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mardi 9 octobre 2012

ISLAM ET ISLAM RADICAL


  
ISLAM ET ISLAM RADICAL

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps
                

            Les nouvelles expressions font toujours florès dès qu’il s’agit de caractériser une catégorie de pays, de personnes ou de communautés dans le but d’éviter de généraliser et de fustiger une minorité peu concernée. Ainsi certains pays arabes avaient été classés «modérés» sous prétexte qu’ils collaboraient avec les États-Unis alors qu’ils ne changeaient pas leur méthode anachronique de gouvernement féodal. 
    De même, certains musulmans ont été définis comme «intégristes» parce que leur doctrine préconisait le respect total du dogme et de la tradition et parce qu’ils visaient à intégrer toute la vie dans la doctrine religieuse. L’intégrisme était déjà une forme de conservatisme religieux qui rejette la loi de l’homme, qui ne respecte sur terre que la loi de Dieu et qui refuse l’évolution et l’adaptation de la doctrine.



Repère idéologique

            Aujourd’hui le terme d’islam «radical» est galvaudé comme s’il s’agissait d’une doctrine nouvelle, récemment découverte dans le cadre d’un renouveau spirituel et culturel caractérisant le monde islamique. Il semble bien que les gouvernements exploitent cette définition retrouvée, pour donner l’impression qu’il s’agit en fait d’un mouvement nouveau dont ils découvrent à peine les structures, les programmes et les ramifications. Cette posture leur permet de justifier par la sémantique leur échec dans la mise au pas d’extrémistes dont l’audace n’est plus à démontrer.  
Islamistes maliens
Or l’islam a été, de tout temps, radical dans sa pensée et dans ses méthodes, par essence même, quel que soit la façon dont on le qualifie. Son retour au-devant de la scène s’explique parce qu’il a simplement relevé la tête avec la libération des peuples colonisés. Pour se donner une nouvelle identité, ou retrouver celle perdue au temps du colonialisme, de nombreux musulmans ont choisi la foi comme repère idéologique.
            L’intégrisme islamique, défini dans les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, ne se distingue pas de l’islam radical puisque les bases restent les mêmes. Les algériens ont fait la triste expérience puisque leurs  islamistes ont tué et assassiné en 1991 au nom du même Dieu, en usant d’une action totalement radicale. La classification des musulmans en bons et mauvais, en modérés ou en radicaux, est superflue. Alors que l’islam a toujours été populaire et prosélyte, la tendance au renouveau religieux se qualifie à présent d'«islam politique radical». Or, l’islam a toujours usé de la force pour augmenter le nombre de ses adeptes là où il était présent mais a aussi élargi ses frontières par la migration, en Europe par exemple, et par ses activités missionnaires, en Afrique en particulier.

Action sociale

            L’islam radical se camouflait sous forme d’action sociale puis usait de la violence pour gérer l’action politique. De tout temps, il a ouvertement ou clandestinement cherché à créer un gouvernement ou un État islamique ou à imposer sa doctrine dans les pays où les musulmans ont été acceptés. Le radicalisme consistait à voir des gouvernements appliquer la charia, les lois et les règles de l’islam, imposer l’habillement, les relations entre les sexes, l’interdiction de l’alcool et les jeux d’argent, les châtiments corporels et les restrictions aux opérations bancaires.  
Le radicalisme chez les musulmans n’est donc pas nouveau. D’ailleurs, au printemps 1883  le philosophe français Ernest Renan s’exprima déjà sur le sujet. Il avait présenté à la Sorbonne une conférence sur l’islamisme et la science dans laquelle il avait posé, sous une forme accentuée, l’antinomie de l’esprit scientifique et du fanatisme théologique. Il s’était attaché à démontrer que la religion musulmane était, par son essence même opposé au développement de la science, et que le peuple arabe, par sa nature, n’aimait ni les sciences métaphysiques, ni la philosophie.

