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dimanche 11 août 2019

Alyah : heurts et malheurs



ALYAH : HEURTS ET MALHEURS

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            

          Nous n’avons cessé dans notre site de mettre en garde les candidats à l’immigration sur la nécessité de bien préparer leur alyah, depuis leur pays d’origine, sur le plan psychologique et matériel. Ces mises en garde ont été interprétées comme de l’antisionisme pour décourager les Français qui veulent quitter la France. Or l’alyah est un acte volontaire justifié par des convictions sionistes en dehors de toute contingence matérielle. Comme toute transplantation vers un pays étranger, elle comporte des risques psychologiques même si l’on est prêt moralement à sauter le pas.



Le changement est souvent brutal lorsque l’on passe d’une vie citadine à une vie de pionnier, a fortiori lorsque l’on quitte une capitale en direction des implantations de Cisjordanie, là où le loyer est moins cher par la volonté gouvernementale de peupler la Cisjordanie. Le saut n’est certes jamais dans l’inconnu mais il impose une adaptation à la langue, à la culture, à la mentalité car Israël a tout copié sur les Etats-Unis avec leur culture anglo-saxonne et leur égoïsme libéral. Les Francophones n’y trouvent pas beaucoup leur compte dans leur nouvelle vie surtout s’ils n’investissent pas dans l’apprentissage de la langue. Ils restent donc souvent à l’écart de la vie professionnelle israélienne. On peut avoir toutes les convictions possibles mais la réalité matérielle prend souvent le pas.
            Il est difficile de trouver ailleurs le même système social qu’en France où la protection est totale sur le plan de l’indemnisation des chômeurs, sur les aides au logement de la part de l’État et des mairies, sur les allocations familiales et sur une médecine pratiquement totalement gratuite. En Israël, les chômeurs ne touchent des allocations que pendant six mois, aucune aide au logement n’est prévue, les jeunes parents touchent à peine l’équivalent de 20 euros par enfant et par mois et si les consultations médicales sont gratuites, une participation aux médicaments est exigée qui, selon le type de soins, varie entre 10 et 90%.

            La lacune principale pour un immigrant est l’absence de soutien psychologique dans sa propre langue ce qui rend les échanges difficiles, voire impossibles. Or en raison de leur difficulté d’adaptation, le taux de criminalité chez les jeunes immigrants est le double de celui d’autres jeunes. Statistiquement, les immigrants représentent un tiers de tous les suicides en Israël car ils ont manqué d’assistance psychologique dans leur propre langue. Des cas dramatiques ont été relevés, à Jérusalem par exemple, où une famille entière venant de France a été décimée, une femme et ses quatre filles à la suite d’un assassinat suivi d’un suicide. Or, avant le drame, aucun signe n’avait été détecté de dépression mais en revanche quelques troubles psychologiques.  
Dr Shiri Daniels de Eran

De 2000 à 2013, 4.806 personnes se sont suicidées en Israël et parmi elles 1.658 de nouveaux immigrants qui n’ont pas résisté au choc de la transplantation. Depuis cette année, rien n’a été fait en matière de prévention de suicide. La hotline ERAN pour les personnes en difficulté est incapable de fournir une aide concrète aux parlants français qui sombrent alors dans la détresse. Or Eran fournit «des informations, des conseils, une orientation et un soutien sur les questions qui facilitent le processus d'absorption des immigrés». Sur les 18.000 appels annuels, 7% des appelants expriment ouvertement leurs pensées suicidaires.
Il y a plusieurs raisons aux déprimes ; l’emploi qui n’est pas à la hauteur des espérances ou équivalent à celui du pays d’origine. Les immigrants sont contraints d’accepter tout emploi non qualifié pour subsister, souvent dans les calls centers où ils sont exploités comme un nouveau prolétariat. L’absence de logement décent est une source de déprime sans compter les loyers excessifs qui épuisent les maigres économies des immigrants. 
Enfin, dans l’impossibilité de trouver un emploi en conformité avec les compétences du nouvel arrivé, le chef de famille est obligé de s’expatrier dans son pays d’origine pour y travailler avec des retours une ou deux fois par mois. La famille est alors décomposée, les enfants livrés à eux-mêmes et très souvent l’éloignement fait exploser le couple qui n’a plus d’autre solution que le retour en France. Les mères livrées à elles-mêmes, sans soutien, finissent par faire exploser le lien familial. Le «sal Klita», l’aide temporaire de l’ordre de 3.000 shekels par personne ou 6.000 par couple pendant sept mois, ne couvre même pas les dépenses alimentaires. Le nouvel immigrant n’a plus qu’a choisir, les études à l’oulpan ou un travail mal rémunéré par méconnaissance de l’hébreu.   


