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dimanche 19 février 2023

Neuf questions aux adeptes d'un seul Etat binational

  

 

NEUF QUESTIONS AUX ADEPTES D’UN SEUL ÉTAT BINATIONAL


Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps

           

Donald Trump confirme l'annexion du Golan

        Avec l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir en Israël, la question de l’annexion totale ou partielle de la Cisjordanie se pose. Revigorés, les habitants des implantations croient dur comme fer à la réalisation presque messianique de leur rêve d'un Grand Israël. Ils ne préconisent qu’une seule devise : un seul État juif pour deux peuples. Pour rendre leur position légitime, ils se fondent sur l’Histoire et sur les textes bibliques mais leur argumentation devient moins percutante sur le plan international. Les territoires de Cisjordanie, ayant été conquis après la guerre de Six-Jours, certes imposée par les pays arabes et perdue par eux, les dirigeants internationaux refusent de les considérer comme des territoires israéliens.





            Depuis 1967, l’annexion pure et simple de ces territoires n’a jamais été envisagée, ni par les gouvernements de droite ou de gauche, ni paradoxalement par le gouvernement actuel dont les sympathies de la coalition au pouvoir tendent vers la droite extrême. Pour Netanyahou, la question n’est pas encore d’actualité. Cela dénote la difficulté d’une démarche qui n’est pas aussi simple qu’on ne le croit, sinon l’opération aurait été menée tambour battant comme celle qui a conduit à l’annexion du Golan en 1981 et de Jérusalem en 1982. Il a fallu attendre près de 14 ans après la victoire de 1967 pour mener à bien l’intégration officielle d’une infime partie des territoires conquis par Israël.

            Les nationalistes, qui font preuve de sincères convictions, prônent l’annexion pure et simple de la Cisjordanie alors qu’une autre partie des Israéliens pense qu’il s’agit d’un rêve irréalisable. Réclamer l’annexion de la Cisjordanie sans en mesurer les conséquences devient une faute politique. Alors, si le postulat de l’annexion de la Cisjordanie est avancé, il faut demander aux tenants de cette thèse et à leurs soutiens des réponses claires à des questions fondamentales simples. Il ne s'agit pas de Talmud où chaque expression est décortiquée mais de questions politiques qui ne nécessitent aucune explication alambiquée.

Le président Mahmoud Abbas préside la réunion du Comité central du Fatah


1/ L’Autorité palestinienne

            L’annexion suppose de mettre fin à l’existence de l’Autorité palestinienne créée à la suite des accords d’Oslo du 13 septembre 1993, soutenus par la communauté internationale. Cela implique de résilier ces accords ainsi que les arrangements économiques et de sécurité qui leur sont associés. Israël pourrait procéder par une décision unilatérale avec toutes les conséquences internationales que cela entraîne. Il ne resterait plus alors qu’à définir ce que deviennent les dirigeants palestiniens et quel statut leur sera réservé dans l’Israël réunifié, sauf à envisager leur expulsion du territoire vers la Jordanie par exemple.

2/ La police palestinienne

            Les Forces de sécurité palestiniennes, une dizaine de milliers d’hommes, désignent l'ensemble des services de sécurité palestiniens, créés lors des accords d'Oslo. Elles ont le droit de disposer d’armement léger et elles ne s’en privent pas. Les arsenaux palestiniens regorgent de kalachnikov et d'armes de poing. Les différents services de sécurité tirent leur origine des milices palestiniennes constituées d'anciens terroristes repentis. En 1994, au moment de la création de l'Autorité palestinienne, bon nombre de ces miliciens y furent intégrés, dont une majorité venant du Fatah. Les miliciens du Hamas n'y ont jamais vraiment été représentés.

Police palestinienne


Le ministre de l’Intérieur commande toutes les forces de sécurité : la garde présidentielle, la sécurité préventive, les forces spéciales anti-émeutes, la police militaire et les renseignements généraux. La question reste de savoir ce que deviendraient ces forces militaires dans un territoire devenu totalement israélien alors que, par dépit, elles pourraient représenter un danger sérieux pour le pays.

3/ Arabes palestiniens

            Les Arabes vivant en Israël sont des citoyens à part entière, détenant une carte d’identité et un passeport israéliens, avec une seule exception cependant, le service militaire n’est pas obligatoire pour eux bien que de nombreux candidats arabes exigent à présent de s’engager dans l'armée. En effet, le livret militaire est une condition impérative pour entrer dans les grands groupes industriels. Les Arabes annexés de Jérusalem ne sont pas citoyens israéliens. Ils disposent d’une carte d’identité de résidents privilégiés ne leur donnant que le droit de vote aux élections locales. La population palestinienne est estimée à 4.914.212 (2.747.943 habitants en 2017 en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ; 2.166.269 habitants en 2022 dans la bande de Gaza).