Radicalisme de l’Arabie

            L’islam radical existe depuis le VIIème siècle puisqu’il a été mis en place en Arabie par le prophète Mahomet, avant sa mort en 632 sous forme de califat. L’abolition du califat ottoman en 1924 a mis fin à cet islam radical dont la responsabilité fut dévolue aux chefs tribaux, féodaux et monarchiques. En effet, tous les groupes islamistes au Moyen-Orient, qui jugent indésirables les idéologies préconisant des politiques non islamiques, n’ont jamais dévié de leur objectif commun consistant à renverser par la force les élites au pouvoir au Maroc, en Arabie Saoudite, dans l'Émirat du Koweït et des Émirats arabes unis, en Algérie, en Égypte et en Tunisie.         Les islamistes «radicaux» existent aussi en Israël et dans les Territoires où ils prônent la destruction de l'État israélien. 
      Le mouvement islamiste a compris qu’il devait favoriser la constitution d’États qui appliquent la charia et, pour parvenir à ses fins, il devait s’allier avec les pays émergeants pour parvenir à modifier l’équilibre actuel.
Frères musulmans égyptiens
La terminologie de «radical» tend à transformer les intégristes d’hier en un courant modéré qui veut réaliser ses objectifs dans un cadre légal comme les Frères musulmans d’Égypte et de Jordanie et les militants du FIS algérien qui acceptent le jeu de la participation démocratique. Par opposition, ceux qui sont prêts à recourir à la violence pour renverser les gouvernements en place, répondent bien à la classification radicale, comme en Égypte avec Djama’a Islamiyya et le Djihad islamique qui dénigrent la démocratie, répriment les minorités religieuses et considèrent la tactique terroriste comme légitime. Mais sur le fond rien ne les distingue.
La crise économique mondiale a créé cette dichotomie entre militants qui s'appuient sur la même idéologie, qui veulent atteindre le même résultat mais qui ne divergent que sur la méthode. La détresse sociale et économique, la pauvreté et le chômage des jeunes, sont à la base du sentiment croissant de mécontentement. Certains régimes se trouvent confrontés aux programmes économiques et sociaux importés, dont certains sont dictés par le Fonds monétaire international, qui sont jugés non islamiques.

Alors, on qualifie d’islamistes radicaux certains jeunes de banlieues alors que l’Arabie saoudite est la quintessence de l'État islamique intégriste radical et cela date de sa création. L’Arabie représente la tradition religieuse dans sa version la plus primitive ou rigoriste, le wahhabisme. Et pourtant sa survie dépend des puissances non islamiques. L'OCI (Organisation de la Conférence islamique), basée à Djedda, est l'organisme islamique le plus radical puisqu'il y a été question de l'affaire des Versets sataniques de Salman Rushdie. Cette organisation qui se voulait une «internationale intégriste», avait créé un sentiment de malaise et de peur en occident mais n’avait pas réussi à fédérer tous les musulmans du monde en raison des singularités partisanes.
Il faut cesser de classifier l’islamisme en tendances, bonnes ou mauvaises, modérées ou radicales, car son fondement est basé sur la charia qui est un déni de démocratie et de modernisme. On peut  à la rigueur qualifier de pragmatistes ceux qui tempèrent leur ardeur, le temps de laisser passer l'orage, comme les Frères égyptiens, mais ils resteront islamistes jusqu'au bout de leurs convictions. 
Les gouvernements actuels devraient agir plutôt que d’user de sémantique quand ils doivent combattre des extrémistes qui n’ont que faire du qualificatif dont on les affuble. L’islamisme radical n'est pas nouveau; il date de Mahomet depuis le jour où il a décidé que le culte devait être  uniquement rendu à Allah : «Combattez-les sans répit jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de subversion et que le culte soit rendu uniquement à Dieu. S’ils cessent le combat, ne poursuivez les hostilités que contre les injustes récalcitrants.»(Coran 2-193)

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