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mercredi 16 novembre 2016

13 novembre : pourquoi les djihadistes visent la France



13 NOVEMBRE : POURQUOI LES DJIHADISTES VISENT LA FRANCE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
            

          Personne n’a éclairci les raisons qui font de la France le pays le plus ciblé d’Europe par les djihadistes. Il ne s’agit pas d’un sentiment de persécution mais d’une réalité confirmée par deux constatations. D’une part, la France a subi le plus grand nombre de victimes en Europe ; d’autre part le pourcentage de nationaux qui ont rejoint l’État islamique est le plus élevé d’Europe. Il s’agit de faits qu’on hésite à mettre en avant pour ne pas inquiéter la population ou pour ne pas avoir à se justifier ; la réalité indique que 148 français figurent parmi les 151 victimes européennes du terrorisme à la suite des attaques du 7 janvier et 13 novembre 2015 à Paris, les plus meurtrières. Plusieurs éléments peuvent être avancées pour expliquer ces attaques djihadistes.



Michael Scheuer

Les chercheurs américains, Robert Pape et Michael Scheuer, estiment que ces attentats sont liés à un «terrorisme de représailles, de vengeance ou de punition». Au départ, il s’agissait de raisons internationales qui concernaient peu la France comme l’invasion de l’Afghanistan, la guerre du Golfe de Bush senior et l’occupation de l’Irak en 2003. Ensuite, la France a eu une politique interventionniste en Afrique avec les opérations Serval au Mali, Épervier au Cameroun et Barkhane au Sahel puis s’est mouillée pour sauver des dictateurs corrompus ; enfin elle a participé à la coalition américaine contre Daesh. Cette politique belliqueuse n’a pas été acceptée par ceux qui s’estiment gênés dans leurs actions de conquête islamiste.  
Opération Serval

Il est un fait qu’à chaque fois qu’un pays intervient militairement au Moyen-Orient, il est aussitôt «puni». Parce que les gouvernements, espagnol d’Aznar et anglais de Blair, ont soutenu l’occupation américaine en Irak en 2003, alors deux attentats ont été perpétrés à Londres et à Madrid en 2004 et 2005. L’attentat du 13 novembre 2015 a été précédé par le soutien de François Hollande aux frappes aériennes en Syrie alors qu’elles étaient limitées à l’Irak. Effectivement, le calme régnait en France puisqu’aucune attaque n’avait été perpétrée avant que le président Hollande ne décide, en septembre 2014, de rejoindre la coalition pour bombarder les territoires de l’État islamique. D’ailleurs l’assassinat d’Hervé Gourdel avait été perpétré le 23 septembre 2014. 
De ce point de vue, les stratégies politiques de Hollande et de Sarkozy se ressemblent sur fond de tournant néo-conservateur symbolisé par le bombardement du régime de Kadhafi et l’interventionnisme en Afrique. La France a alors acquis en Europe l’image d’un pays très engagé alors que, dans le même temps, les autres pays européens faisaient preuve d’une attitude effacée, prudente et mesurée, sans jamais faire de déclaration intempestive contre les djihadistes.
Marc Sageman

Selon l’ancien agent de la CIA, Marc Sageman : «Ces djihadistes s’identifient à une communauté en danger, et la plupart du temps, s’ils sacrifient leurs vies, c’est en représailles à quelque chose qui a été fait à leur groupe. La violence politique est politique, et donc plutôt que de religion ou de leurs traumatismes d’enfance, il faut leur parler de la politique française et étrangère. Et si jamais la France les attaque là-bas, ils l’attaqueront ici. C’est aussi simple que cela».
La France a un rapport spécifique avec les musulmans ce qui la distingue des autres pays ; les scories de son passé colonial ont du mal à s’estomper. Elle est souvent accusée d’agresser l’islam et ses pratiquants parce qu’elle cherche à les contrôler et à s’immiscer dans les affaires internes de la communauté. Sa volonté de constituer «l’islam de France» est qualifiée d’action postcoloniale visant à le neutraliser. Les aigreurs et les récriminations reviennent à la surface et hantent l’esprit de la nouvelle génération de musulmans qui soudain veulent faire rejaillir des souvenirs enfouis dans la mémoire collective arabe.
Benjamin Stora qualifie de «transfert de mémoires générationnelles» ces fantômes du passé. C’est ce qui amène à des émeutes violentes dans les banlieues dont les jeunes beurs s’identifient au djihad. Les musulmans accusent Hollande et Valls de tenir des propos islamophobes qui s’appuient sur le vieux racisme anti-Arabe. Ils contestent les lois qui ont été édictées à destination des seuls Musulmans, comme la loi de mars 2004 contre le foulard islamique. Ils s’estiment victimes et considèrent ces gesticulations comme une atteinte à la laïcité et une manœuvre pour fustiger l’islam. Daesh n’a donc aucun problème pour montrer du doigt une France qui mène une guerre contre un islam perçu comme un danger.  
Les dirigeants rappellent la tradition politique laïque mais elle est prise à défaut par les prises de position de certains intellectuels laïcs, Zemmour et Finkielkraut ou des militants politiques comme Badinter et Marine le Pen. Les musulmans répètent constamment qu’ils ne sont pas traités à l'égal des Catholiques, des Protestants et surtout des Juifs. Alors de nombreux jeunes musulmans rompent avec la France, devenue une ennemie, et nouent des liens avec l’État islamique qui représente pour eux un idéal retrouvé. Ces jeunes issus de la délinquance, violents et récidivistes recherchent la gloire alors que dans leur quartier ils sont traités de minables. 
La France est devenue une cible facile du terrorisme islamique parce que la présence militaire de type Sentinelle n’a pas montré son efficacité. Mais le paradoxe veut que les attentats revendiqués islamistes sont réalisés par des individus qui ne connaissent rien à la religion et qui n’ont jamais eu de vie pieuse.  L’autre paradoxe est que la France est ciblée mais que les mesures de sécurité ne sont pas en rapport. On l’a vu à Nice où la route principale n’a pas été fermée aux poids lourds.
La France doit à présent assumer ses missions régaliennes avec un large consensus, sans être polluée par les questions politiques qui diminuent sa puissance et son efficacité. Les djihadistes ne doivent bénéficier d’aucune sollicitude. Israël a cherché ses ennemis là où ils étaient, à l'étranger s'il le fallait, pour les neutraliser. Il n'y a pas d'autres solutions pour la France.  


