ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - CLIQUER L'IMAGE

ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE

dimanche 30 octobre 2011

SLATE - Israël, victime de la concurrence entre le Hamas et le Djihad Islamique



SLATE - Israël, victime de la concurrence entre le Hamas et le 

Djihad Islamique

par Jacques BENILLOUCHE

Une roquette tirée de Gaza vers Israël Darren Whiteside / Reuters -
La libération de Guilad Shalit contre 1.027 palestiniens a ressuscité le Hamas qui était en perte de vitesse et ravivé les tensions inter-palestiniennes. L’éventualité de l’insertion des islamistes dans le processus de paix n’enchante pas tous les clans palestiniens. Les tirs de missiles de Gaza vers le sud d’Israël, suivis des opérations de représailles de Tsahal, entrent donc dans le cadre de la lutte interne à laquelle sont vouées les deux organisations concurrentes, Hamas et Djihad islamique. Contrairement aux Frères musulmans ou au Hamas, qui représentent des mouvements islamiques traditionnels, le Djihad, financé par l’Iran, se veut révolutionnaire en refusant de s’impliquer dans l’action sociale pour se concentrer sur l’action politique et la lutte armée. Il représente la tête de pont iranienne au Proche-Orient.
Lire la suite en cliquant sur le lien :
http://www.slate.fr/story/45753/israel-victime-concurrence-hamas-djihad-islamique

TUNISIE : LE DOUBLE LANGAGE DE RACHID GHANNOUCHI



TUNISIE : LE DOUBLE LANGAGE DE RACHID GHANNOUCHI


Né le 6 février 1934, intellectuel franco-tunisien, Lafif Lakhdar a étudié à l'école coranique et à l'Université Zitouna de Tunis, il devient avocat en 1957. Il quitte la Tunisie en 1961 pour se rendre en France, puis en Algérie, où il compte parmi les proches de Ben Bella. Après la chute de ce dernier en 1965, il se rend en RFA et en Tchécoslovaquie, puis dans divers pays du Proche Orient (Jordanie, Liban). Il quitte Beyrouth en 1975. Il vit en France depuis 1979.
Militant socialiste, il s'est spécialisé dans le débat touchant la réforme du religieux dans le monde arabo-musulman, s'appuyant notamment sur des doctrines musulmanes de la séparation de l'État et de la religion. Il appelle à la réforme de l'enseignement dans le monde arabe et à l'abolition des dispositions juridiques contraires aux droits de l'Homme.
Il a collaboré notamment au quotidien londonien Al-Hayat (1997-2002), au journal Al-Quds al-Arabi, et au journal en ligne Elaph. Certains de ses articles ont été publiés en version française dans la revue Courrier international. Avec Mohammed Arkoun, il a participé au Projet Aladin lancé par l'UNESCO pour la diffusion de documents sur l'histoire de l'Holocauste.

Nous avons reçu un document complet d'un collaborateur de Lafif Lakhdar : «J'ai constaté que vous aviez reproduit sur Slate des citations publiées sur quelques sites internet. Pour votre usage je vous fais parvenir le document complet, qui rassemble des prises de positions de Rached Ghannouchi, traduites en français par Lafif Lakhdar, tirées de son témoignage adressé au tribunal de Milan, qui précisent le profil du leader de ENNAHDA, radicalement opposé au discours modéré qu’il tient à la presse ».

Nous publions intégralement ce document qui revêt une grande importance historique et qui nous éclaire sur un personnage au double langage.

Sommaire
1. La laïcité
2. Les Droits de l’homme sont inférieurs à la charia
3. La charia, source principale de toute législation
4. Interdiction à la femme musulmane d’épouser un « infidèle »
5. L’ « invasion sioniste et croisée » de la Tunisie
6. Les Etats musulmans doivent avoir l’arme nucléaire, la « conspiration contre l’islam »
7. Le Pakistan aurait dû laisser son arme nucléaire « remplir sa fonction »

« Rached Ghannouchi a toujours refusé de dialoguer ; il a choisi le recours à la violence » (Abdelfattah Mourou, Jeune Afrique, 12/06/1991). Abdelfattah MOUROU, cofondateur et ancien vice-président de ENNAHDA, a démissionné en protestation contre l’acte terroriste du 2 mars 1991 qui visa les locaux du parti au pouvoir, attentat voulu par le clan Ghannouchi, qui coûta la vie à un gardien, aspergé d’essence et brûlé.
«Les islamistes extrémistes d’aujourd’hui se rassemblent autour d’une multitude de prédicateurs religieux, qui ne sont pas tous de premier plan, loin de là. Ces mollahs, par le biais de leurs prédications, deviennent les inspirateurs des actes de leurs fidèles, y compris de leurs actions terroristes ; mais ces imams ne sont pas pour autant leurs chefs militaires. Ils s’en défendent et feignent même souvent hypocritement d’ignorer la violence qu’ils suscitent […]. Selon la plupart des services de renseignement occidentaux, ces prédicateurs, qui inspirent la conduite de la nébuleuse islamique, mais qui refusent de s’affirmer en tant que chefs, sont aujourd’hui au nombre de six : Omar Abdul Rahmane, Mohamed Hussein Fadlallah, Rachid Ghannouchi, Gulbulddine Hekmatyar, Hassan Al-Tourabi et le mollah Omar. » [1]
« Notre objectif [dans ce livre] n’est pas le plaisir cognitif, mais une révolution islamique qui éradique les fausses divinités et la dépendance subie par la terre d’Allah. » [2]

1. La laïcité

« La société islamique est fondée sur l’interprétation des valeurs organisant la vie des individus et des communautés. De plus, elle organise le côté spirituel de ces derniers. C’est pourquoi on ne saurait concevoir de société islamique laïque, ou de musulman laïc que si ce n’est en renonçant à ce qui est essentiel en islam. Car la foi en Dieu n’est pas essentielle en islam ; l’essentiel, c’est la foi en l’unicité de Dieu. Par conséquent, toute législation qui s’inspire d’autres sources pourrait porter atteinte à cette unicité. Une société ne saurait être islamique qu’à condition de ne pas être laïque et d’accepter l’unicité de Dieu. » [3]

