Pages

mercredi 14 juillet 2021

Trump et Netanyahou avaient joué MbS contre le roi de Jordanie

 


TRUMP ET NETANYAHOU AVAIENT JOUÉ MbS CONTRE LE ROI DE JORDANIE

 

Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps


 


Depuis le départ du pouvoir de Donald Trump et de Benjamin Netanyahou, les langues se délient au sein des services de renseignement en attendant la publication de documents officiels. Le président Donald Trump avait imposé son «accord du siècle», totalement approuvé par Israël qui lui était entièrement dévoué.  Son rêve était de constituer une entente entre Benjamin Netanyahou et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MbS). Ce fut un échec car le roi de Jordanie Abdallah II avait été mis à l’écart alors qu’il était partie prenante dans d’éventuelles concessions sur le statut de Jérusalem et qu’il jouait un rôle important d’intercession auprès des Palestiniens. Les Américains ont alors joué l’élimination politique du roi et ils ont tout fait pour ébranler le royaume. Dans son aveuglement d’amitié avec Trump, Netanyahou a suivi le mouvement sans prendre en considération les intérêts d’Israël.



Le roi de Jordanie Abdallah II avec son demi-frère le prince Hamzah


De hauts dignitaires jordaniens ont été encouragés à se rebeller. La main de la CIA n'était pas loin. Les forces de sécurité du roi ont arrêté trois personnalités du régime soupçonnées de comploter pour déstabiliser le royaume : l’ancien prince héritier Hamzah, Sharif Hassan bin Zaid, un parent du roi et un puissant chef de tribu et enfin Bassem Awadallah, ancien ministre jordanien devenu confident de MbS. Ils ont été traduits devant la Cour de sûreté de l’État sans que l’on ait publié les charges contre eux. Mais, selon les accusateurs, il s’avère que les «comploteurs n’avaient pas préparé un coup d'État au sens juridique et politique du terme, mais une tentative de menacer la stabilité et la sécurité de la Jordanie et d’inciter à la sédition». Hamzah n’avait pas été inculpé mais avait perdu sa liberté et pour être plus précis «lui et sa famille étaient chez eux sous les soins de Sa Majesté Abdallah, son demi-frère». Trump avait un a priori favorable pour ce prince car il avait été préparé pour le trône par sa mère américaine, la reine Noor.

Awadallah de son côté a été accusé d’avoir tenté «d'affaiblir la position de la Jordanie et la position du roi sur la Palestine et la garde hachémite des lieux saints islamiques et chrétiens à Jérusalem».

Le conseiller principal de la Maison Blanche, Jared Kushner, se tient parmi les responsables saoudiens


Les relations avec les Américains s'étaient détériorées lorsque le roi n’avait pas adhéré au «deal du siècle», refusé d’ailleurs par les Palestiniens. Selon des sources sûres occidentales, Trump avait alors intensifié ses pressions sur le roi qui entravait sa démarche afin de lui imposer son plan de paix avec MbS et Netanyahou comme alliés clés. Il avait ourdi un vrai complot contre le roi. D'ailleurs Jared Kushner était devenu de plus en plus hostile au roi de Jordanie qu’il qualifiait d’obstacle au processus de paix. Si effectivement Trump, Netanyahou et MbS n’ont lancé aucune manœuvre concrète pour renverser le roi, ils ont tout fait pour encourager ses ennemis. Pour les Américains, les accords d’Abraham étaient incomplets sans la participation de l’Arabie saoudite.

De gauche à droite  la reine Rania de Jordanie, la princesse Basma Otoum, le prince Hamza, le roi Abdallah et la reine Noor


Pendant longtemps les États-Unis d’avant Trump avaient joué la Jordanie contre l’Arabie mais les vents avaient tourné. Le départ de Trump et de Netanyahou a rebattu les cartes pour redonner à la Jordanie la place qu’elle avait perdue. La nouvelle direction israélienne n’a pas apprécié les relations froides avec la Jordanie qui reste un élément fondamental dans la stratégie israélienne. D’ailleurs, Abdallah est attendu cet été à Washington, tandis que MbS a été temporairement écarté. De son côté, Yaïr Lapid, ministre des Affaires étrangères, conscient des dégâts causés par l’ex-premier ministre, a décidé d’œuvrer pour restaurer la confiance totale entre Israël et la Jordanie. Pour renouer les liens, Naftali Bennett s’est rendu secrètement à Amman pour une réunion avec le roi Abdallah. C’est une grande marque de sympathie à l’égard du voisin. Il n’y avait pas eu de rencontre entre un Premier ministre israélien et le roi de Jordanie depuis plus de cinq ans. Bennett et le roi Abdallah II ont accepté «d’ouvrir une nouvelle page»  dans les relations entre les deux pays, après les années Netanyahou de tensions diplomatiques accrues.