            En cas d’annexion, quel statut auraient ces populations arabes et quelle sera leur liberté de déplacement et leur droit d’installation où ils le désirent ? Il sera difficile de les parquer dans des bantoustans, disposant à des degrés divers d'une certaine autonomie, sans que l’opinion internationale ne hurle à un régime d’apartheid. Mais leur permettre de circuler librement dans tout Israël risque d’accroître les velléités de meneurs qui n’auront pas cessé de vouloir en découdre avec Israël.

4/ Statut de Gaza

            Gaza a pour l’instant un statut spécial d’autonomie interne. La question se pose de savoir s’il faut annexer la bande en chargeant Tsahal d’occuper la région et d'écarter ses dirigeants actuels ou bien de maintenir le statut actuel hybride. Dans le cas contraire il faudrait dessiner avec précision le rôle international de ce petit bout de terre. 

5/ Contrôle du territoire

Terroristes Lion's Dem


            Des mesures spéciales devront être envisagées pour administrer la région à la place de l’Autorité palestinienne. Il faudrait prévoir des mesures spéciales pour contrôler la Cisjordanie sachant que le rôle de Tsahal est de protéger les frontières contre un ennemi de l’extérieur et qu’il n’a pas vocation à effectuer des missions de police. Il ne pourra être question de maintenir le même niveau des forces sécuritaires actuelles après avoir fait passer la population d'Israël de 9 millions à 12 millions en cas d’annexion.

6/ Intégration économique

            Une annexion totale exige une intégration économique de la population arabe de Cisjordanie alors que 40% au moins d’entre eux sont au chômage. L’Allemagne a été suffisamment puissante pour absorber les régions de l’Est avec des conséquences qui ont failli lui coûter l'avenir économique du pays. Il est douteux qu’Israël puisse supporter le choc financier de l'intégration de ses «nouveaux citoyens» souvent démunis.

7/ Nationalisme arabe

            Israël devra réagir face à la montée des nationalismes. Il lui faudra contrôler et surveiller ses frontières mais aussi prévenir toute flambée arabe en Cisjordanie. Le pays pourrait à cette occasion se transformer en pays policier tant le risque sécuritaire sera accru. L’ouverture des frontières de la Cisjordanie annexée augmenterait les sources de conflits de la part de certains Arabes qui ne supporteraient pas d’être sous juridiction israélienne.

8/ État juif

Juif priant au Kotel


            Israël comptait près de 9,449 millions d'habitants à la fin de l'année 2021 se décomposant en 6,982 millions (74%) de Juifs, 1,99 million (21%) d’Arabes et 472.000 (5%) de Chrétiens, Druzes et autre minorité. Une annexion des territoires palestiniens modifierait l’équilibre de la population juive qui devra faire face aux millions d’Arabes en incluant ceux qui vivent déjà en Israël. Sans préjuger de l’évolution de la natalité des deux communautés, les Juifs devront se battre pour maintenir une majorité juive au pays. On ne pourra pas empêcher le pays de devenir multiculturel, à l’image de New-York. Il sera alors difficile de persuader les jeunes de ne pas émigrer vers un autre pays multiculturel, où la vie économique y est plus facile, où la guerre et les attentats ne guettent pas les foyers et où l’on peut s’enrichir à bon compte. L’Agence juive aura alors peu d’arguments pour faire venir les Juifs dans un pays à moitié arabe. On risque de se retrouver dans une courbe inversée où l’émigration des Juifs dépassera l’immigration de la diaspora parce que de nombreux Juifs refuseront de vivre aux côtés d’Arabes presque majoritaires. L’État juif ne sera plus alors qu’une illusion. Israël n'aura plus sa spécificité qui pousse les Juifs du monde à se sentir chez eux, en pays juif.

9/ Réactions internationales

            Il est certain que les Occidentaux et les pays arabes réagiront négativement à toute forme d’annexion. Israël peut bien sûr se passer de leurs conseils, de leurs commentaires et de leurs critiques mais il pourra difficilement faire face à une décision occidentale de boycott sans compter la levée de boucliers des pays arabes avec lesquels il vient de nouer des relations diplomatiques. Certaines frontières aujourd’hui calmes pourraient s’échauffer. Alors que l’annexion n’a pas été encore décidée, l’Europe a déjà un plan pour boycotter les produits israéliens. La vie dans le petit village d’Israël entouré d’Arabes deviendra plus que difficile. L’économie subira un choc au terme duquel il n’est pas sûr qu’Israël résiste.

