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mercredi 3 juillet 2019

En Israël, les Ethiopiens sont les nouveaux Marocains



EN ISRAËL, LES ÉTHIOPIENS SONT LES NOUVEAUX MAROCAINS

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            Nous reproduisons intégralement un article qui avait été publié sur Slate.fr le 5 mai 2015 et qui garde toute son actualité brûlante. L’Histoire bégaie malheureusement.

Un juif éthiopien arrêté par des policiers lors d'une manifestation à Tel Aviv le 3 mai 2015 | REUTERS/Baz Ratner

Les manifestations violentes en Israël de Juifs éthiopiens rappellent étrangement les manifestations des originaires d’Afrique du Nord dans les années 1970. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. La cohabitation de communautés de différentes contrées ne se fait pas sans heurts, même si elles ont en commun la même religion. Hier, les Juifs d’Afrique du Nord souffraient de discrimination et aujourd’hui c’est au tour des Juifs éthiopiens, victimes en plus de racisme.



Israël Black Panters

En Israël, dans les années 1970, les Blacks Panthers, par similitude avec les Afro-Américains, conduits par le leader marocain Charlie Biton, avaient créé un mouvement de protestation et de soutien des immigrants d’origine marocaine. En communauté de destin avec les Arabes israéliens, ils avaient constitué la première organisation qui s’était donnée pour mission d’œuvrer pour la justice sociale et pour la défense des défavorisés orientaux, victimes de discrimination dans le pays.
En mars 1971, les Blacks Panthers avaient manifesté pour protester contre la pauvreté de leur communauté, contre l’écart entre riches et pauvres et contre les tensions ethniques dans la société juive. Le 18 mai 1971, entre 5.000 et 7.000 manifestants s’étaient réunis à la place Sion à Jérusalem alors que la manifestation avait été interdite par la police. Les forces de l’ordre s’étaient violemment opposées à une foule en colère faisant une vingtaine de blessés hospitalisés et 74 arrestations. Le Premier ministre de l’époque, Golda Meir, avait refusé de reconnaître ce mouvement social. Mais la manifestation du 18 mai avait contraint le gouvernement israélien à prendre en compte les revendications des Orientaux en créant une commission dont les conclusions avaient confirmé que la discrimination existait à de nombreux niveaux de la société. Des mesures avaient été décrétées qui n’ont pu être mises en place en raison de la guerre de Kippour de 1973.
Les Orientaux étaient soumis à des attitudes discriminatoires. Ils étaient abandonnés, plusieurs années après leur arrivée, dans les centres de transit, les ma'abarot, villages de tentes ou de caravanes dans lesquels ils avaient été placés à leur immigration en Israël. Ils avaient été humiliés par les autorités d’immigration qui leur rasaient la tête et pulvérisaient leur corps de pesticide DDT. Ils ont été forcés de se plier aux injonctions de l’élite socialiste ashkénaze avec une volonté affichée de détruire la structure familiale traditionnelle. Ils ont alors subi des années de pauvreté et de chômage qui les ont maintenus en état d’échec social.
Il a fallu attendre le Premier ministre travailliste Ehud Barak pour que soit reconnue officiellement cette situation : «Nous devons admettre que le tissu intérieur de la vie commune a été déchiré. Parfois, le tissu intime de la vie de famille a été déchiré. Beaucoup de souffrances ont été infligées aux immigrés et la souffrance a été gravée dans leurs cœurs, ainsi que dans le cœur de leurs enfants et petits-enfants… Je demande par la présente le pardon en mon nom propre et au nom du mouvement ouvrier historique».
Mais ce soulèvement avait donné conscience du problème des Juifs d’Orient qui a été exploité par Menahem Begin pour gagner les élections de 1977 et mettre fin au pouvoir des travaillistes installés aux commandes du pays depuis la création de l’État d'Israël en 1948. Il avait été le premier dirigeant ashkénaze à offrir aux Orientaux des postes politiques de haut niveau.
Les différences culturelles entre Orientaux et Ashkénazes ont été réduites au fil du temps, grâce surtout à l’intégration par l’armée, mais subsistait toujours une ségrégation, en particulier dans le domaine du logement, des études universitaires et des possibilités d'intégration professionnelles. Il est devenu difficile pour les Juifs éthiopiens d'émigrer en Israël.
Opération Salomon

Les problèmes rencontrés dans les années 1970 se renouvellent avec la communauté éthiopienne qui avait été amenée en Israël par deux opérations de sauvetage, l'Opération Moïse (1984) et l'Opération Salomon (1991), alors que la guerre civile et la famine sévissaient en Éthiopie. On évalue à 130.000 le nombre d’originaires d’Éthiopie, ou Falashas, dont 32% sont des Sabras, nés en Israël. Mais, contrairement aux Marocains, leur intégration a été compliquée par des attitudes racistes de la part de certains éléments de la société israélienne et de la part des rabbins qui contestaient leur judaïsme.
Un scandale en 2009 avait choqué l’opinion lorsque des enfants d'ascendance éthiopienne s'étaient vus refuser l'admission dans trois écoles religieuses semi-privées dans la ville de Petah Tikva, banlieue de Tel-Aviv.
Des erreurs ont par ailleurs été commises par l’administration, comme celle d’interdire les dons de sang de cette communauté sous prétexte de risques sanitaires. L’incompétence bureaucratique a entraîné une détresse et un fossé culturel entre une communauté traditionnelle et la majorité de la population technologiquement avancée. Mais nombreux sont ceux qui voyaient un alibi dans la lutte contre le racisme et les préjugés dans la désignation forcée de députés d’origine éthiopienne et dans la nomination en 2012 de la première ambassadrice d'origine éthiopienne, Belaynesh Zevadia.
Belaynesh Zevadia