Les associations de bénévoles se substituent à l'Etat et font un travail formidable pour venir au secours des nouveaux venus par la distribution de vêtements, de meubles de récupération et de bons de nourriture dans les supermarchés. Mais beaucoup n’acceptent pas cette condition de défavorisés et surtout les promesses des hommes politiques qui s’envolent comme de la fumée au lendemain du scrutin ; elles sont certes nombreuses en période d’élections pour glaner des voix. Or les associations souhaitent des mesures de poids car l’image que donne Israël est celle d’un pays moderne dont l’économie est florissante ne profitant qu’à 10% de la population. Mais le paradoxe reste que les défavorisés votent en majorité pour le régime en place car il sait «assurer la sécurité du pays et la lutte contre les Arabes»; alors pour le reste le Ciel y pourvoira. Les zones de développement, qui ont peur du changement alors qu’ils vivent dans une riche misère, donnent leurs voix à des vendeurs d’illusions.
Bien sûr des solutions existent mais le gouvernement, soumis aux pressions des monopoles, ne les met pas en application. La plus simple concerne la tva qui doit comporter deux taux, celui de l’alimentation à 7% et celui des autres produits à 20%. La baisse de l'une compensera la hausse de l'autre. La réduction impactera les prix de l’alimentation de 10% soit 500 shekels pour un panier de la ménagère. L’argumentation contre cette baisse est de mauvaise foi car l'on pense que les supermarchés ne répercuteraient la différence sur les acheteurs. Mais que fait donc l’État s’il n’est pas capable de contrôler les prix et de taxer lourdement les tricheurs. 
Certes l’État a besoin de financer sa défense nationale. Il n’aura aucun problème s’il passait le deuxième taux à 20%.  Les prix des voitures augmenteraient de 3.000 à 5.000 shekels ce qui ne serait jamais dissuasif alors que payer le sucre à 2,7 shekels au lieu de 3 est une baisse significative pour les ménages de la périphérie.
Le pays dispose de terres domaniales en périphérie des grandes villes. Ces terres seraient mises à la disposition de sociétés publiques de construction qui pourraient réduire les coûts des logements de 30%, l'équivalent du prix du terrain gratuit, avec faculté de les donner en priorité aux nouveaux immigrants contre un loyer modique et aux jeunes couples. Bien sûr, les promoteurs accepteraient mal qu’on grignote leurs copieux bénéfices mais ils ont d’autres opportunités dans les centres villes.
Une loi doit imposer à tous les constructeurs de réserver les trois premiers étages de chaque immeuble à des appartement de deux pièces pour y loger les nouveaux immigrants et les jeunes couples. Généralement les acheteurs boudent ces premiers étages. Un appartement de 100 m² permettrait d’être divisé en trois appartements d’une pièce et d’un séjour. Ainsi de nombreux israéliens qui disposent pourtant d’un bon emploi, ne seraient plus tentés d’émigrer vers Berlin où l’herbe est plus grasse. 
À leur arrivée dans les années 1960, de nombreuses familles ont d’abord vécu, durant les premiers mois, dans un appartement de deux pièces à Bat Yam, Holon ou Azour le temps de s’intégrer. Ils sont donc restés en Israël et leurs enfants ont oublié les difficultés du premier moment.

