SYNODE : LA SUSCEPTIBILITE ISRAELIENNE
Par Jacques BENILLOUCHE
Les israéliens sont très chatouilleux dès que l’on touche à leurs prérogatives mais ils le sont encore plus à l’annonce des recommandations faites par l’assemblée d’ecclésiastiques convoquée par le Pape pour réfléchir sur les problèmes de l’Eglise catholique. Bien que le synode soit une réunion purement consultative, ses réflexions risquent d’orienter la politique que suivra le Vatican dans le futur.
Suspicions israéliennes
Israël avait déjà vécu avec le nouveau Pape des relations tendues qui avaient trouvé leur paroxysme à l’occasion de son voyage en
Terre Sainte. Les israéliens avaient été choqués par la froideur à leur égard de Benoit XVI qui n’avait pu dissiper leur méfiance. Avec ce nouveau synode, ils observent avec inquiétude que toutes les réunions internationales se politisent même si souvent l’ordre du jour ne s’y prête pas. La réunion de la
Francophonie du 23 octobre n’a pas dérogé à cette règle puisque cette organisation a orienté ses débats sur des problèmes politiques plutôt que sur la défense de la langue française soumise à l’impérialisme de l’anglo-saxonne. Les israéliens auraient préféré que la culture soit un espace de liberté et de paix où les amoureux des mots et des phrases bien faites se retrouvent dans le seul combat pour la défense du talent et de la liberté de penser et d’écrire.
Les évêques ayant participé aux travaux du synode pour le Moyen-Orient réuni à Rome ont demandé, dans un communiqué publié le 23 octobre, « qu’il soit mis fin à l’occupation israélienne des différents territoires arabes » et fait valoir que « l’Etat hébreu ne pouvait pas s’appuyer sur la Bible pour défendre une politique de colonisation ». Cette déclaration avait été inspirée par Mgr Cyril Salim Bustros, archevêque libanais de rite grec-melkite. Israël n’a pas apprécié cette prise de position car il jugeait que le synode s'était transformé en « tribune pour des attaques politiques contre Israël », alors que l'évènement avait été « pris en otage par une majorité anti-israélienne ».
En raison des propos durs de certains participants, le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, a tenu à préciser que « les interventions de chacun des participants ne devaient pas être considérées comme la voix de tout le synode » mais il a cependant implicitement appuyé les conclusions du synode puisque, selon lui, « il n'est pas permis de recourir à des positions bibliques et théologiques pour en faire un instrument pour justifier les injustices ».
Réactions israéliennes vives
La réaction du gouvernement israélien a été vive. Le vice-ministre des affaires étrangères israélien, Danny Ayalon, a réagi au message du Synode demandant l’application des résolutions de l’ONU visant à mettre fin à l’occupation israélienne : « cet important Synode est devenu une tribune pour des attaques politiques contre Israël dans la plus belle tradition de la propagande arabe». Il a été aussitôt relayé par le grand rabbin d’Israël, Yona Metzger, qui a été ferme dans sa réaction en déclarant que « le Vatican n’a pas à nous apprendre comment interpréter la Bible ».
Dans l’immédiat, cette affaire ne risque pas de conduire à un incident diplomatique avec le Vatican mais elle n’arrange pas les relations qui ont subi un coup depuis la visite « froide » à Jérusalem du Pape. Fidèle à sa politique modérée et prudente, il n’a toujours pas réagi à ces propos. Le Vatican ne souhaite pas envenimer la situation déjà compliquée et son porte-parole a tenu à calmer les esprits : « Le synode n'a pas été anti-israélien. Si l'on veut avoir une expression synthétique des positions du synode, il faut actuellement s'en tenir au 'Message', qui est le seul texte écrit commun approuvé par le synode ces derniers jours ».
Les évêques ont précisé que
« les citoyens du Moyen-Orient interpellent la communauté internationale, et particulièrement l’ONU, pour qu’elle travaille sincèrement à une solution de paix juste et définitive dans la région ». Israël craignaient que les palestiniens ne profitent de ce débat pour conforter leur position et réorienter le débat. Le négociateur palestinien, Saëb Erakat, a compris l’intérêt qu’il pouvait tirer de cette déclaration et a immédiatement pris la balle au bond en annonçant que
« les palestiniens joignent leur voix à celle du synode dans son appel à la communauté internationale pour appuyer les valeurs universelles de la liberté, de la dignité et de la justice ».
Tensions avec le Vatican
Les tensions avec le Vatican ne datent pas de la diffusion de la photo du Pape Benoit XVI en tenue militaire allemande. Elles ont été permanentes puisque d’ailleurs la
reconnaissance d’Israël a été tardive. Les relations diplomatiques pleines et entières établies en 1993 par Israël et le Saint-Siège ont été précédées par presque un siècle de contacts et d'activités diplomatiques qui ne furent pas souvent caractérisées par leur harmonie.
Le gouvernement israélien a mesuré le danger d’une convergence de vue entre les ecclésiastiques du synode et l’autorité palestinienne. Benjamin Netanyahou a aussitôt condamné cette digression en « mettant en garde l’Autorité palestinienne contre tout recours à des instances internationales dans le cas où les négociations ne devaient pas reprendre ». Il pourrait d’ailleurs prendre prétexte de cet appel du synode pour retarder les négociations au point mort avec les palestiniens. Il s’est toujours opposé à ce que le conflit israélo-palestinien sorte du giron américain pour être traité par des instances internationales.
Cette déclaration du synode pourrait conforter Mahmoud Abbas à ne plus compter sur les américains et à exploiter le sort des chrétiens d’Orient pour faire avancer son dossier. Il se sent en communion de pensée avec Mgr. Bastros qui a précisé qu’« en tant que chrétiens, nous ne pouvons pas admettre l’idée d’une terre promise au peuple juif. Il n’existe plus de Peuple élu ». Israël s’inquiète de la volonté du Vatican d’aller plus loin puisqu’il étend ses préoccupations aux « différents territoires arabes » faisant ainsi implicitement référence au Golan syrien et aux fermes de Chébaa libanaises.
Les sources de tension entre les juifs et le Vatican sont nombreuses et le prêtre jésuite israélien David
Neuhaus avait déjà lancéun appel à la
« patience, la sagesse et la prière » car les relations entre le Vatican et le monde juif s’était particulièrement tendues. Les déclarations du synode ne vont pas promouvoir une détente. Le président israélien Shimon Pérès s’était rendu le 2 septembre 2010 à Castel Gandolfo pour rencontrer le Pape, qu’il connait depuis longtemps, afin de réduire les tensions entre les deux Etats et pour promouvoir
« un accord qui respecte les aspirations légitimes des deux peuples et capable d'apporter durable la paix en Terre Sainte et pour toute la région. » Cette réunion s’imposait après la publication en janvier 2010 par le Vatican d’un document accusant Israël non seulement de l'exode des chrétiens des territoires sous contrôle palestinien, mais pour le sort des
chrétiens dans l'ensemble du Moyen-Orient.
Les déclarations du synode vont faire entrer les relations israélo-vaticanes dans une zone de turbulences qui ne vont pas favoriser l’émergence d’une solution pacifique au Proche-Orient. Les chrétiens de la région, d’ordinaire neutres dans ce conflit, semblent prendre de plus en plus position contre l’Etat d’Israël. Le gouvernement israélien ne pourra s’en prendre qu’à la faiblesse de ses services diplomatiques regroupés sous l’appellation mystérieuse «
Hasbara ».