2. Droits de l’homme

Les droits de l’homme sont inférieurs à la charia, la charia « au dessus de tout pouvoir ».
« La Déclaration universelle des droits de l’Homme ne représente pas beaucoup de cultures qui donneraient une place plus grande à l’intérêt collectif, ou laisseraient la place à un contrôle supérieur sur la conscience de l’individu, sur la conscience du législateur et sur le pouvoir de l’État comme le contrôle divin à travers la révélation et l’élévation des valeurs de la charia au dessus de tout pouvoir, et promeut l’époque du prophète et le califat bien dirigé [=  les 4 premiers califes] comme point de référence pour tout gouvernement. Ce qui a rendu la révélation possible, et le fait que le sabre soit toujours dégainé contre les despotes » [4]

3. La charia, source principale de toute législation

« Il est à noter que la plupart des constitutions arabes, y compris la constitution tunisienne, ont stipulé l’islamité du chef de l’Etat, il s’agit en effet d’une stipulation abusive et vide de contenu, tant que ces constitutions ne contiennent pas d’articles imposant la charia comme source principale de toute législation, et tant qu’elles ne contiennent pas non plus d’institutions constitutionnelles contrôlant la constitutionalité des lois. Aussi bien le chef de  l’Etat lui-même et le degré de son engagement à respecter, dans sa vie publique et privée, la loi et les normes morales, pour ne pas donner le mauvais exemple de ce qui ne plaît ni à Dieu, ni à ses créatures soumises. » [5]

4. Interdiction à la femme musulmane d’épouser un « infidèle »

« L’islam n’a imposé en matière de mariage entre les différentes couches de la société et les races humaines de restrictions concernant la croyance que dans le but de l’harmonisation et la durée du mariage d’une part, et, d’autre part, dans le but de maintenir la sûreté générale et l’ordre public de la société, eu égard à ce que la croyance est le grand pilier de la société islamique. Toute relation susceptible de porter atteinte à cette fondation ou de la menacer, son  interdiction devient chose inéluctable, telle que l’interdiction du mariage avec les  dévergondées, les athées et en général les ennemis de l’islam ; l’islam donne la permission aux hommes musulmans de se marier avec les femmes vertueuses… chastes, avec des femmes appartenant à d’autres religions si on pense qu’il est très probable que ce mariage serait un moyen de répandre la prédication musulmane parmi leurs rangs.
D’ordinaire, cela ne peut avoir lieu que si les musulmans sont forts politiquement et  culturellement. Toutefois, les femmes musulmanes n’ont pas ce droit, parce que la femme est pétrie d’amour et d’obéissance à son mari et eu égard aux us et coutumes qui font que la femme s’adapte au milieu de son mari et que les enfants sont formés par la religion qui y domine, cela rend le mariage d’une musulmane avec un infidèle [= juif ou chrétien] dangereux pour sa religion et celle de ses enfants. Il peut même représenter un danger pour l’ordre de la société tout entière. » [6]


5. L’ « invasion sioniste et croisée » de la Tunisie

(Lors d’une visite de Jean-Paul II) :
« Ce qui me transperce le cœur aussi que le cœur de tout Tunisien c’est que la visite du chef de l’Eglise catholique coïncide avec la réception du représentant commercial de l’entité sioniste à Tunis ; que comprennent les Tunisiens de tout cela ? Peuvent-ils chasser de leurs esprits qu’il y a une invasion croisée et sioniste de leur pays ? » [7]

6. Les Etats musulmans doivent avoir l’arme nucléaire:

« L’islam qui incite ses fidèles à la paix, si toutefois les autres penchent pour elle, la paix avec laquelle on peut recouvrer les droits, refuse à ses fidèles de se laisser tromper en acceptant, tant qu’ils ne sont pas encore tous tués et tant qu’ils ont encore une veine vibrante de l’unicité de Dieu, que leurs ennemis travaillent nuit et jour pour fabriquer des armes de destruction massive avec l’aide des leaders de l’ordre mondial, tandis qu’eux [= les musulmans] se contentent de roucoulades de pigeons et de gazouillis d’oiseaux qui chantent l’hymne de la paix, pendant que le chasseur, tout proche, taille ses flèches et les pointe sur eux. Pourquoi l’Inde et Israël s’arment-ils de la force nucléaire, sans parler de la Chine, de la Russie, de l’Amérique, de la France et de la Grande-Bretagne alors qu’on l’interdit au Pakistan et à l’Iran, à l’Égypte et à l’Irak ? Comment l’expliquer, sinon par la volonté que seul l’islam doive vivre dans une jungle de prédateurs sans griffes, alors que le christianisme, le confucianisme, l’hindouisme, le bouddhisme et le judaïsme amassent et développent des armes de destruction massive et les pointent sur les capitales des musulmans ? Le parti pris contre l’oumma musulmane, l’hostilité de l’ordre mondial envers l’islam et la conspiration contre lui ne se manifeste pas dans d’autres domaines aussi clairement que dans ce domaine vital. Les musulmans n’accepteront pas la persistance de ce fanatisme religieux et racial contre leur religion, leur oumma et leur civilisation. Quoi que nous fassions, nous les musulmans modérés, partisans du dialogue et de la coopération avec l’Occident pour trouver une explication aux pressions que l’Amérique exerce sur l’Est et l’Ouest pour empêcher le seul monde musulman de s’armer à l’exception des juifs et des hindouistes, nous n’en trouverons aucune qui puisse nous convaincre, si ce n’est celle de la conspiration contre l’Islam et sa nation, et la haine raciste contre eux. » [8]