Un scandale avait été éclaté en 2010 lorsqu’Israël avait été accusé d'une «politique de stérilisation» visant les Juifs éthiopiens à partir de prescription de médicaments contraceptifs. Les autorités avaient d’abord nié cette allégation, puis l’avaient admise plus tard en ordonnant aux gynécologues l’arrêt de l'administration de ces médicaments pour les femmes d'origine éthiopienne.
Mais les manifestations actuelles ont pour origine la brutalité policière comme en 1971 contre les Marocains. En avril 2015, un soldat israélien d’origine éthiopienne, Damas Pakedeh, a été arrêté et accusé d'avoir attaqué le policier alors qu’une vidéo de contrôle attestait du contraire, de son attitude passive. Il a estimé que l'incident avait une motivation raciale. Le chef de la police a exigé de poursuivre le policier en raison «d’une violation flagrante de la loi fondamentale du respect des autres et de leur liberté par ceux qui sont censés nous protéger». Mais cet incident n’est pas le premier concernant le comportement de la police à l’égard des Israéliens éthiopiens.
Les Juifs éthiopiens se lèvent contre le racisme en Israël. Des centaines d'Éthiopiens ont participé à des manifestations dans les rues de Jérusalem, le 20 avril 2015, pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme «un racisme rampant». Des centaines d’Éthiopiens sont descendus dans les rues de Tel-Aviv, le 3 mai, en bloquant totalement la circulation sur les artères principales et sur le périphérique aux heures de pointe. Ils ont été rejoints par des militants sociaux, des membres des mouvements de jeunesse, des députés de la Knesset et des militants des partis de gauche et du centre.
Les Éthiopiens représentent en majorité le prolétariat israélien en occupant des emplois à bas niveau, à l’instar des immigrés en Europe. Leur couleur est souvent un frein à l’embauche à des postes élevés. Seule l’armée ne connaît pas la discrimination puisque les Éthiopiens s’engagent en masse dans les unités combattantes et les unités d’élite. Mais il est difficile de changer l’état d’esprit de la population puisque l’origine des manifestations est la violence de la police contre un militaire en tenue. La comparaison avec la situation à Baltimore vient vite à l’esprit, la police blanche qui frappe un noir ou qui use du délit de «sale gueule».
Un député éthiopien élu en avril 2019 baise les pieds de sa mère

La nouvelle génération d’Éthiopiens est plus contestataire que celle de leurs parents et elle exige d’être traitée avec égard. Israël risque donc de connaître les problèmes rencontrés en Europe avec les enfants d’immigrés. La situation des Juifs orientaux a mis plus de trente ans pour être assainie. Il est à craindre qu’il en faille autant pour les Juifs éthiopiens, qui ont l’inconvénient supplémentaire d’avoir une couleur de peau différente.

http://www.slate.fr/story/101149/israel-ethiopiens

4 commentaires:

François GUTHMANN a dit…

Et donc en quatre ans puisque votre précédent article datait de 2015 les choses ne se sont pas améliorées.
Pire. On peut même dire que la situation s'est dégradée.
Et, en Israël il n'y a pas le prétexte de la crise économique ou du chômage pour expliquer la violence ds la rue.

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Beniilouche,

Quelles que soient les litotes que vous pourriez être tenté d'utiliser pour rendre la pilule moins amère, les situations vous nous décrivez ne relèvent, ni plus ni moins, que du "racisme ordinaire".

Très cordialement.

Avraham NATAF a dit…

Les juifs entretiennent la culpabilité collective depuis la sortie d' Egypte. Les marocains israéliens ont participé a la defense d'Israel depuis 1967. Les juifs éthiopiens, avec l'operation "Tapis volant", avec des grands moyens ont été ramenés en Israel. La mort tragique d'un jeune n'est pas justifiée meme de la part d'un policier hors du service et il est entre les mains de la justice. Je garde le souvenir d'un article de Morvan Lebesque, du Canard enchaîne, qui s'indignait de ces montréalais qui avait pris d'assaut le centre ville parce que la police était en greve. Depuis les émeutes et dégâts sont monnaie courante.

Trumpeldor a dit…

Rappelons neanmoins les faits dans le dernier drame:la mort d un jeune de 19 ans

1. Ce jeune homme etait assigne par la justice a rester a son domicile vu ses antecedents judiciaires ....
2.Neanmoins, il etait dehors et ,en etat d ebriete,semait le trouble en compagnie d'autres individus
3.Un policier en civil qui se promenait avec sa famille, a essaye de les calmer, s'est fait insulter et menacer.....
Il a sorti son arme et a tire vers le sol,par ricochet, cette balle a tue le jeune qui ne devait pas etre la .....

Tous ces faits ont ete prouves et le policier incrimine a ete innocente et relache!
Israel n est pas un pays parfait mais arretons de dramatiser : la communaute ethiopienne a progresse et ces emeutes sont sponsorisees par le "new Israeli fund, cher a George Soros .......