Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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mardi 4 juin 2019

La course contre la montre de Netanyahou


LA COURSE CONTRE LA MONTRE DE NETANYAHOU

Par Jacques BENILLOUCHE
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          La loi sur la Knesset est précise. Benjamin Netanyahou doit présenter son gouvernement avec mercredi 29 mai à minuit. Pour l’instant, il ne dispose pas de majorité. 60 députés le soutiennent après le refus d’Avigdor Lieberman de rejoindre la coalition. Le premier ministre peut fonctionner certes avec un gouvernement minoritaire pour des textes secondaires à la majorité simple des présents. Mais certaines lois exigent une majorité de 61 voix pour être adoptées ce qui limite la marge de manœuvre de Netanyahou.



Machiavel

            Dès mercredi minuit, le président de l’État doit être informé que le premier ministre en charge n’a pas réussi à constituer une coalition. Dans ce cas, Réouven Rivlin a le pouvoir de désigner un autre député du parti Likoud ; on songe beaucoup à Gideon Saar, l’opposant résolu au sein du parti. Il peut aussi proposer à Benny Gantz, chef du parti d’opposition Bleu-Blanc, de former son propre gouvernement.  Mais Netanyahou veut faire obstacle au scénario d’une désignation d’un autre candidat que lui, a fortiori de la désignation de son adversaire le plus déterminé, Saar, dans une sorte de moi ou le chaos.
Il doit donc prendre de vitesse le président Rivlin en décrétant la dissolution de la Knesset par une loi votée à la majorité de 61 députés. Avigdor Lieberman qui a refusé de donner ses cinq voix pour une coalition a accepté de se joindre au vote de la dissolution, acquise à une majorité de 65 sièges. Les députés, perdant de ce fait leurs fonctions, ne peuvent plus être sollicités pour constituer une nouvelle coalition et les pouvoirs du président se trouvent bloqués. De nouvelles élections doivent donc intervenir dans les 90 jours. Compte tenu du système électoral à la proportionnelle intégrale, il n’est pas certain que le résultat soit foncièrement différent de celui du 9 avril 2019.

Mais toutes les candidatures pouvant être remaniées, certaines listes qui avaient été éliminées pour ne pas avoir franchi le seuil de 3,25%, pourraient être autrement considérées par les électeurs et donc passer. En revanche, des micro-partis de 4 ou 5 députés risquent d’être sanctionnés et disparaître de la nouvelle Knesset et des partis qui s’étaient présentés de manière autonome pourraient décider de fusionner pour prétendre au minimum exigé. D'ailleurs, le Likoud et Koulanou, qui a dépassé de justesse le seuil électoral, ont d’ores et déjà signé un accord de fusion.
Le flou restera total et l’on voit mal comment les électeurs pourraient se déjuger à quelques mois d’écart. Les mêmes causes produiront les mêmes effets. Le premier ministre est dans son droit de dissoudre moins de deux mois après le vote des électeurs et le prononcé du serment des députés. Plusieurs partis (Likoud, Avoda, Meretz, Union nationale et partis arabes) organiseront des primaires. Il n’existe pas de primaires pour Bleu-Blanc, Israël Beitenou, Shass et Judaïsme unifié.
Gideon Saar

Il est certain que d’autres solutions auraient pu être trouvées. Le parti Bleu-Blanc avait proposé une union nationale avec le Likoud mais sans la participation de Netanyahou. Des rumeurs avaient couru que des «frondeurs» du Likoud, sous la conduite de Gideon Saar étaient prêts à rejoindre Benny Gantz. Mais c’était sans compter sur l’acharnement de Netanyahou à empêcher tout rapprochement entre eux, au prix d’ailleurs de 554 millions de dollars, le nouveau budget des élections avec les conséquences économiques d’une nouvelle journée de congé payé, le jour du vote.
De nouvelles élections ne bloqueront pas les procédures judiciaires contre le premier ministre puisqu'aucune loi d’immunité ne peut être votée en l’absence de gouvernement. A l’instant où ces lignes sont écrites, tout est encore ouvert et toute surprise n’est pas impossible à quelques heures du délai imparti, bien que chacune des parties reste sur ses positions intransigeantes. Le suspense pourrait être dénoué par une décision de dernière minute d’Avigdor Lieberman. 
Mais quoiqu’il arrive, des traces de ce bras de fer subsisteront et pèseront sur les relations au sein d’une éventuelle nouvelle coalition. Le pays aurait pu se passer de ces péripéties alors que le danger rode aux frontières, que des décisions politiques sont imminentes de la part des États-Unis et que l’Europe notre principal partenaire est en recomposition totale.
On ne peut s’empêcher de se demander comment ce qui était considérée le 9 avril comme une victoire éclatante de Netanyahou a pu se transformer en un fiasco pareil par le seul fait de l’imprévisible Avigdor Lieberman. La constitution du gouvernement  ne devait être qu'une formalité rapide. Mais Netanyahou a choisi lui-même sa propre route qui n’est pas sans danger. Comme le dit le Livre «La fierté va avant la destruction, un esprit hautain avant une chute».


5 commentaires:

Valérie BERCOVICI a dit…

Aucune loi de dissolution de la Knesset en cas de non-obtention de coalition par le premier candidat indiqué par le Président ne devrait pouvoir être votée tant que le processus légal prévu n'a pas été intégralement appliqué. Il est trop aisé de bloquer ainsi des pouvoirs pourtant prévus en période de transition gouvernementale. C'est une faille de légalité constitutionnelle dans le système israélien et c'est une offense à la démocratie sous des semblants de démocratie... Diabolique!

Elizabeth GARREAULT a dit…

Même avec un accord de dernière minute, Bibi est mal barré, il sera désormais très difficile pour lui de faire passer sa loi sur l'immunité qui somme toute est la seule raison qui le motive à procéder à ces manoeuvres pour rester au pouvoir.

Marianne ARNAUD a dit…

Ah, Avigdor Lieberman ! Autant que je m'en souvienne, sur Slate - était-ce en 2012, ou en 2013 ? - j'avais intitulé un commentaire à l'un de vos articles : "Avigdor Lieberman : le Dark Vador de la vie politique israélienne" !

Avraham NATAF a dit…

L'espoir des ennemis d'Israel; un gouvernement paralyse, la grande victoire électorale de Lieberman avec seulement 5 deputes+ un programme anti-Yeshiva. Le rêve de ceux qui haïssent le projet sioniste et la Diaspora. semble se concrétiser.

Ibrahim a dit…

Bonjour,

Il paraît que les députés ont voté une dissolution.