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samedi 3 décembre 2011

NEGUEV : AU BOUT DU MONDE… A DROITE


NEGUEV : AU BOUT DU MONDE… A DROITE

Par Jacques BENILLOUCHE

Qadesh Barnea au Néguev
                 
              Coïncidant avec la journée des élections égyptiennes, le Club de la Presse avait organisé une escapade à la frontière du Néguev, de quoi tâter la température politique dans la région. Discrétion ou volonté de ne pas dramatiser, le Néguev donnait l’impression d’être un havre de paix pour touristes plutôt qu’une zone à risque. On s’attendait à une révolution islamique débordant sur les frontières d'Israël, avec envoi de roquettes et tirs d’armes automatiques, mais nous n’avons été frappés que par le soleil et encore, il était modéré. 

Plus de touristes que de militaires


            Notre objectif consistait à visiter la partie centrale de la frontière, plus précisément à Qadesh Barnea, baptisée Nizzane Sinaï, parce que le village avait été créé par les israéliens de l’implantation de Yamit lors de l’évacuation du Sinaï en 1982, en conséquence du traité de paix de 1979 entre l’Egypte et Israël.
            Tout au long de route 211, bordée de terre aride, la présence militaire était quasi inexistante ou discrète à l’exception d’une seule base où quelques soldats astiquait des transporteurs de troupes garés entre quelques tentes aux bords relevés. De temps en temps, des plantations d'oliviers, symboles de la résistance de la vie face à la colère des sols et du climat, nous rappellent que la nature n'est pas totalement fâchée avec les habitants courageux du Néguev. La découverte de réserves d’eau saline dans les profondeurs de la terre, et le développement de techniques agricoles novatrices, ont transformé la région de Ramat ha-Néguev en "terre de l’olivier" et de l'huile d'olive.
            La frontière est matérialisée par des rouleaux de fils de fer qui ne doivent certainement pas décourager les clandestins puisque 2.676 ont traversé la frontière en novembre. Ceux qui les suivront ont encore de beaux jours devant eux avant la construction d'une séparation physique en dur. Nous distinguions très précisément les deux postes de contrôle égyptiens, à quelques dizaines de mètres des journalistes qui avaient fait le voyage. Nous n’avons senti aucune agressivité à notre égard malgré les incidents qui se sont déroulés dans cette région. De l’autre côté aussi, aucune présence militaire n’était visible comme si les deux voisins tenaient à montrer qu’ils n’avaient aucune intention belliqueuse. L’attaque meurtrière du mois d’août, au cours de laquelle huit israéliens ont trouvé la mort, semble classée comme péripétie historique. 

Nouvelle brigade 


        Nous avons longé la frontière sur plusieurs kilomètres en constatant le même calme et l’absence d’armada militaire des deux côtés, en regrettant cependant de ne pas pouvoir entrer de l'autre côté boire le thé chez les bédouins égyptiens. Mais, lors d’un précédent entretien, l'un des colonels officiant dans la région nous avait conseillés de ne pas nous méprendre sur ce calme apparent à la frontière car le Sinaï grouille d’organisations terroristes actives, disposant de matériels sophistiqués et prêts à en découdre avec Israël lorsque l'Iran le décidera.
 
            Tsahal ne mésestime pas le danger mais les exercices ont lieu volontairement au  nord du Néguev pour éviter toute interprétation tandis que les militaires égyptiens ont donné à leurs  troupes l’ordre d’empêcher les terroristes d’Al-Qaeda d’approcher de trop près la frontière. La seule nouveauté israélienne est la création d’une nouvelle brigade régionale, rendue nécessaire par les récentes tensions le long de la frontière israélo-égyptienne. Cette nouvelle brigade, basée à Eilat, se voit chargée de renforcer la sécurité le long de la frontière avec l’Égypte.
Nouvelle brigade au Néguev

DU VIN EN PLEIN DESERT

            A défaut de troubles justifiant quelques pages de texte affutées au clavier de l’ordinateur, les journalistes français, déçus ou réconfortés, toujours à l’affut des bonnes bouteilles, ont préféré se rabattre sur la visite des chais du kibboutz pour goûter au vin exceptionnel, fait à partir de raisin poussant sur une terre arrosée de la seule eau salée de la région, selon des méthodes originales, conçues au centre de recherche agronomique du kibboutz Revivim. 
Les serres de Revivim
Privés de sujet de reportage sur la guerre à la frontière égyptienne, nous avons rejoint une délégation de l’Ambassade du Vietnam qui rendait visite à ses compatriotes stagiaires, envoyés pour six mois approfondir les méthodes modernes d’agriculture dans le désert. Pourtant, le Vietnam ne manque pas d’eau, mais il doit avoir de sérieuses raisons de s’intéresser aux techniques d’arrosage israéliennes.
Ainsi les français, réputés incorrigibles pour avoir le don de fouiner la bonne bouteille, ont terminé la journée avec plusieurs bons verres de vin. Le maitre des chais ne rêve que de la paix pour être envahi par les touristes car le budget des journalistes n’était pas à la hauteur de ses espérances. La révolution égyptienne n’était pas encore parvenue, pour l’instant, à troubler la vinification de son raisin au léger goût salé. On raconte que les habitants du kibboutz, habitués à boire une eau salée, ont coutume lors de leurs visites au centre du pays de réclamer un café à base de sel plutôt que de sucre.


Le rêve de Ben Gourion


Mais le véritable goût de salé qui reste dans notre bouche est la constatation que le Néguev, qui représente la moitié de l'espace israélien, est totalement vide d'habitants alors que Ben Gourion, le visionnaire, avait lancé le mot d'ordre que l'avenir du pays était dans le peuplement intense de la région. A l'âge du high-tech, l'esprit pionnier se perd certes mais une ville nouvelle pourrait s'inspirer des villes désertiques créées dans le monde, avec l'avantage de bénéficier d'un climat sain et sec; une ville qui aura l'avantage d'avoir une électricité solaire gratuite, des villas avec jardins étendus sur plusieurs dounams et des produits bios naturels puisque les insectes et nuisibles, qui n'arrivent pas à s'y acclimater, fuient la région trop salée à leur goût.
Et l'on se met à rêver. Si nous avons pu installer en Cisjordanie dans des zones aussi arides plus de 300.000 juifs, entourés de haine et de menace, alors il est possible d'en mettre autant dans les territoires du Néguev, ni disputés et ni contestés, le nouvel Eldorado israélien. 


Merci à Sara Brownstein, Yoram Bitane et Michaël Blum pour leur excellente organisation. 
 

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