  la dynastie hachémite Les fils d'Hussein à l'avant plan. De gauche à droite  Ali, roi du Hedjaz, Abdallah, roi de Jordanie et Fayçal, roi d'Iraq


On n’a pas compris l’intérêt d’Israël à neutraliser la Jordanie sinon pour suivre aveuglément la politique étrangère américaine, La monarchie hachémite en Jordanie doit sa légitimité à son rôle de gardien de la mosquée al-Aqsa mais la protection du sanctuaire musulman reste une ligne rouge. Abdallah a été vite convaincu que les trois alliés Trump, Netanyahou et MbS tentaient de lui enlever ce rôle pour le confier à l’Arabie si elle se joignait aux accords d’Abraham ; un cadeau en or massif pour le pays qui se veut leader du monde sunnite.

Mais Abdallah, bien formé par son père Hussein qui avait survécu à de multiples complots et coups d’État, avait besoin de la double protection américaine et israélienne après le traité de paix de 1994. Ce traité de paix lui avait donné une place prépondérante en Occident et surtout auprès des Américains. Il incarnait un islam modéré au Moyen-Orient favorable à la paix.

Mais contrairement à l’idée que l’on se fait de ces deux royaumes, les relations ont été toujours tendues entre l’Arabie et la Jordanie. En effet la dynastie hachémite avait régné sur la Mecque et Médine mais la Jordanie n’est plus dans sa superbe depuis qu’elle est devenue pauvre, dépendante de l’aide saoudienne et des monarchies du Golfe. L’ancien roi Abdallah d’Arabie a été généraux jusqu’à son décès en 2015 car son intérêt était la stabilité pour éviter toute contamination.

Biden- MbS


L’arrivée de MbS a modifié la donne lorsque son père Salmane a accédé au trône. Trump en avait fait son chouchou puis son mauvais génie. Le plan saoudien Vision 2030 pour moderniser son royaume, était une illusion, à la rigueur une minime avancée dans la seule réduction des pouvoirs des religieux. En revanche, il s’était attaqué aux dissidentes et aux militantes qui exigeaient des droits pour les femmes. 

L’influence de MbS s'est accéléré lorsque Trump est devenu président en 2017 en le présentant comme un réformateur, alors même que sa prise de pouvoir était devenue plus impitoyable en 2017, lorsqu'il a éliminé un rival en tant que prince héritier et a emprisonné plus d'une centaine d'éminents Saoudiens à l'hôtel Ritz-Carlton jusqu'à ce qu'ils prêtent allégeance et remettent une partie de leurs biens. Puis est venu le meurtre horrible d'un journaliste dissident, Jamal Khashoggi, chroniqueur de Post Global Opinions, en octobre 2018, une mission qui, selon la CIA, a été approuvée par MbS. La Jordanie, après tant d'années en tant que partenaire fidèle, a perdu sa place à cause de l'engouement de Trump pour MbS et les Saoudiens, et ses réticences sur l’accord ultime avec les Israéliens.



Trump n’avait pas apprécié que le roi lui tienne tête lors d’une conférence de presse le 21 mars 2019 en déclarant : «Je ne changerai jamais ma position sur Jérusalem… peu importe ce que disent les autres. Nous avons un devoir historique envers Jérusalem et les lieux saints. … Y a-t-il une pression sur moi de l'étranger ? Il y a une pression sur moi de l'étranger. Mais, pour moi, c'est une ligne rouge». Ce jour-là avait été scellé son acte de mort politique.

Joe Biden a tenu à réparer les dérives de son prédécesseur en permettant au roi de Jordanie d’être le premier leader arabe à être reçu à Washington. Benny Gantz, ministre de la Défense, était tellement préoccupé par la détérioration des relations de Netanyahou avec le roi Abdallah qu'il avait effectué, sans l’accord du premier ministre, une visite secrète à Amman pour rassurer le roi au début de 2021 : «Je pense que la Jordanie est un grand atout pour Israël. … Malheureusement, Netanyahou est une figure indésirable en Jordanie et sa présence nuit à l'avancement des relations. C'était un signe de l'inquiétude de l'establishment de la sécurité israélienne concernant une éventuelle déstabilisation en Jordanie».

