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vendredi 23 juin 2017

L'Arabie se dote d'un jeune héritier de 31 ans



L’ARABIE SE DOTE D’UN JEUNE HÉRITIER DE 31 ANS

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
       
            

          Dans notre article du 15 juin sur «Les vrais dessous de la mise à l'écart du Qatar», nous avions émis l’hypothèse d’une lutte des clans royaux et d'une révolution de palais pour expliquer la décision collégiale d’isoler le Qatar. Les manigances du prince héritier saoudien pour devenir roi sont à la base de la décision du Bahreïn et de l'Égypte, imitant l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) qui ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar.


Le roi Salman avec Mohamed Ben Nayef et Mohamed Ben Salman

            La décision vient de tomber. Le roi Salman d’Arabie saoudite a nommé son fils prince héritier. Mohammed ben Salman, 31 ans, est également nommé vice-Premier ministre et conserve son poste de ministre de la Défense. Cette nomination acte l'élimination progressive du prince héritier précédent, Mohammed ben Nayef, 57 ans, qui a été congédié de son poste de ministre de l’intérieur, après deux années tumultueuses de luttes internes qui ont suivi l’accession au trône du roi Salman. La montée en puissance du Prince, qui symbolise les espoirs d'une population jeune attirée par le modernisme, est inhabituelle dans un royaume conservateur habitué à des dirigeants âgés. 
            Mohamed Ben Salman, surnommé MBS, a décidé de sortir l’Arabie de sa torpeur. Il a présenté un plan économique pour soigner le royaume de son addiction au pétrole. Il a procédé à une véritable révolution structurelle. Les avis sont partagés sur la personnalité de l’héritier. Le quotidien britannique The Independant le qualifie «d’homme le plus dangereux du monde». Bloomberg estime qu’il est «l’homme de tous les pouvoirs à Ryad». Effectivement, en plus de ses postes au gouvernement, il est président du Conseil des affaires économiques et de développement qui supervise la Saudi Aramco, première compagnie productrice de pétrole au monde.
Saudi Aramco

            Mohamed Ben Salman est un chef de guerre doublé d’un réformateur à marche forcée dans un royaume qui relevait de la gérontocratie. Il a engagé son pays dans des réformes audacieuses dans un système économique édifié sur la seule manne pétrolière. Il veut garantir l’avenir de son pays en se dotant d’un fonds souverain de 2.000 milliards de dollars destiné à diversifier les investissements et les revenus d’une économie dépendant à 70% sur le pétrole. MBS envisage également la privatisation des services de santé, des télécommunications et de l’éducation. Il a prévu l’instauration de la TVA en 2018, non seulement dans son royaume mais aussi dans tous les pays du Conseil de Coopération du Golfe. Il est opposé à la polygamie parce qu’il veut que son pays sorte de l’archaïsme.
            C’est un grand lecteur des mémoires de Winston Churchill et de «L’art de la guerre de Sun Tzu» dont il a mis en application la théorie en lançant et en supervisant les opérations militaires au Yémen et en mettant sur pied une coalition arabe du Golfe contre l’expansionnisme chiite iranien dans la région. Le prince avait été envoyé à Moscou par son père, à la tête d’une délégation de haut rang, pour sceller la perte de confiance du Royaume envers Washington. La mise à l’écart du royaume par Barack Obama n’avait pas été appréciée et pour diversifier ses relations internationales, l’Arabie s’est tournée vers la Russie puis ensuite vers Israël.

            La rencontre entre Mohammed ben Salman et Vladimir Poutine a eu lieu à Saint-Pétersbourg durant laquelle des accords ont été signés concernant le développement de l'énergie nucléaire pacifique, la recherche spatiale, le logement, l'électricité et les investissements. Dans cette conjoncture, l’Arabie saoudite et certains pays arabes ont pratiqué une normalisation discrète avec Israël. L’Iran a été le catalyseur qui a permis la normalisation de facto entre Israël et les monarchies du Golfe, au départ secrète puis de plus en plus publique. La normalisation est la conséquence de la décision de MBS. Les pétromonarchies du Golfe ont choisi la survie de leur trône en faisant le choix d’Israël contre l’Iran. Il est vrai que la dynastie wahhabite n’a jamais tiré un coup de feu contre Israël.
            Sur incitation du prince héritier, l’Arabie saoudite a noué une coopération technologique avec la société Daront, société High Tech installée à Ramat-Gan, pour un programme informatique et sa mise en œuvre par une formation aux États-Unis du personnel saoudien. Par ailleurs, le royaume a attribué au groupe israélien G4S la responsabilité de la sécurité du pèlerinage à La Mecque et de l’aéroport de Dubaï. La firme israélienne AGT, dirigée par un Israélien installé aux États-Unis, a édifié un barrage électronique dans la région frontalière entre les Émirats Arabes Unis et le Sultanat d’Oman pour empêcher les infiltrations hostiles.


            Depuis l’arrivée de Donald Trump, les liens chaleureux ont contribué à accélérer l'ascension de Mohammed Ben Salman en tant que prince héritier. Le changement opéré au sommet de l’Arabie saoudite sera positif pour le développement des relations avec Israël mais il est trop tôt pour parler d’une normalisation des relations diplomatiques bien que, selon des sources arabes et américaines citées par le journal britannique The Times du 17 juin, Israël et l’Arabie saoudite chercheraient à développer des relations commerciales. Il serait notamment question d’autoriser les entreprises israéliennes à s’implanter dans le pays arabe, et de permettre à la compagnie aérienne El Al d'utiliser l’espace aérien saoudien.
          Le jeune héritier a choisi la voie du pragmatisme et du combat contre l'Iran. Son avènement au pouvoir permettra certainement la survie d'un royaume jusqu'à présent anachronique et féodal. Une certitude, il battra le record du plus jeune chef d'Etat pour l'instant détenu par Emmanuel Macron.

1 commentaire:

Véronique Allouche a dit…

Erreur. Le plus jeune président qui arriva au pouvoir fut Bachar El Hassad, il n'avait que 35 ans, donc plus jeune que Macron.
Bien cordialement