7. Le Pakistan aurait dû laisser son arme nucléaire « remplir sa fonction »

Ghannouchi n’exige pas seulement le droit des 57 Etats musulmans à la possession de l’arme nucléaire comme moyen de dissuasion, mais plutôt comme arme opérationnelle. Ainsi, il reproche au chef de l’Etat pakistanais, Pervez Musharraf, de ne pas avoir fait usage de son arsenal atomique lors de l’entrée de l’armée américaine en Afghanistan via le Pakistan en 2002 pour en chasser les talibans et Al-Qaïda : « Au lieu de laisser l’arme nucléaire remplir sa fonction de défendre le pays contre toute menace, celle-ci s’est transformée en un objet de chantage, et le Pakistan doit faire des concessions aux Américains pour la protéger. » [9]


[1] Source : Roland Jacquard, Au nom d’Oussama Ben Laden, Paris, 2001, pp. 186 sq.
[2] R. Ghannouchi, Les Libertés publiques dans l’Etat islamique, Centre d’Études de l’Unité Arabe, Beyrouth, 1993, p. 27.
[3] Interview accordée par M. Ghannouchi au quotidien algérien Algérie actualité du 12 octobre 1989.
[4] R. Ghannouchi, Maraya, trimestriel islamiste, Paris, automne 2002.
[5] Rached Ghannouchi, Les libertés publiques dans l’État islamique, Centre d’Études de l’Unité Arabe, Beyrouth, 1993, p. 54, note de bas de page.

[6] Rached Ghannouchi, Les libertés publiques dans l’État islamique, Centre d’Études de l’Unité Arabe, Beyrouth, 1993, p. 54

[7] R. Ghannouchi, hebdomadaire islamiste marocain Arraya, 23 Avril 1996.

[8] Rached Ghannouchi, L’Islam et le nouvel ordre international, hebdomadaire islamiste marocain Arraya, 9 avril 1994, n°91.

[9] Source : Rached Ghannouchi, « Où va le Pakistan ? », site d’Al-Jazeera (aljazeera.net),
02/02/2009

vendredi 28 octobre 2011

DEBAT ACTUALIA : REVOLTE SOCIALE EN ISRAEL



    ACTUALIA
       Forum d’analyses et de débats sur l’actualité

MARDI 15 NOVEMBRE, à 20h

Salle « Félicia Blumenthal » 26,Kikar Bialik, Tel-Aviv


REVOLTE SOCIALE EN ISRAËL

Causes, analyse et solutions.
Débat précédé d’une rétrospective d’un été chaud en événements

Avec l’aimable participation de

                              Jacques BENDELAC
Economiste et chercheur en sciences sociales. Auteur de nombreux essais sur la société et l’économie israélienne

Raphi ISRAËLI
Professeur d’histoire islamique et chinoise à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Auteur de 30 livres et quelques 100 articles scientifiques dans les domaines du radicalisme islamique, du terrorisme islamique, du Moyen-Orient moderne, de la Chine et l'Islam chinois.

                                                        Amir WEITMAN
Analyste financier, gérant de portefeuilles et conseiller en investissements. A écrit « L’affaire Madoff », publié chez Plon en 2009

Modérateur :

Jacques BENILLOUCHE
Journaliste, chroniqueur au site d’informations SLATE, à GUYSEN et à KOL-ISRAËL


Un film-portraits des intervenants sera projeté avant le débat

Un apéritif-dinatoire (charcuterie cashère et vin) sera servi en fin de soirée  P.A.F. 55 Shekels


Réservations obligatoires (sans engagement) à :  

  rogergoldstein@yahoo.fr        tel 09.950.00.71


En ce début d’année juive, les mois qui viennent de s’écouler ont été riches en évènements. Israël s’est trouvé confronté à de nouveaux défis qu’il a dû surmonter avec plus ou moins de réussite.

Nous aborderons ainsi la situation diplomatique conduite par Avigdor Lieberman ainsi que la fin du dogme du Grand Israël.

Dans les relations avec les palestiniens, deux stratégies s’affrontent pour avoir l'initiative. Benjamin Netanyahou et Mahmoud Abbas ont cherché, l'un comme l'autre, à avoir le plus d'atouts pour une éventuelle grande négociation. Mais le récent ballet diplomatique sème le doute sur la capacité des israéliens et des palestiniens à être à la hauteur des enjeux.

Les dirigeants israéliens ont usé d’analyses fluctuantes sur le programme nucléaire iranien. La frappe préventive contre les installations nucléaires ne semble plus à l’ordre du jour depuis les dysfonctionnements intervenus dans les centrales nucléaires sous l’effet du virus Stuxnet.  Mais parallèlement à cette attaque cybernétique, une guerre totale des services secrets a été engagée entre l'Iran et Israël avec l’assassinat de savants iraniens.

Depuis 2008 les relations diplomatiques entre la France et Israël n'ont cessé de se dégrader. Sarkozy et Netanyahou, les «frères» sont devenus ennemis tandis que les israéliens accusent le Quai d’Orsay d’avoir entretenu cette haine.

Les révolutions arabes ont peu contaminé Israël mais les israéliens n’ont pas apprécié que Washington lâche Moubarak alors qu’il y a un risque de prise du pouvoir en Égypte par les Frères Musulmans. Depuis des mois, des combattants liés à Al-Qaeda ont profité de la révolution égyptienne pour faire du Sinaï un sanctuaire et une base d'attaques contre Israël.

La victoire décisive d'Erdogan sur son armée est totale. Après l'arrestation de dizaines de généraux pour complot et la démission des principaux chefs de l'armée turque, le pouvoir civil, aux mains de l'islamiste Tayyip Erdogan, prend définitivement le pas sur le pouvoir militaire. Mais Erdogan, qui visait à prendre le leadership du monde arabe, semble voir son rêve se dissiper.

La révolution syrienne reste une exception. En dépit de l'aide de l'Iran et du Hezbollah libanais, le régime syrien n’est pas parvenu à enrayer la soif de liberté de son peuple. Bassar el-Assad semble jouer son va-tout. La répression se poursuit en Syrie.

Ce que la libération de Gilad Shalit change dans le processus israélo-palestinien

Enfin sur le plan intérieur, la révolution israélienne, symbolisée par l’installation de tentes dans les villes  d’Israël, a démontré que l'économie va bien mais pas la population. Les manifestations ont mis en évidence un aspect méconnu d’une économie israélienne dynamique masquant des inégalités de plus en plus grandes. Ce dernier chapitre sera plus particulièrement développé.