5 commentaires:

Véronique ALLOUCHE a dit…


" Elle [la France]est souvent accusée d’agresser l’islam et ses pratiquants parce qu’elle cherche à les contrôler et à s’immiscer dans les affaires internes de la communauté." Si la communauté musulmane désirait vraiment s'intégrer et adhérer aux valeurs de la Republique comme toute autre communauté le fait dans un destin commun, alors les gouvernants n'auraient pas eu à "s'immiscer" dans les affaires internes de cette communauté.
Comme Fillon le dit:" je ne parlerais pas des communautés mais d'une communauté car une seule pose problème en France".
Par ailleurs l'article rejoint quelque peu l'idée de Mélenchon qui pense que "si la France arrête de bombarder la Syrie, les attentats cesseront". Je pense que le problème est ailleurs et que la haine de la laïcité et de ses composantes est un facteur déterminant à cette radicalité meurtrière.
Bien cordialement
Véronique Allouche

Lavedan a dit…

Bonsoir,
Je note que des attentats ont aussi touché des pays non engagés sur le terrain mais ouverts à l'immigration: Belgique ou Allemagne.
Des pays présents sur le terrain mais sans communauté musulmane sont épargnés: Pologne, pays baltes.
A l'inverse des pays très engagés et où vit une importante communauté musulmane avec un nombre conséquent de concitoyens engagés auprès de Daech sont épargnés sur leur sol depuis plusieurs années: Russie, Royaume Uni; est-ce dû à la qualité de leurs services?
Cordialement, Guillaume Lavedan

Selma BENHAMOU a dit…

Bravo pour l'article ! j'aimerai juste donner un point de vue par apport à l'islam de 2016, en tant que musulmane le problème du voile et les prêches des imams est très délicat, les interdire c'est attiser la haine chez la communauté musulmane, laisser faire avec le temps l'islam d’Europe virera vers la radicalisation avec des actes de violences voir actes terroristes.

j'ai découvert le voile pour la première fois en Algérie en 90, à l’époque c’était nouveau les femmes étaient modérés et l'islam aussi , les imams formés en Egypte perchaient la haine, on riait les Algériens ne les prenaient pas au sérieux, on a laissé faire .en 2016 la société Algérienne s' est métamorphosée, presque toutes les femmes sont voilées et le pays se radicalise de plus en plus .

Laisser la mode du voile et le prêche des imams wahhabites est très dangereux à long terme . la doctrine wahhabite agit comme un virus .
C'est une situation délicate, pour trouver une solution il faut que des experts et des sages se réunissent, pour trouver un remède politique sans froisser toutes communautés de France
ps:.Le voile au début c'est une mode après avec le temps ça devient une obligation .

Marianne ARNAUD a dit…

Trop tard, monsieur Benillouche, cet article arrive beaucoup trop tard. Pas une phrase, que dis-je, pas un mot, que vous n'auriez pu écrire l'an dernier au lendemain du 13 novembre. Aujourd'hui, comme le dit Véronique Allouche, "le problème est ailleurs".
Nous sommes de nouveau en campagne électorale après un quinquennat calamiteux où "les Juifs de François Hollande" n'ont pas cru devoir désamorcer cette colère sourde du peuple français révolté contre le politiquement correct que leurs élites lui imposent.
Quand le vin est tiré, il faut le boire, dit la sagesse populaire. Souhaitons que nous n'ayons pas à le boire jusqu'à la lie !

Très cordialement.

nival bernard a dit…

Cette idée selon laquelle existeraient des "Juifs de François Hollande " extra-lucides ,contrairement au reste de la population et de la classe politique me paraît assez incongrue et même dangereuse. Les Juifs de France sont aux côtés des chrétiens et des athées dans une République laïque une et indivisible.