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mardi 2 mai 2017

L'ADN antisémite du F.N



L’ADN ANTISÉMITE DU F.N 

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            

          A chaque fois que l’on soulève la question de Marine Le Pen, l’argument souvent avancé est qu’elle a changé par rapport à son père. Quand je lui avais demandé, lors d'une interview exclusive, si elle envisageait de se débarrasser des scories qui polluaient l’entourage de son père, elle avait éludé la question en utilisant une boutade : «le temps fera les choses». Certes elle ne pouvait pas tuer politiquement son père. Cependant elle a effectivement envoyé à la retraite quelques fortes têtes qui s’opposaient au changement de gouvernance à la tête du FN et qui ne voulaient pas l’adouber comme nouveau leader.
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Fondamentaux idéologiques
Logo du FN inspiré de celui du parti fasciste italien

Par stratégie ou par intérêt, elle n’a jamais voulu renier les fondamentaux idéologiques constitutifs de son parti, ni condamner les hommes qui l’avaient créé. Or l’inspiration viscéralement antisémite fait partie de l’Adn du mouvement et le changement, si changement il y a, ne sera visible que si le Front National fait table rase de son passé trouble en effaçant les souvenirs de ses parrains notoires. Marine Le Pen est gênée par cet héritage et elle fait tout pour le lisser. Elle n'utilise plus son nom dans ses affiches mais seulement son prénom et elle a renvoyé la flamme du parti, rappelant le fascisme, dans les tiroirs de l'Histoire en la remplaçant par une rose bleue.

          Pour comprendre l’ancrage du parti, il est indispensable d’analyser le cheminement des principaux fondateurs du FN, qui ont représenté  un amalgame de tout ce que le monde politique compte d’antisémites. Pêle-mêle se sont réunis les ennemis de la Résistance, les poujadistes, les militants de la collaboration vichyste,les mutins de l'OAS et les catholiques intégristes qui vouaient une haine cultuelle et héréditaire aux Juifs.
Pierre Bousquet

            Les fondateurs sulfureux du FN en 1972 venaient d’horizons marqués par l’antisémitisme. Les principales figures marquantes avaient un passé qu’ils n’ont jamais renié. Il en était ainsi de Pierre Bousquet qui fut volontaire dans la légion SS Charlemagne et qui a occupé le poste de trésorier pendant neuf années. Victor Barthélémy fut l’adjoint de Jacques Doriot, partisan radical et actif de la collaboration en créant la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF) et en combattant personnellement sous l'uniforme allemand. François Brigneau avait fait ses armes dans la milice.
Jacques Doriot

Les fondateurs ont amené auprès d’eux des catholiques intégristes sous la houlette de l’intellectuel Jean Madiran, pétainiste médaillé de la Francisque. On les retrouve aujourd'hui dans le mouvement Sens Commun. Les anciens de l’OAS ont ensuite rejoint en masse le mouvement à l’instar de Georges Bidault qui devait cependant rapidement quitter un parti qui n’était pas en phase avec ses idées gaullistes. Roger Holleindre continue à perpétuer le souvenir les «terroristes de l’OAS» qui selon le général de Gaulle faisaient partie d'une organisation «de déserteurs et de fanatiques que lui procure l’écume de la masse militaire, celle surtout des unités étrangères, la légion, et la pègre suscitée comme toujours par le tumulte latent. Elle exploite l’illusion et la fureur de la plupart des pieds-noirs qui ne cessent d’attendre un coup de force providentiel».

Des fondateurs sulfureux

            André Dufraisse a été membre du Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot et de la Légion des volontaires français (LVF). Il s’est engagé sous le sobriquet de «Tonton Panzer» sous l'uniforme allemand. Il fut le secrétaire général du mouvement de jeunesse de l'UDCA de Pierre Poujade, présidé à la l'époque par Jean-Marie Le Pen. Il est entré en 1972 au bureau politique du FN aux côtés de son épouse Martine Lehideux.
Le candidat Duprat

            François Duprat, brièvement trotskiste à l'âge de 16 ans, a évolué rapidement vers le nationalisme. Il avait mis en place une section de l’OAS à Toulouse. Il est passé par toutes les organisations nationalistes, entre autres Ordre nouveau et Front national. Il a ensuite développé des liens avec le Fatah et le FPLP, et aux côtés de Maurice Bardèche, il a joué un grand rôle dans la naissance d'un «antisionisme d'extrême-droite» en créant en 1967 le Rassemblement pour la libération de la Palestine. Il a milité au bureau politique du FN jusqu’à sa mort, le 18 mars 1978, dans l'explosion de sa voiture piégée.
Léon Gaultier

            Léon Gaultier, ancien officier de Saint Cyr a intégré  en 1943 la Milice française et a fait partie de la dizaine de chefs miliciens engagés dans la Waffen SS. Pierre Durand a été le cofondateur du quotidien Présent et le codirecteur de la Société d'études et de relations publiques (SERP) spécialisée dans la diffusion de cassettes de commentaires des discours d'Adolf Hitler et de Pétain. Il a d’ailleurs été condamné, pour «provocation à la haine raciale» pour ses articles.