            Ces questions pragmatiques et non polémiques méritent des réponses claires que les Israéliens attendent. En effet, avant toute décision éventuelle d’annexion, il est important d’en mesurer les conséquences politiques et sécuritaires. Les tenants de cette décision extrême doivent avoir la responsabilité d’informer le peuple de ce qui l’attend et alors, lui seul décidera en toute conscience et en toute liberté. Il appartient à la nouvelle gouvernance d’éclairer les citoyens avec des arguments solides.

17 commentaires:

  1. Merci Jacques pour cette synthèse particulièrement objective et complète.
    Les points principaux en sont les points 3, 8 et 9.
    J'insiste sur votre question 3 :
    De nos jours, aucun pays au monde ne peut s'offrir le luxe de maintenir près de la moitié de sa population dans une situation de non-citoyens, autrement dit de dhimmis. L'ère des colonies est définitivement révolue et RIEN, dans la tradition juive, ne justifie pareille situation.
    Accorder à la population palestinienne la pleine citoyenneté serait une autre UTOPIE. On ne gouverne pas un état sans un consensus généralisé sur sa nature et sur ses buts. Non seulement Israël cesserait d'être un état juif, mais il serait INGOUVERNABLE.
    Les partisans d'un état binational vivent dans l'utopie. Ce dont ils rêvent manque totalement de réalisme.
    CESSONS ENFIN DE REVER !!!

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  2. Bibi Netanyahu est en situation d’observateur et attend que Ben Gvir et Smotrich se brûlent les ailes. Après combien de juifs écrasés, poignardés ou mitraillés ou pire… va-t-il remanier son gouvernement ?
    Israël est puissant et myope à la fois. Dommage.
    Si nous voulons vraiment habiter sans équivoque, la Judée Samarie, affirmons haut et fort au monde entier, que la règle des « 1027 pour 1 » s’appliquera : pour chaque juif massacré par un terroriste, 1027 juifs, s’installerons en Judée.
    En faire une politique d’État largement diffusée et allant de soi.

    Mais idéalement, créer un État palestinien réduit autour des 30 % du territoire prévu dans le cadre des accords d’Oslo , et les aider à se construire en travaillant dans tous les pays arabes voisins + en Israël, serait la meilleure option.
    [Jonathan Livingstone]

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  3. Tous deux, Jacques et Harry n'ont pas lu la plateforme politique d'Itamar Ben Gvir. Elle peut constituer une reponse a vos questions. Ben Gvir rejette toute intervention internationale, prevoit l'expulsion de la totalite des Arabes de la TTerre d'Israel (I'Etat d'Israel, la Bande de Gaza, la Cisjordanie, Jerusalem-Est. Cet homme, actuel Ministre de la Securite Interieure vit dans tourbillon oratoire aggrave par des illusions.
    Le probleme, c'est qu'il fait parti de la coalition gouvernementale, qu'on peut estimer a au moins 3/4 (si ce n'eest pas plus) de partisans silencieux de cette plateforme catastrophique.
    Sa reaction d'hier, vendredi 10 Fevrier sur l'attentat a Jerusalem etait de procede immediatement a la demolition de la maison du terroriste et au lancement d'une offensive militaire desinee a tuer le plus d'habitants arabes de Cisjordanie.

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  4. Georges, aucun intérêt de voir la plate-forme de Ben Gvir. Le grand rabbin Sira qui vient de partir. Il était pétri de humanité. Cela ne veut dire de ne pas paniquer.
    Israel n’a aucune politique efficace des relations publiques. Il faut clairement définir nos lignes rouges et le prix à payer pour cette ligne rouge franchie. Pourquoi ne pas reprendre les termes d’échange du Hamas : un juif contre 1027 palestiniens, et les convertir en 1027 « settlers » pour tous juifs, tués ou enlever ou dans le corps, n’a pas été rendu. Être ferme ne veut pas dire. Tu es des arabes me faire remarcher qu’ils doivent respecter, que le monde entier doit respecter.

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  5. Donc il n'y a aucune solution, ni le statu quo, ni un état binational, ni la solution à deux états.
    Donc, Ben Gvir fait preuve de pragmatisme, mais l'opposition sera presque universelle, meme bien entendu en Israel.
    Donc la situation actuelle perdurera.
    Donc il n'y a aucune solution, la boucle est bouclée.
    Comment ne pas être pessimiste?