QUI A ETEINT LES FLAMMES? par André MAMOU




Notre ami André Mamou, très susceptible quand il s’agit de Nicolas Sarkozy, a tenu à répondre à l’article de Laurent Joffrin du Nouvel Observateur [1]  .

QUI A ETEINT LES FLAMMES?

Par André Mamou


«Celui qui nous a fait tomber dans un piège se fait fort de nous en sortir. Est-il vraiment le mieux qualifié ?» C'est l'affirmation d'un éditorialiste distingué qui reflète parfaitement l'opinion de la gauche française à l'égard de celui qu'elle rêve de remplacer par François Hollande.  Ce qui est positif et personne ne le conteste : toutes les mesures qui ont été décidées par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel sont celles qu'il fallait prendre pour faire face à la situation.
Oui, il fallait sauver la Grèce, oui il fallait que les banques acceptent d'abandonner la moitié de leurs créances et il faut les recapitaliser et augmenter la force de frappe du fonds structurel. Et on peut se tourner vers les pays excédentaires, comme la Chine, pour les faire participer au sauvetage de l'économie européenne. Alors, tout est bien et le président Sarkozy serait devenu le président de tous les Français et une sorte d'unanimité nationale se dessinerait notamment pour cesser de dépenser plus qu'on ne gagne, pour cesser d'emprunter année après année depuis plus de 20 ans?
Non, vous n'y êtes pas, celui qui arrose les braises fumantes, c'est celui qui est responsable de l'incendie, même s'il n'est au pouvoir que depuis moins de cinq ans, même si la retraite à 60 ans voulue par François Mitterrand et la réforme des 35 heures décidée et appliquée par Martine Aubry sont, de toute évidence, les causes premières du déclin français.

UNE POLITIQUE DE L'OFFRE

En arrivant au pouvoir, Nicolas Sarkozy a fait une politique de droite, une politique de l'offre: on baisse les impôts, on encourage les entrepreneurs, source de toute richesse, on incite à travailler plus en détaxant les heures supplémentaires. Et puis on fait courageusement les réformes obligatoires pour que le pays ne meure pas avant. Son admission à l'hôpital: on ne remplace qu'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite (les socialistes en 20 ans en ont engagé un million de plus!) et on négocie pour qu'en douceur l'âge légal de la retraite passe de 60 à 62 ans (tous nos voisins en sont à 65 ans et plus).
Alors le reproche premier que la gauche lui adresse et dont elle fera un tube: il a fait des cadeaux fiscaux à ses électeurs et c'est pour cela que nous sommes dans cette situation; Les cadeaux? La moitié des citoyens n'est pas imposable et donc c'est l'autre moitié qui paie la totalité des impôts et personne n'ignore que les impôts français sont les plus lourds de tous les pays européens: plus de 53 % de la richesse est aspirée dans les caisses de l'Etat, des communes, des départements, des régions, des caisses de sécurité sociale, de couverture du chômage etc.

DANS CHAQUE NICHE IL Y A UN CHIEN

On reproche l'existence de niches fiscales : la TVA à 5,50 % pour les travaux d'entretien des maisons et appartements (avant c'était 19,60 % mais la moitié se faisait sans facture avec de faux chômeurs), la restauration commerciale qui sans une TVA réduite aurait débauché plus de cent mille personnes ou qui aurait déclaré une partie de sa recette, les départements d'Outre Mer où sans incitations fiscales, l'investissement aurait été réduit des deux tiers, créant chômage, misère et révolte.
Non, on ne va pas faire la liste des accusations infondées et des mensonges éhontés de ceux qui «veulent du rêve » et accusent celui qui a protégé la France balayée par deux crises mondiales : La Grèce, l'Italie, l'Irlande, l'Espagne, les Etats-Unis d'Amérique, flageolent ou vacillent. Nicolas Sarkozy n'est pas le président de ces pays mais doit il être le responsable du tsunami économique qui a déferlé sur le monde occidental?
La politique d'aujourd'hui n'est pas celle qu'il souhaitait mener au début de son  mandat et l'intervention de l'Etat a été nécessaire pour empêcher le naufrage. Les militants de gauche croient que Lord Keynes avait tout juste quand il préconisait une politique économique audacieuse sous la conduite de l'Etat. On sait maintenant qu'il avait
tout faux et que le recours massif à l'emprunt et l'accumulation des dettes souveraines ont gonflé le ballon et qu'il peut et qu'il va éclater si on ne soulage pas la pression.

THERE IS NO ALTERNATIVE

C'est ce que le Bundestag qui va gouverner l'Europe veut et tout le monde devra l'accepter. Reconnaissons que Nicolas Sarkozy a vite compris et comme disait Mrs Thatcher: «There Is No Alternative » (d'où son surnom de TINA). C'est lui le pompier expérimenté et efficace mais l'incendie couvait depuis longtemps avant lui et le mistral qui est venu réveiller les flammes, il ne l'a pas provoqué et il a réussi à le contenir.
C'est ce tube que les soutiens du Président vont diffuser et il faut reconnaître qu'il sonne plus juste que le refrain simpliste de «C'est de sa faute » !

[1] http://tempsreel.nouvelobs.com/laurent-joffrin/20111027.OBS3350/nicolas-sarkozy-le-pompier-boutefeu.html

RADIO JUDAÏCA BRUXELLES : LES DESSOUS DE LA LIBERATION D’ILAN GRAPEL



RADIO JUDAÏCA BRUXELLES 

LES DESSOUS DE LA LIBERATION D’ILAN GRAPEL


Journal du 27 octobre 2011
Jacques BENILLOUCHE

au micro de

Jérémy AUDOUARD

video

Il faut d’abord souligner que la personnalité d’Ilan Grapel est nébuleuse car il est accusé d’avoir été un agent du Mossad mais Israël n’a pas reconnu cette qualification. Il est vrai qu’un israélien qui se promène seul à la place Tahrir, en pleine révolution, a de quoi étonner. Il est donc normal qu’il suscite des doutes ou des suspicions. On ne le saura jamais, du moins immédiatement. Mais Israël se devait d’aider un de ses ressortissant, à fortiori s’il émarge parmi les collaborateurs du Mossad. 

