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vendredi 7 juin 2019

Le bataillon Ayit, l'oeil d'Israël à la frontière syrienne


LE BATAILLON AYIT, L’ŒIL D’ISRAËL À LA FRONTIÈRE SYRIENNE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

Photo: Meir Azulay

La 210ème division de Tsahal, connue sous le nom de Bashan,  dépendant du commandement Nord, responsable de la sécurité vis-à-vis de la Syrie et du Hezbollah, est actuellement commandée depuis 2019 par le général Amir Baram. Compte tenu de sa responsabilité sécuritaire, elle a connu à sa tête de prestigieux généraux qui ont fait partie ensuite de l’État-major de Tsahal : Gabi Ashkenazi (1998-2002), Benny Gantz (2002-2005), Udi Adam (2005-2006), Gadi Eizenkot (2006-2011), Yaïr Golan (2011-2014), Aviv Kohavi (2014-2017) et Yoël Strick (2017-2019).


Commandement nord
Au sein de cette division, le 595ème bataillon de renseignement de campagne «Ayit (Eagle)», en majorité constitué de soldates, est responsable de la surveillance de la zone qui s’étend du mont Hermon au triangle frontalier Syrie-Jordanie-Israël, d’où l’importance actuelle de cette unité, commandée par le lieutenant-colonel Yuval Litvin. Ce corps du renseignement de campagne, créé en avril 2000, est chargé de collecter des informations visuelles sur le champ de bataille et de les transférer rapidement à d'autres forces. En raison de la nécessité croissante de recueillir des informations de combat et de maintenir des réseaux d'observation, le corps d'armée est en pleine expansion. Les soldats du corps du renseignement de terrain portent des bérets beiges et des bottes noires.
La situation à la frontière nord s’est stabilisée depuis que les Syriens ont réoccupé la majeure partie du sud de la Syrie à la suite de combats intenses conduits avec l’aide de la Russie. Les brigades syriennes qui occupaient la région avant la rébellion, se sont à nouveau installées sur la ligne de front, comme avant 2012. Elles ont reconstruit leurs bases et leurs postes en y installant des soldats bien équipés, aguerris à la guerre, et dotés d’un esprit combatif. Il s’agit d’une force militaire solide qui a expérimenté six années de guerre, après avoir beaucoup appris à la fois des Russes et du Hezbollah expert en tactique de guérilla.

Depuis la fin de la guerre de Kippour en 1974, jusqu’en 2012, aucun coup de feu n’a été tiré à la travers la frontière, nécessitant ainsi la présence de faibles troupes israéliennes. La frontière est devenue chaude en 2013 impliquant ainsi la création l’installation de ressources de surveillance. Le bataillon Ayit est donc devenu responsable de la surveillance et du renseignement de combat ainsi que de la direction des tirs du mont Hermon.
 Le bataillon compte plusieurs centaines de conscrits et de réservistes chargés de surveiller l’intensité des combats en Syrie. Dans cette région, Daesh était déployé sous plusieurs noms : au centre Jabhat al-Nosra et au nord l'axe radical Iran/Hezbollah. Très souvent, des unités de l’armée syrienne et des officiers originaires de villages locaux avaient fait défection pour rejoindre Daesh en créant des unités de combat qui ont contrôlé de vastes zones au sud. Tsahal avait donc besoin d’affiner ses connaissances sur ces combattants en créant une unité indépendante de renseignements constituée de soldates à haut niveau de classification.

Ce bataillon a fourni les renseignements pour l’évacuation des blessés syriens. Si Israël n’est certes pas intervenu dans la guerre civile, il a fourni une aide humanitaire pour évacuer près de 5.000 blessés vers les hôpitaux israéliens. Mais les services de renseignement devaient s’assurer qu’aucun blessé ne pourrait mettre Tsahal en danger grâce à une collecte sérieuse d’informations précises.   
Mais l’armée syrienne étant redevable auprès du Hezbollah pour son aide dans le combat de la rébellion, elle a incorporé en son sein certains membres de la milice pour établir un système de collecte de renseignements auprès d'Israël le long de la frontière syrienne, en s’inspirant de ce qui était fait au Liban. Les forces du Hezbollah peuvent à tout moment reprendre leur liberté en Syrie en cas d’une guerre avec le Liban.  Elles ont même les moyens d’organiser des attaques depuis le territoire syrien. Les opératrices qualifiées d’Ayit ont été chargées de surveiller les opérations clandestines du Hezbollah à la frontière syrienne. Le renseignement est devenu la base de la défense de Tsahal. Elles connaissent parfaitement la région pour aider les officiers d’artillerie à organiser leurs tirs et à mesurer les dégâts éventuels.
Les centres de surveillance sont installés dans des bâtiments en béton. Chaque opératrice dispose d’un système informatisé qui mesure l’importance de chaque événement à rapporter au quartier général. Elle dispose de trente secondes pour juger si un événement est irrégulier à transmettre au décisionnaire militaire. En tout état de cause, les informations sont enregistrées sur des bases de données pouvant servir ultérieurement.
 Les opératrices vivent en permanence à proximité de leur lieu de travail, travaillant quatre heures suivies de huit heures de repos. Tsahal leur a construit une sorte d’hôtel confortable dans le centre de surveillance pour leur assurer les meilleures conditions de vie sachant qu’elles sont sous pression pendant quatre heures durant lesquelles elles doivent maintenir leur niveau intellectuel d’alerte.
Ces centres fournissent simultanément au commandant de brigade et aux officiers d’État-major toutes les informations visualisables sur écran de tout événement irrégulier. Ainsi le 24 juillet 2018, un avion de chasse Sukhoï Su-22/24 de l’armée de l’air syrienne était entré en territoire israélien sur 2 km puis a été abattu après que Tsahal ait tiré deux missiles Patriot. L'avion de combat était tombé en Syrie. Tsahal avait surveillé la trajectoire de l’avion avant qu'il ne soit abattu. Le Sukhoï avait décollé de la base aérienne T-4 en Syrie et a ensuite volé vers Israël à grande vitesse. Israël avait diffusé des avertissements et des messages de différentes manières, en différentes langues, pour éviter tout malentendu ou toute violation de l'espace aérien israélien.
Le 13 juillet, un drone syrien avait été abattu par un missile Patriot après avoir volé dans la zone démilitarisée. Plus tôt, le 10 février, Tsahal avait intercepté un drone iranien, lancé depuis la Syrie. En réponse, Tsahal avait frappé plusieurs cibles militaires syriennes et iraniennes en Syrie.
L'armée israélienne est en état d'alerte permanente et continuera à remplir sa mission de défense des civils israéliens et de souveraineté israélienne. D’où l’importance de ces «petites mains» féminines qui détiennent une grande part de la sécurité du pays.


2 commentaires:

Daniel L. Levy a dit…

C’était un Su-22 ou un Su-24? Surement pas les deux, car même si deux missiles Patriot à un bon million de Dollars pièce ont été lancés pour l'intercepter, ils n'en ont abattu qu'un seul!

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Il existe un doute sur le modèle d'avion abattu SU22 ou SU24 d'où l'annonce israélienne du modèle SU22/24