Le train en marche


            Jean-Marie le Pen n’a pas été créé le parti, il a pris le train en marche. Après avoir été en 1965 le directeur de campagne de Jean-Louis Tixier-Vignancour, candidat à l'élection présidentielle, il a été appelé en 1972 à présider le jeune Front national afin d'élargir son champ électoral. Il va progressivement réussir à booster ce parti qui n’obtenait au départ que des scores électoraux extrêmement faibles. 

          Il appela auprès de lui Bernard Antony, une des figures majeures de la sensibilité catholique traditionaliste dans les milieux nationalistes français. Ce dernier n’a rallié le Front national qu’à l'occasion des européennes de 1984. Bernard Antony est un pilier du FN, un exalté qui voue une haine féroce aux islamistes. Il a ensuite été choisi par Jean-Marie le Pen pour conduire le parti aux élections de 1986 puis a été élu député au parlement européen.


            Marine le Pen a cherché à donner une image républicaine à son parti pour le rendre plus fréquentable mais elle n’a pas réussi à démontrer qu’il n’était pas dangereux. Il suffit de lire les tracts diffusés durant les élections pour s’en rendre compte. Son programme qui se veut nationaliste est en fait de la ségrégation sous l’appellation de «préférence nationale». Les droits sociaux doivent être réservés aux seuls Français. Elle veut interdire la construction de mosquées et utilise la dialectique d’extrême-droite pour s’élever contre la corruption. Elle n’a jamais rompu avec l’héritage des antidreyfusards et de l’Action française. Marine le Pen utilise un langage populiste en prétendant parler au nom du peuple. Elle condamne les élites en opposant le «pays réel» au «pays légal». Elle fustige les «ennemis de l’intérieur» représentés par les étrangers vivant en France et ceux qui ont été naturalisés. Aujourd'hui elle abuse de l’expression oligarques et banquiers à longueur de discours, ces vieux clichés antisémites qu’elle recycle pour Emmanuel Macron.


            Elle a compris qu’il fallait lisser son programme en n’abordant plus directement la mémoire de la Shoah et de la barbarie nazie, même si elle a quelques dérapages comme celui concernant le Vel' d'hiv. Elle ne fait plus comme Jean-Marie Le Pen de l’antisémitisme un enjeu parce qu’elle sait que cela choque l’opinion internationale. Contrairement à son père qui ciblait intentionnellement les Juifs avec ses jeux de mots douteux, son thème de prédilection est la préférence nationale et le problème des immigrés avec une dose de racisme sous-jacent. Elle a compris qu’elle ne devait pas participer à des provocations stériles mais elle a surtout compris qu’elle devait condamner l’antisémitisme au cours de ses discours publics. Elle préfère aujourd’hui axer ses attaques contre les musulmans qui sont selon elle un danger parce qu’ils ne s’assimilent pas.


Contrôler les dérapages

            Marine le Pen a bien manœuvré en évitant les attaques contre les Juifs et en bannissant l'antisémitisme de son langage car cela rend le Front national plus fréquentable tandis que les électeurs assument à présent leur vote. Cependant, beaucoup de cadres de son entourage gardent un antisémitisme primaire. Mais cela ne signifie pas qu’elle ait changé. Certes la dialectique a évolué mais pas le programme qui est pratiquement le même que celui de son père. Elle a enfourché le cheval de la bataille de la mondialisation et du populisme comme naguère on fustigeait la finance internationale aux mains des Juifs. Elle confirme ses liens avec le petit peuple parce qu’il représente la «France réelle». Certes si le FN venait au pouvoir, il n’est pas certain que nous entrions dans une ère de fascisme semblable à celui de l’entre deux-guerres. Mais les pratiques ségrégatives contre les immigrés remplaceraient celles contre les Juifs avec à la clé l’expulsion des musulmans.  Il est probable d’ailleurs que les Juifs représenteraient les deuxièmes cibles. Elle souhaite supprimer le principe de la double nationalité ce qui aurait un impact dramatique auprès des franco-israéliens.