Il y a deux aspects dans la libération d’Ilan Grapel.
D’une part les israéliens voulaient remercier les égyptiens d’avoir hébergé les négociateurs d’Israël et du Hamas qui, pour la première fois, négociaient en direct. Ils voulaient donner du poids à la junte au pouvoir qui a besoin d’asseoir sa crédibilité. En fait rien n’est changé pour l’instant en Egypte, on a changé la tête mais les militaires restent au pouvoir.
D’autre part il fallait satisfaire les américains qui avaient été partie prenante dans les négociations Shalit. Ils s’affairent depuis un moment à éviter le clash avec les Frères Musulmans en négociant directement avec eux. Il faut avouer que la diplomatie secrète des américains a été efficace. L’approche des élections législatives en Égypte et l’influence croissante des Frères musulmans ont poussé l’administration Obama à ouvrir le dialogue avec les leaders islamistes pour les couper de l’influence iranienne. 
L’Iran reste l’objectif primordial des Etats-Unis. Les représentants du gouvernement américain avaient assisté, avec le premier secrétaire de l'ambassade au Caire, à une réunion au siège même du parti  Liberté et Justice, émanation des Frères Musulmans. L’administration du président Barack Obama a pris la décision de traiter le mouvement islamiste comme un parti politique et non comme une organisation qui prône la destruction d'Israël.
L’Egypte entre dans la grande stratégie américaine au Moyen-Orient et cela implique que les relations entre Israël et l’Egypte soient au beau fixe. D’ailleurs, les américains n’ont pas attendu pour marquer le coup. Washington a accepté de livrer des avions de chasse F16 en contrepartie de la libération de l'Israélo-américain Ilan Grapel qui devrait atterrir le 27 octobre à l'aéroport Ben Gourion. Le Caire avait sollicité à de nombreuses reprises par le passé les Etats-Unis pour obtenir la livraison de ces avions, mais les américains s'y étaient opposés en raison du refus d'Israël. Les égyptiens ont donc profité de l'affaire Grapel pour obtenir satisfaction. Ils se sont d’ailleurs engagés à surveiller de près la frontière avec Israël pour qu’il n’y ait plus d’incident.

Donc tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

SLATE - Israël : les anciens prisonniers libérés ont-ils récidivé?




SLATE - Israël : les anciens prisonniers libérés ont-ils récidivé?

par Jacques BENILLOUCHE

Les prisonniers palestiniens libérés en échange de Gilad Shalit vont-ils commettre à nouveaux des attentats et tuer des Israéliens? La question hante l'opinion publique israélienne. D'autant plus que dans le passé, les cas de récidive ont été nombreux.

Palestinien libéré à Gaza

 La libération de prisonniers palestiniens, qui a eu lieu le 18 octobre 2011, n’est évidemment pas une première. Saluée un peu partout dans le monde comme apportant une dose d'humanité voire d'espoir dans le conflit israélo-palestinien, elle n’allait pourtant pas de soi....

Lire la suite en cliquant sur le lien :

http://www.slate.fr/story/45563/echanges-prisonniers-recidive-terrorisme

 

 

jeudi 27 octobre 2011

PERCEE ISLAMIQUE EN TUNISIE par Gérard AKOUN




PERCEE ISLAMIQUE EN TUNISIE

Par Gérard AKOUN
Judaïques FM
Ghannouchi

video

Les tunisiens se sont rendus massivement dans les bureaux de vote, pour participer aux  premières élections  libres et démocratiques organisées dans ce pays, les premières dans le monde arabe. Il s’agissait  d’élire  les 217 députés  qui seront  chargés de rédiger une nouvelle  constitution, élire un président de la République, tout en gouvernant la Tunisie pendant cette période de transition, qui ne devrait pas excéder une année. De nouvelles élections législatives et présidentielles  seront alors organisées. Mais nous n’en sommes pas encore là. Les résultats de ces élections libres, répétons le, ont donné une majorité au parti islamiste « modéré »  Ennahda, qui a recueilli entre 30 et 40 % des suffrages, ce qui fait de lui le premier parti au sein de l’assemblée.
Ce  résultat  a surpris de nombreux observateurs dans la mesure où ce parti n’avait  pas été à l’origine du mouvement de révolte qui a permis de chasser  Ben Ali du pouvoir, même si ses militants avaient fini se joindre  aux manifestants. Trois raisons permettent de comprendre cette percée des islamistes.

Elimination de l’opposition
 
La première : Ben Ali, comme les autres dictateurs dans le monde arabe,  avait laminé toute opposition. Seuls, les islamistes, pourtant  durement  pourchassés, emprisonnés, martyrisés, ont pu subsister dans la clandestinité, parce qu’ils  avaient  l’avantage, par rapport aux laïcs ou aux libéraux, de pouvoir se rencontrer dans les mosquées, de garder ainsi un lien avec la population et exprimer, discrètement, leur opposition au pouvoir en place. La mosquée, dernier lieu de contestation du pouvoir dictatorial, illustrait parfaitement le face à face, voulu  par Ben Ali et consorts. Ils  apparaissaient ainsi, aux yeux des occidentaux, comme les seuls remparts contre le danger islamique et par conséquent, pouvaient obtenir d’eux qu’ils ferment les yeux sur leurs atteintes au droit de l’homme, comme sur leurs turpitudes, et qu’ils leurs apportent un soutien sans faille.