Il faut pour cela une volonté politique. Il ne s’agit ici d’option de gauche et ni d’option de droite mais d’une solidarité collective. Certes les immigrants des pays en difficulté viendront en Israël sans rechigner car ils n’ont rien à perdre mais ceux des pays «riches» continueront à investir dans leur pays. L’argument de l’antisémitisme qui a toujours existé en France, mais un antisémitisme qui est tout sauf un antisémitisme d’État, ne peut être brandi pour pousser les Français à quitter le pays. 
Les autorités donnent l'impression qu'elles ne misent plus sur les Français puisque les Juifs de l'Est affluent en grand nombre en Israël et représentent dix fois plus que les Européens. D'ailleurs Netanyahou n'a jamais accueilli les immigrants français au pied de la passerelle alors qu'il le fait pour les Américains et les gens de l'Est. Après avoir été en moyenne 2.500 par an sauf durant les années fastes de 2014 et 2015, seul un millier de Français foulera la terre d’Israël sans compter ceux qui prendront le chemin du retour après avoir cru aux illusions. Donc cessons de croire à l'arrivée massive de 100.000 Français dans les années à venir.    

2 commentaires:

bliahphilippe a dit…

Je suis d'accord avec les termes de votre article. Toute émigration ou installation dans un pays étranger se planifie en fonction de ses moyens et des réalités.Israel ne doit pas faire exception. En sens inverse combien d'israeliens se sont "plantés" en allant vivre à l'etranger? Croyez-vous que tous ont réussi aux USA et ailleurs?J'en ai vu aussi en france qui croyaient trouver le Pérou ..et qui se sont retrouvés au Perreux!! Vous avez mis l'accent sur les différences de traitements sociaux concernant entre autres les allocations et aides notamment au niveau du chomage. Il faut souligner à cet égard que l'Alyah des juifs francais est plus difficile que celle de toutes les autres ethnies.L'explication résulte dans l'etat d'esprit de bcp de juifs francais imprégnés d'un système de quasi assistance ceux-ci n'imaginant pas tomber dans le dénuement. une fois la cigale ayant fini de chanter .Un proche travaillant de le domaine de l'Alyah francaise expliquait qu'il etait sidéré du nombre de candidats arrivés en Israel vivant sur ...les allocations chomage de france.Une sinécure pendant 2 ans! Et puis aprés le grand vide. Changement de mentalité avec les russes par exemple. Il fut une époque ou en Russie communiste où celui en etat de travailler préférant un statut de chomeur était passible de prison aprés quelques mois de chomage.Le communisme est parti mais reste l'influence des mentalités:le russe arrivant en israel acepte n'importe quel emploi subalterne s'il le faut mais il doit bosser pour survivre meme si son statut social et sa fonction etaient plus élevés. Le francais, c'est autre chose.Il ne commencera pas comme homme de ménage s'il était secrétaire, ingenieur etc .L'américain a la mentalité du travail sans filet et fera egalement tous les boulots pour vivre en attendant de gravir les échelons.Alors quoi? faut-il un statut spécial pour les français? Leur cuisse est elle plus jupitérienne que celle des autres? Au gouvernement de répondre.Personnellement je pense qu'il existe d'autres ethnies plus intéressantes pour l'Alyah. Bien sur nous discutons de généralités sans évoquer la présence de gens sérieux qui ont fait des sacrifices et su s'adapter en connaissance de cause.Quant aux autres, ceux qui ne viennent pas ou qui repartent qu'ils ne s'imaginent pas que la manne allocative est éternelle

AMMONRUSQ a dit…

Bonsoir,
L'article est bon, le commentaire également, on ne le répètera jamais assez, il faut apprendre l'hébreu avant de faire l'Aliya !