelques siècles, représentait le lien avec notre passé, avait été démolie pour un message politique " Juifs, partez"

Unknown a dit…

Merci pour ce beau texte et ce moment de nostalgie. J'ai aussi vécu en Tunisie et nous sommes partis en 1974, je n'ai jamais retrouve la même ferveur et cet esprit communautaire de mon enfance dans le quartier Lafayette à Tunis. Bon Kippour à tous. Pour certains comme moi cette année sera marquée par le deuil de ma mère avec cette terrible pandémie.

Faites attention à vous et à vos proches et bonnes fêtes

Michèle CHEMOUL BRAFF a dit…

Très beau texte .... j’ai aussi de merveilleux souvenirs de Yom Kippour où la joie et les rires dominaient !
C’est bien là, la différence avec la culture ashkénaze...
faut il croire que les pleurs sont plus forts que les rires ?

Johnny Claude GERMON a dit…

Que de beaux souvenirs de Kippour à Tunis , la gaité n excluait pas la ferveur . Les promenades à la hara marquaient notre transmission , la Tunisie l avait détruite prioritairement c était un message pour nous dire qu il fallait partir . Et les Jakubovitch de l « express « les ashkénaze les plus tunes du monde . Bonne fête spéciale à tous

Ingrid Israël-Anderhuber a dit…

En fait, Yom Kippour revêt ces deux catégories de sentiments, et d’émotions : Tristesse et joie, pleurs et rires. Pour comprendre cette fête, il faut remonter au premier Yom Kippour du peuple d’Israël réuni au Sinaï pour faire l’expiation de ses péchés.

1) Lévitique :
- chapitre 9 : « 15 Ensuite, il (Aaron) offrit le sacrifice du peuple. Il prit LE BOUC pour le sacrifice EXPIATOIRE du peuple… et l'offrit en EXPIATION... », selon les règles établies.
Ce bouc qui porte les péchés d’Israël, et va subir le jugement divin à sa place, est LE bouc-émissaire d’Israël. Et important pour la suite : Les péchés ne sont donc plus sur le peuple d’Israël mais sur SON bouc-émissaire, CE bouc-là, et pas un autre bouc. Important.
- Chapitre10 : A cause de l’intervention sacrilège de deux fils d’Aaron, la cérémonie est un véritable désastre car le peuple n’a pas obtenu le pardon de ses péchés, ce qui provoque la colère de Moïse : « 16 Moïse chercha le bouc expiatoire ; et voici, IL AVAIT ETE BRÛLE. Alors il s'irrita contre Eléazar et Ithamar, les fils qui restaient à Aaron, et il dit : 17 Pourquoi n'avez-vous pas MANGé la victime expiatoire dans le lieu saint ? C'est une chose très sainte ; et l'Eternel vous l'a donnée AFIN que vous portiez l'iniquité de l'assemblée, AFIN que vous fassiez pour elle l'expiation devant l'Eternel. » 
L’expiation passait obligatoirement par la consommation par les sacrificateurs de CE bouc-là, ce qui n’a pas été fait. Véritable CATASTROPHE, en effet le peuple se trouvait à présent en état d’impureté RITUELLE, avec le spectre de la MORT éternelle SI rien ne se passait pour le SAUVER. Terrible !

Donc, avec raison, TRISTESSE, PLEURS, DEUIL car comment faire à présent pour obtenir le pardon des péchés ? Voyons la suite.

2) Lévitique, chapitre 16 : « 1 L'Eternel parla à Moïse, APRES la mort des deux fils d'Aaron (…) 2 L'Eternel dit à Moïse : Parle à ton frère Aaron (…) 5 Il recevra de l'assemblée des enfants d'Israël DEUX BOUCS pour le sacrifice d'EXPIATION (…) 7 Il prendra LES DEUX BOUCS, et il les placera devant l'Eternel (…) et jettera le sort sur les deux boucs, un sort pour l'Eternel et un sort pour Azazel... »
L’Eternel met en place le protocole de REPARATION. Voyons donc comment Il va SAUVER Israël de la mort éternelle.
On se rappelle que les péchés d’Israël, reportés sur SON bouc-émissaire parti en fumée, ne sont plus sur Israël (mais pas encore expiés). Donc…
Donc ces DEUX boucs expiatoires sur lesquels les péchés ne peuvent pas être reportés sont en fait, forment L’IMAGE du bouc-émissaire brûlé. La REPARATION du Yom Kippour, à partir de là, est donc faite en IMAGE jusqu’au moment où LA REALITE qu’elle REPRESENTE s’accomplira. Cette réalité, Esaïe l’a prophétisée au chapitre 53. En effet, il nous parle :
* V. 7: Du Messie, offrande à Dieu sans tache (JUSTE car sans péché), donc « sort pour l’Eternel » (égal « premier bouc de Lévitique 16) ;
* V. 4-9 : Du Messie, Jugé par Dieu et envoyé à la mort, donc « sort pour Azazel » (égal deuxième bouc de Lévitique 16) .
* V. 10-12 : Du Messie revenu à la vie (égal ressuscité) pour servir l’Eternel et distribuer les héritages...