Action sociale et clandestinité

La deuxième : les islamistes se sont investis dans l’action sociale envers les plus  démunis, en particulier dans les régions délaissées par le pouvoir, qui a privilégié le développement côtier. Ils disposaient donc d’un important réseau social.
La troisième : habitués à la clandestinité, ils étaient les mieux structurés, les mieux organisés pour  être à même de quadriller les circonscriptions  et donc de pouvoir plus  rapidement et plus efficacement  s’engager dans la bataille électorale. Il faudrait ajouter qu’ils ont disposé d’un financement important qui leur a été, sans doute fourni, en grande partie, par des pays du golfe, dont le Qatar, qui souhaite être influent politiquement et économiquement dans le Maghreb à défaut de pouvoir l’être dans le Machrek.
Voter pour Ennahda,  ennemi irréductible de la dictature, c’était donc, se venger de Ben Ali, mais aussi, pour les tunisiens  qui lui ont apporté leur suffrage, choisir des candidats proches du peuple qui, ils le pensent, seraient moins corruptibles que d’autres,  parce qu’ils respecteraient les préceptes islamiques. Ajoutons à cela que les autres partis en lice ont dû se construire ou se reconstruire, et que souvent proches idéologiquement, ils se sont présentés  en ordre dispersé, alors que  seules des questions de personne les séparaient.

Vainqueur des élections

Le parti islamique sort vainqueur de ces élections mais il ne détient pas la majorité absolue à l’assemblée.  Il est donc obligé de composer. Il appelle, par conséquent, à la formation d’un gouvernement d’union nationale, dont le premier ministre serait issu de ses rangs.  Le chef  d’Ennahda ne réclame pas ce poste pour lui-même ; il ne sera pas non plus candidat au poste de Président de la République. Il s’est engagé  à ne pas remettre en cause les libertés publiques et les droits des femmes, au contraire, il s’en fait, non sans ambigüité, le défenseur : les femmes qui voudront porter le voile ou le niquab pourront enfin le faire en toute liberté !
Monsieur Ghannouchi souhaite, aussi, que son parti détienne le portefeuille de l’éducation pour mettre en avant l’identité arabe de la Tunisie, il a déclaré «notre langue, c’et la langue arabe, elle est devenue franco arabe, c’est de la pollution linguistique» il veut donc un dialogue national sur l’éducation. Il  va procéder, ainsi,  par petites touches, aux marges, car il ne faut pas s’y tromper,  le chef  d’Ennahda n’a pas renié ses écrits sur l’islamisation de la société. Et il les appliquera si les démocrates tunisiens ne se ressaisissent pas, si les jeunes qui ont provoqué la chute de Ben Ali pour la liberté, la dignité et le travail ne restent pas vigilants - le pays  compte 700.000 chômeurs, dont 50.000 nouveaux diplômés- et les islamistes n’ont pas de solution miracle.
Le combat pour la démocratie n’est pas perdu, il va continuer.

mercredi 26 octobre 2011

KOL-ISRAËL : L'ACCORD Ilan GRAPEL



KOL-ISRAËL : L'ACCORD Ilan GRAPEL

JOURNAL DU 26 OCTOBRE 2011

Jacques BENILLOUCHE 

au micro de 

Dror SOLPHER

video

          Israël a commencé à transférer 22 détenus égyptiens vers une prison du sud du pays, à la veille de leur échange contre le citoyen israélo-américain Ilan Grapel incarcéré en Egypte pour espionnage présumé au profit du Mossad, a déclaré une porte-parole du service pénitentiaire israélien. Trois autres prisonniers inclus dans l'accord Grapel seront transférés jeudi, au moment de l'échange.

LES CRAINTES TERRORISTES ISLAMISTES EN FRANCE


LES CRAINTES TERRORISTES ISLAMISTES EN FRANCE




Par Jacques BENILLOUCHE

Une fidèle lectrice de Slate, Marianne ARNAUD, a posé la question judicieuse suivante :

S'il est parfaitement dans l'ordre des choses que les Tunisiens aient voté de préférence pour un parti islamiste, ainsi que cela s'est toujours produit dès que des "élections libres" ont été organisées dans un pays arabe (Algérie, Palestine), qu'on nous explique pourquoi les Tunisiens, vivant en France, réputés être des "musulmans modérés", ont aussi massivement voté pour Ennahda ?
 
A son intention je publie un article de septembre 2010 dont le contenu reste d'actualité.



AQMI

TALIBANS

Les israéliens ne comprennent pas les autorités françaises qui s’inquiètent soudain d’un risque de terrorisme en France alors qu’ils les avaient mis en garde depuis plusieurs années dans le cadre d’échanges entre services de renseignements. Selon eux, le port de la burqa et le problème du voile n’ont rien à voir avec la volonté des islamistes d’embraser le front français. Les israéliens connaissent parfaitement cette mouvance, ayant pris naissance en 1962, qui avait été alors totalement infiltrée par le Mossad parce qu’elle était manipulée par la Syrie et l’Egypte.


L’islam tend à s’imposer de plus en plus dans le paysage français. Chaque rencontre annuelle de l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) bat son propre record puisque, de quelques milliers de participants à la création de l’union, la fréquentation est passée à plus de 300.000 cette année, concrétisant ainsi l’impact de cette organisation auprès de la communauté française. On date à tort l’existence d’un islamisme actif depuis le 11 septembre 2001 parce que les joutes politiques et les contingences économiques avaient masqué la réalité de sa propagation au sein de la population française. En fait les islamistes, dans le strict respect du droit, agissent en toute liberté depuis un demi-siècle en s’appuyant sur les règles de la démocratie occidentale.


Les tunisiens de 1962


L’implantation islamiste et l’introduction du fondamentalisme en France ont été le fait des tunisiens. L’UOIF, créée en 1983 sous forme d’association religieuse, s’est transformée progressivement en groupe politique, préparant la tête de pont d’un islam mondial pur et dur. La pénétration a nécessité une méthode et un investissement préparés durant de longues années.


Au cours de l’année 1962, quelques étudiants groupés autour de l’A.E.I.F (association des étudiants islamiques de France) et n’ayant au départ aucune stratégie de prosélytisme, ont obtenu des résultats inespérés après avoir choisi une stratégie à long terme. Ils plaçaient leurs pions au sein de la société française tout en attendant le jour où ils tireraient les bénéfices de leur implantation méthodique. Le Mossad, intéressé à cette époque à ficher les activistes arabes du Proche-Orient, avait infiltré le milieu étudiant, terreau des futurs dirigeants arabes, afin de comprendre et de contrer la stratégie planifiée par ces groupes naissants.