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  6. Une tentative de créer un Etat où devaient cohabiter deux religions : le Liban
    On a vu ce qui s'est passé.
    De plus, le Liban a été créé pour faire un foyer national pour les chrériens d'Orient..
    On a vu le résultat

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  7. Georges, c'est à cause de gens comme vous qu'Israël est détesté.
    Au lieu de voir des points positifs vous ne voyez que du négatif.
    Israël n'a jamais eu en vue de "tuer le maximum d'arabes" mais éliminer les terroristes.
    Vous allez parler de génocide ? Les palestiniens étaient 600.000 en 1948 et ils sont 8.000.000 maintenant.
    Israël est vraiment nul en génocide.

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  8. Une mise au point juste et exhaustive. La question qui se pose, comment ces nouveaux sionistes qui rêvent d'un état juif, voire halahique, imaginent-ils sa réalisation compte tenu du déséquilibre démographique?

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  9. Quand j'ai evoque Ben Gvir, je voulais seulement attire l'attention des lecteurs.
    Je ne soutiens pas ce pyromane, qui reagit comme un jeune enfant dans son bac de sable,
    Enfin, dans la situation actuelle, avec un gouvernement qui a mis le mot "paix" a l'index, il ne faut attendre que de nouvelles victimes. Mais ce n'est pas tres nouveau, Israel subit un nombre immense de terrorisme, sans jamais avoir trouve la bonne solution. D'ailleurs, y a-t-il une bonne solution?

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  10. Aucune solution n'est possible si les gens se détestent et rêvent d'en découdre.
    La première étape devrait être d'inverser les cercles vicieux poussés par les nationalistes des deux peuples.
    Puis trouver des leaders crédibles et populaires pour mettre en œuvre la seule solution réaliste, une confédération.
    Mais aussi longtemps que chacun pensera que les siensvobt tous les droits et les autres aucun, il n'y aura que violences et frustrations.

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  11. Aucun commentaire n'évoque les livres scolaires fournis aux petits palestiniens et adoubés par l'UNRWA qui poussent à la détestation et au massacre des juifs ainsi qu'à leur inculquer l'idée que la Palestine doit s'étendre de la Mer Méditerranée au fleuve Jourdain, ce qui aurait pour effet de massacrer tous les juifs d'Israël.
    Rien de tel à l'école israélienne.
    Enlevez la haine, c'est à ce prix que l'amitié pourrait arriver.

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  12. Quelle est la question, l'existence d'Israel ou la recherche de sympathies de ceux qui pronnent la disparition d'un etat sioniste qui recoit des refugiés du monde entier. Le nouvel antisemitisme ou judéophobie étouffe la vie économique, culturelle ou académique de juifs qui se croyaient intégrés dans leurs pays.

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  13. Bonjour,

    Je pense que si les palestiniens construisaient une économie qui leur est propre alors ils pourraient financer un état sans être dépendant de l'étranger.

    Ce faisant, ils développeraient les moyens de leur indépendance et, donc, leur relation avec Israël en serait changée pour le meilleur, je le crois.

    On achète pas les mm produits selon que l'on ait l'argent pour les payer ou qu'il nous faille nous endetter.

    Et je crois qu'il en va de mm avec la politique: si on a les moyen de sa politique, on agit d'une manière libre; les palestiens sont pris à parti par des individus qui vivent des contraintes de la dette, notamment leur relation quant à leur voisin proches que sont les israéliens. C'est vicieux: si tu veux vivre alors tu dois être en opposition totale quant à tout ce que fait Israël. Et tous les coup des terroristes deviennent des zugzwangs, c'esrt cruel pour le peuple que ne demande qu'à construire son petit bonheur, sa famille, sa maison, son petit business, payer des études aux enfants... bref, vivre libre sans mourir.

    Cordialement,

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    1. Parfaitement d’accord avec votre analyse !

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  14. Tout à fait vrai, anonyme, mais pour celà il faudrait que les aides internationales servent à améliorer le sort des palestinien et à des investissements structurels et pas engraisser le compte en banque des dirigeants ni à la construction de tunnels d'aggression et l'achat d'armes offensives.

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    1. C’est la meilleure proposition, il ne faut pas leur donner de l’argent mais des infrastructures:
      Des écoles,
      Des routes,
      Des institutions
      Des immeubles descents
      Des administrations
      Une structure pour qu’ils vivent heureux.
      Mais certainement pas d’argent.

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