Le nom de ce Messie Sauveur-Rédempteur qui a rempli toutes les conditions du protocole de réparation pour le pardon des péchés d’Israël : Yeshoua (grec. Jésus). Ainsi, tous ceux qui croient en Lui et en son œuvre de salut reçoivent alors, par la FOI, le pardon de leurs péchés...

Donc, aussi avec raison, JOIE, RIRES car RESURRECTION DE VIE...

Unknown a dit…

J'ai quitté Tunis en 1958, j'avais 11 ans.
Je vivais 32 avenue de Madrid/angle Francoi Bourgade
Je ne me rappelle pas du café jardin Badoy
N'était-ce pas, avant, la salle de réception Rubens ?
Merci
JC Cohen

Ingrid Israël-Anderhuber a dit…

Pour en revenir à ce que vous avez écrit en titre de votre article : « Mon » Yom Kippour, on peut dire effectivement, d’après tout ce qu’on voit, que chacun a « son » Yom Kippour à lui, à commencer par les religions. Car finalement il est notoire que chaque mouvement religieux a « son » Yom Kippour à lui, « son » propre Yom Kippour pour la purification des péchés : Le judaïsme rabbinique avec ses différentes obédiences, le christianisme avec également toutes ses branches religieuses et diverses et nombreuses dénominations (catholicisme, protestantisme…), l’islam, les philosophies orientales, les courants et mouvements occultes, ésotériques... En fait, chacun a sa façon bien à lui de régler le problème de ses péchés, et de leur purification.
Cependant, il ne faut pas oublier que comme nos péchés ont offensé Dieu, et que c’est le pardon DE Dieu que l’on veut obtenir pour aller au Ciel (vous avez parlé de Ciel en relation avec votre père), c’est donc non pas, ou plus, « nos » Yom Kippour qu’il nous faut pratiquer mais bien seulement le Yom Kippour DE Dieu, et DE Dieu seul qu’il nous faut TOUS pratiquer. Car quelle que soit notre provenance cultuelle, ethnique, raciale ou autre, c’est uniquement par le Yom Kippour DE Dieu que l’on peut obtenir le pardon DIVIN de nos péchés pour être trouvé JUSTE devant LUI, et avoir ainsi la CERTITUDE d’aller au Ciel quand on quittera la terre.
Or, ce Yom Kippour DIVIN prophétisé clairement par Esaïe (53), et parfaitement accompli par Yeshoua (Jésus) demande juste à être reçu par LA FOI, et c’est bien là que réside le problème, également prophétisé par Esaïe (53, v. 1) : « Qui a CRU à ce qui nous était annoncé ?... » Le problème de l’INCREDULITE de l’être humain à CROIRE simplement ce que Dieu, dans son Amour et sa GRÂCE infinie, A FAIT pour nous, en notre faveur  : «Dieu a ressuscité d’entre les morts le Messie Yeshoua, qui a été livré pour nos péchés et a été ressuscité pour notre JUSTification » (Shaul-Paul dans sa Lettre aux Romains, chap. 4, v. 24-25). Pourtant dès lors que l’on CROIT en cette Bonne Nouvelle (grec Evangile), car c'est vraiment une bonne nouvelle, on a immédiatement l’ASSURANCE du pardon de nos péchés. Chacun a juste besoin de faire la démarche de FOI qui consiste à CROIRE que Yeshoua (Jésus) est mort pour nos péchés pour recevoir IMMEDIATEMENT le pardon DIVIN avec la vie éternelle. Car c’est bien de cette ASSURANCE dont on a absolument besoin APRES le Yom Kippour, n’est-ce pas, et qui donne tout son sens à cette fête, n’est-ce pas ? Autrement, quel intérêt ?