L’A.E.I.F avait vu le jour sous l’impulsion de Mohamed Hamidullah, au centre culturel arabe du boulevard Saint Michel, en plein Quartier Latin. Cette entité, émanation radicale des Frères Musulmans syriens, était contrôlée par de pseudo-étudiants dont l’allure et l’âge ne faisaient pas illusion, en permanence pistés par le Mossad qui se doutait que les syriens n’étaient pas uniquement en France pour des raisons universitaires. Elle reproduisait déjà à petite échelle les effets de la concurrence entre les dictateurs du Moyen-Orient d’alors et se nourrissait du conflit idéologique qui l’opposait à sa cousine égyptienne.


Les égyptiens avaient choisi de se montrer plus pragmatiques et plus modérés pour attirer le plus grand nombre d’adhérents. Les israéliens observaient, grâce à leurs agents infiltrés, ces luttes intestines qui avaient pour conséquence de se traduire par la neutralisation réciproque et concrète des différents courants. La lutte syro-égyptienne pour le contrôle des étudiants arabes en France sombrait dans des luttes intestines qui annihilaient toute action efficace de la part des activistes.


Compétition syro-égyptienne


Des étudiants tunisiens menés par Ahmed Jaballah, mandaté par le parti islamique tunisien MTI (mouvement de la tendance islamique) pour implanter des cellules en France, sont alors noyautés par les égyptiens qui les poussent à s’inscrire à l’AEIF afin de bouter, hors de l’association, le courant majoritaire syrien. La tentative fut un échec et entraina de ce fait la scission du groupe pro-égyptien qui décida la fondation en 1979 du G.I.F (groupement islamique de France). La politique répressive du président Bourguiba allait faire le reste en permettant aux nombreux militants islamistes, poursuivis en Tunisie, de venir se refugier en France dès 1981 pour grossir les rangs du G.I.F. A compter de cette date le groupe s’organisa alors en une structure unique, l’U.O.I.F, en politisant un mouvement qui n’était encore qu’à l’état d’entité confidentielle.


Les tunisiens contrôlaient toutes les instances puisque le président Ahmed Jaballah et le secrétaire général Abdallah Benmansour avaient pris en main les destinées de ce qui n’était alors que la branche française du parti islamiste tunisien. Cette structure avait pour ambition de représenter, seule, l’islam en France mais son audience restera longtemps marginale. Les tunisiens, gênés dans leur action par les répressions en masse que leur faisait subir leur gouvernement, finiront par céder leur place en 1995 à des marocains, au moment même où de nombreux attentats étaient organisés en France. Fouad Alaoui, le nouveau responsable, comprit judicieusement qu’il devait jouer la carte de notable modéré, respectueux de la loi, afin d’obtenir les bonnes grâces de l’administration française.


Evolution politique


Il décida alors de réorienter la stratégie de l’UOIF en l’impliquant dans le développement d’un islam de proximité et d’un mouvement religieux de masse. Il apprit de ses frères étrangers arabes les méthodes d’encadrement et transforma progressivement son union en un véritable parti grâce à la mise en place de bases fortement politiques. Les dirigeants essaimeront de multiples groupuscules chargés d’étendre leur toile autour des musulmans. Les Frères Musulmans, toujours eux, les aideront à créer des réseaux dormants prêts à être activés sur ordre puis à organiser et structurer leur mouvement.


La France est alors divisée en huit régions dirigées par un responsable local prenant ses ordres à Paris. L’UOIF a ouvert une trentaine de centres cultuels, pris le pouvoir dans les mosquées de Lille et de Bordeaux, s’est attaqué à la jeunesse en créant l’association des Jeunes Musulmans de France, aux étudiants avec l’association des Etudiants Musulmans de France et aux femmes avec la Ligue Française des Femmes Musulmanes. Cette prise de pouvoir progressive fabriqua alors un Etat dans l’Etat, inspiré des méthodes des Frères Musulmans, agissant ouvertement sous couvert d’une existence légale démocratique.


Forte de cette puissance, l’UOIF quitta alors le monde associatif pour entrer de plein pied dans la politique avec son Comité de Bienfaisance et de Soutien à la Palestine prouvant ainsi que l’organisation n’était plus ouvertement d’essence cultuelle. La boucle était bouclée et les masques tombèrent. La religion, qui n’était qu’un alibi pour conquérir par l’islam tous les musulmans de France, devenait le moteur d’une action politique concrétisée par l’impression du journal «Actualis», démontrant ainsi qu’il ne s’agissait plus de diffuser uniquement la voix des imams.


Nerf de la guerre


Les islamistes passèrent ainsi du stade artisanal au stade industriel. Ils comprirent alors qu’ils devaient se défaire de l’image de petits barbus incultes, récitant par cœur les sourates du Coran, et favoriser l’élévation du niveau intellectuel de leurs leaders. Les dirigeants, en majorité marocaine, firent alors appel à des prétendus étudiants du Moyen-Orient, venus parfaire leur niveau universitaire en France mais, en fait, formateurs politiques issus des rangs des Frères Musulmans. Leur image se positive. Le président Thami Brèze est titulaire d’un doctorat de sciences politiques, le secrétaire général Fouad Alaoui est docteur en neuropsychologie, tandis que le secrétaire adjoint Okacha ben Ahmed est docteur en informatique.


Cependant cette stratégie de dirigeants diplômés a paradoxalement indisposé la base, souvent inculte, et a joué le rôle de repoussoir parmi des militants issus essentiellement des classes populaires. Ces derniers auront du mal à s’identifier à tous ces lettrés qu’ils accusaient de constituer une nouvelle nomenklatura. Mais la grogne n’était pas perdue pour tout le monde puisque les déçus iront rejoindre le mouvement plus radical de Tariq Ramadan qui défend la vision originale du fondateur des Frères Musulmans Hassan El Banna : « Certains pensent, à tort, que l’islam se limite à une pratique religieuse spirituelle et dévote. Quant à nous, nous considérons l’islam comme régissant aussi bien le temporel que le spirituel. ». Le ton est donné. Cette frange de contestataires n’attendait plus qu’un déclic ne vienne les entrainer dans un combat plus violent pour l’islamisation du pays par la force.