            Il lui arrive de ne pas contrôler ses dérapages verbaux lorsqu’elle se trouve en direct à la télévision. Invitée en 2012 par Guillaume Durand, elle était revenue sur son clash avec Anne-Sophie Lapix, d’une manière choquante. Il lui avait demandé l’origine de l’inimitié existant entre elle et la journaliste. Marine Le Pen s’était expliquée en affirmant que Anne-Sophie Lapix la «hait car elle est mariée au patron de Publicis, et participe à un système qui me combattra jusqu’au dernier moment, parce que je le combat». À noter qu’il s’agit du juif Arthur Saadoun. En attaquant la société Publicis créée par Marcel Bleustein, dirigée par Maurice Lévy et dont le directeur est Arthur Saadoun, c’était un moyen pour elle de stigmatiser la collusion des élites juives et par là-même la communauté juive.

            Mais le plus grave et triste est que certains candidats juifs se fourvoient en se présentant aux élections sous l’étiquette FN, donnant à ce parti une légitimité qu’il n’a pas encore gagnée. Les optimistes pensaient que Marine Le Pen évoluerait lorsque son père ne sera plus là pour la guider sur le droit chemin. Elle suit en fait le même chemin avec des méthodes plus softs. En attendant elle cautionne tous les antisémites qui sont à l’origine de la création de son parti sans les condamner officiellement, les Dieudonné, les Soral, les Ramadan.
          Le temps est venu de lui enlever le masque qui la présente sous un jour républicain. Elle ne changera pas car l'antisémitisme et le racisme sont dans l'Adn de son parti.



4 commentaires:

V. Jabeau a dit…

Au pouvoir, le FN et Mme Le Pen interdiront très rapidement la chehita, Le port de la Kippa, la double nationalité fraco-israélienne, et trouvera aussi beaucoup de gens pour interdire la circoncision. Cher M. Benillouche, elle s'en prendra aux Juifs de façon rapide et insidieuse, car nous sommes une petite minorité, et personne en France ne nous défendra réellement. La communauté française juive perdra rapidement pas mal de ses membres et elle sera encore plus la cible de vexations. Enfin la parole publique et privée sera de plus en plus "libre" et antisémite avec passages à l'acte faiblement condamnés, de la part du "peuple", et pas seulement de musulmans fanatiques.

andre a dit…

La question ne se pose même pas.On ne vote pas Front National.
Les islamistes sont nos ennemis et les racistes aussi et depuis toujours On doit voter Macron, même si ce n'est pas le premier choix .
Le programme économique du FN est une aberration . La mentalité FN une abomination.
Andre M
Tribune juive

atoilhonneur corto a dit…

" Cependant, beaucoup de cadres de son entourage gardent un antisémitisme primaire " Pourriez-vous citer, allez, cinq noms ?

Par ailleurs si le FN est aussi antisémite que vous l'affirmez, que penser de ceux qui sans être au FN mais par calcul électoral, ont participé à son expansion, au premier rang desquels: François Mitterrand, ministre de Vichy et récipiendaire lui aussi de la Francisque

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@ Corto je peux rallonger la liste des Proches de Marine le Pen

David Rachline Proche des milieux nationalistes révolutionnaires, il est l'ami d'Axel Loustau et de Frédéric Chatillon, deux des piliers d'une « GUD connexion » qu'il n'hésite pas à faire travailler avec sa mairie de Fréjus

Nicolas Bay Catholique revendiqué, il fut en 1996 l'un des fondateurs de l'association conservatrice Jeunesse action chrétienté, proche de l'institut Ichtus
Wallerand de Saint-Just avocat marqué par la défense de personnes accusées de racisme ou d'antisémitisme (dont Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch)

Jean-François Jalkh Ancien journaliste à National-Hebdo, il a remis en cause la possibilité technique des chambres à gaz

Philippe Vardon Il a d'abord appartenu à Unité radicale (groupuscule dont était issu Maxime Brunerie, auteur d'une tentative d'attentat contre Jacques Chirac) et au GUD, avant de cofonder le Bloc identitaire.

Axel Loustau Militant du GUD dans les années 1990 et soupçonné d'entretenir des sympathies néonazies.

Frédéric Chatillon Il a dirigé le GUD, syndicat étudiant d'extrême droite, dont il assume le tournant antisioniste. Il assure avec ses amis la protection des négationnistes Robert Faurisson et Roger Garaudy à l'occasion de leur procès, tout en travaillant pour la librairie révisionniste Ogmios.

Philippe Péninque a contribué à fonder le mouvement Egalité et réconciliation avec Alain Soral et Jildaz Mahé O'Chinal en 2007, et appartient au cercle Iéna, composé d'anciens membres du groupe néo-fasciste Ordre nouveau.

Bonne lecture. Cordialement