Le gouvernement de Naftali Bennett a compris l’importance de la Jordanie et tout a été mis en œuvre pour restaurer les relations amicales avec un pays important dans le conflit israélo-palestinien et pour corriger la politique d'alignement avec celle des Etats-Unis. Le risque était grand de voir la Jordanie basculer dans le camp de l'Iran, ce que Trump n'avait pas envisagé. Pour ouvrir des relations avec les Emirats, on a bradé celles avec la Jordanie parce que c'était la volonté de l'ex-président américain. Il est temps que Joe Biden corrige cette anomalie.

9 commentaires:

  1. Merci pour cet article largement documenté qui permet de comprendre certaines choses jusque là quelque peu obscures.

    RépondreSupprimer
  2. Merci pour m'avoir éclairé sur un sujet auquel je n'avais pas réfléchi autrement que vis-à-vis de l'hostilité d'un grande majorité de Jordaniens envers Israël. Expérons un changement d'attitude de part et d'autre.

    RépondreSupprimer
  3. Excusez-moi, cher monsieur Benillouche, mais comment résister à la tentation de laisser le dernier mot à Georges Brassens qui semble avoir tout prévu :

    https://www.youtube.com/watch?v=dGjKLV_xg7Y

    Très cordialement.

    RépondreSupprimer
  4. C’est lassant ! Le méchant est toujours le même ...on ne va pas lire un nouveau réquisitoire !

    RépondreSupprimer
  5. Jacques BENILLOUCHE10 juillet 2021 à 00:48

    Mon cher André,

    Pourquoi vous faire du mal en lisant notre site ? Je peux vous conseiller quelques sites plus adaptés à vos convictions si vous le souhaitez. Des sites où l'on ne parle jamais des menteurs, des voleurs et des tricheurs.

    RépondreSupprimer
  6. Tres bon article. Comment un fin(?) politicien comme Bibi a voulu laisser tomber la Jordanie, qui assurait la frontiere du Jourdain contre toute tentative d'infiltration?
    Cela ne peut s'expliquer par ce que la droite repousse a deux mains que les interets d'Israel passent derriere les interets de Bibi.
    Et pour cadeau, Bennett a promis 50 millions de cubes d'eau potable, ce qui soulagera le royaume hashemite dans ses importations alimentaires.

    RépondreSupprimer
  7. La carte MBS est autant financière que diplomatique. Trump avait également prévu de rapatrier un membre important du Fatah d’Arabie saoudite (dahlan) pour réunifier gaza avec Jérusalem , ce que Hussein a tout fait pour éviter. Sans cette stratégie la paix avec les palestiniens aurait sans doute été possible (avec l’appui jordanien) ….au lieu de ça , la guerre avec le Hamas n’a pu être conclue définitivement.

    RépondreSupprimer
  8. Jacques BENILLOUCHE10 juillet 2021 à 18:26

    @André,

    Si vous ne vous cachez pas derrière un pseudo et si vous m'envoyez votre mail, je ne manquerais pas de vous répondre en détail et en privé.

    RépondreSupprimer
  9. Cher Auteur : Faut-il rappeler quand meme que depuis plusieurs années -et en tout cas avant les accords Abraham- la Jordanie n'a pas manifesté la moindre sympathie envers Israel, ce pays se faisant remarquer systématiquement par ses déclarations antiisraéliennes peu amènes sur la question de Jérusalem et de Mont du Temple.

    De plus la Jordanie craignant la main mise de l'Arabie Saoudite sur les lieux Saints musulmans, regardait d'un mauvais oeil la perspective que ce pays arabe vienne le cncurrencer sur son propre terrain . Israel a du choisir en pesant ses intérets, la Jordanie ne s'étant pas associée à ce processus d'ampleur régionale.
    Vous avez certes dévoilé quelques cartes...mais le dessous des cartes? Surtout si Trump et Natanyahou concoctaient un réglement possible du problème palestinien avec les pays du Golfe riches et inflents ce que n'est pas la jordanie... On peut ne pas aimer Natanyahou ou Trump mais ne pas les prendre pour des naifs non plus.
    Bien évidemment le départ de ces deux dirigeants entraine de facto un rebattage partiel des cartes. Le jeu continue. Mais on se sait comment il va se terminer puisque la donne précédente a changé. Ce nouveau gouvernement s'adapte puisque les intérets du moment ont évolué.

    RépondreSupprimer