L’UOIF joua alors deux rôles contradictoires. D’une part elle prépara le retour des islamistes au Maghreb d’où ils étaient pourchassés et, d’autre part, elle activa l’islamisation de la communauté française. Mais la transformation en parti politique, qui a vu un embryon d’effet aux élections locales, implique un financement indispensable puisque l’UOIF avoue officiellement un budget annuel de deux millions d’euros mais ce montant semble bien loin de la réalité. Les cotisations des militants de base ne suffisent pas à couvrir un budget à la hauteur des prétentions du parti. L’appel aux contributions étrangères de l’Arabie Saoudite et des Emirats du Golfe imposera des contreparties idéologiques quand il ne s’agira pas d’actions militantes risquées. Le règne de l’argent soumet ainsi à un intégrisme radical des militants qui n’avaient pas fait ce choix, les noie dans la démagogie et le populisme et pousse les jeunes vers un salafisme dangereux.


Immunité remise en cause


La France est ainsi maillée par des réseaux islamistes qui parviennent à s’insérer dans le paysage politique du pays. La France a orienté sa politique pour s’acheter une immunité contre les troubles et les attentats. Mais certains prétendus imams venus de l’étranger, du Pakistan même, prêchent en toute liberté la haine et le djihad avec le risque de mettre à long terme la république en danger. Les hommes politiques n’hésitent plus à attirer l’attention de leurs dirigeants sur ce qu’ils appellent une « négligence » car ils auront alors bien du mal à combattre la réislamisation des musulmans et l’islamisation forcée d’une certaine frange de la population chrétienne en difficulté, fragile et vulnérable. Philippe de Villiers a d’ailleurs considèré que « l’islam est le terreau de l’islamisme et l’islamisme le terreau du terrorisme ».


La décision soudaine d’élever l’alerte en France au niveau rouge a été prise pour trois raisons n’ayant aucun lien entre elles mais toutes liées au risque islamiste. Les paroles rassurantes du directeur général de la police nationale Fréderic Pechenard, le 22 septembre, tendent plutôt à inquiéter : « Je ne suis pas ici pour effrayer les gens mais nous avons des preuves sérieuses venant de sources fiables de renseignements nous informant qu'il y a un risque d'une attaque de grande envergure. » Les sources dont il parle ne sont pas le contre-espionnage français mais les services de renseignements algérien et marocain ainsi que l’Africom qui regroupe les activités militaires et sécuritaires des États-Unis en Afrique.


Le gouvernement français est inquiet du risque de réactivation des réseaux islamistes dormants sous la pression d’Al-Qaeda en Afrique du nord. L’AQMI aurait envoyé en Europe des femmes djihadistes algériennes formées pour commettre des attentats-suicides dans les trains et les gares, en particulier la gare du nord d’où partent les trains pour les capitales européennes qui ont pris de sérieuses mesures de sécurité. Les experts israéliens du renseignement ont confirmé le danger de l’activisme de cette nébuleuse africaine.


Activisme d’Al-Qaeda


De sérieuses rumeurs de négociations entre les Etats-Unis et les talibans, pour mettre fin à la guerre en Afghanistan, poussent de nombreux combattants arabes à rejoindre le camp d’Al-Qaeda. Ils n’acceptent pas de cautionner un accord qui les mettrait à la merci des talibans et qui les condamnerait à être cantonnés et isolés à l’intérieur de l’Afghanistan sans possibilité d’en sortir. Ils s’inquiètent aussi du sort qui leur sera réservé dans le cadre d’une paix qui les rendra inutiles. A leur arrivée en Afrique du nord, ces réfractaires ont fait part de leur volonté de poursuivre le combat en commettant des opérations contre des cibles occidentales afin de redorer le blason d’Al-Qaeda.


La France, d’autre part, n’a jamais cessé sa guerre secrète en Algérie, en Mauritanie, au Mali et au Niger. Le 22 juillet, sept terroristes ont été tués dans un raid conjoint franco-mauritanien, opéré par les forces spéciales qui avaient pour rôle de libérer l’otage français Michel Germaneau, exécuté par ses ravisseurs. Les représailles ont consisté à enlever sept techniciens nucléaires, dont cinq français. Le cycle de la violence s’est alors poursuivi puisque le ministère de la défense a contre-attaqué en envoyant des unités de l’air au Niger, équipés de jets de combat, à la recherche des ravisseurs.


Les services de renseignements israéliens, qui disposaient de relais en Mauritanie, pointent la difficulté de distinguer les enlèvements conduits dans un but de terreur islamiste de ceux qui servaient au financement des opérations des rebelles. La plupart des dirigeants de ces réseaux ne sont pas des politiques mais des contrebandiers ou des criminels qui n’appartiennent pas à Al-Qaeda mais qui sont prêts à se plier, par opportunisme, à l’autorité de cette organisation. Cependant l’AQMI est suffisamment affecté par son conflit avec la France et par l’arrivée massive de djihadistes pour être contraint d’organiser des opérations ambitieuses sur le sol européen, français en particulier, pour ne pas décevoir ses volontaires armés et surtout pour entretenir leur flamme militante.


Enfin, l’implantation d’AQMI en Tunisie et en Algérie a subi des revers et des échecs qui les poussent à présent à s’orienter vers l’Europe, le Sénégal et le Nigéria, pour maintenir la mobilisation de leurs troupes. Cette organisation risque donc de faire appel à la collaboration de certains extrémistes islamistes français qui n’apprécient pas la passivité et le respect démocratique de l’UOIF et qui voudraient profiter de l’arrivée de djihadistes pour réorienter leur combat vers des actions violentes. Leur réveil risque d’être brutal et justifie donc les mesures prises par les forces de sécurité françaises.