Pages

lundi 16 novembre 2020

Israël, Emirats, contre-terrorisme islamique par Francis MORITZ

 

ISRAËL, ÉMIRATS, CONTRE-TERRORISME ISLAMIQUE

Par Francis MORITZ

 

MbZ et MbS

L’élection américaine a eu lieu. Le suspens est terminé. Alors au Moyen-Orient où rien ne s’arrête jamais, back to business. Après l’accord de normalisation avec Israël, le prince Mohamed Bin Zayed semble devenir le plus solide allié  d’Israël, parmi les pays du Golfe. La lutte commune contre le terrorisme islamique apparaît comme un dénominateur commun, avec des stratégies parfois divergentes. C’est d’autant plus surprenant que les Émirats Arabes Unis n'ont subi aucune attaque djihadiste, bien que désignés comme cible. Ils ont adopté une stratégie à deux variantes, l’une dite forte, l’autre dite flexible, contre les menaces potentielles dont le niveau reste élevé.




Du point de vue des cibles, on identifie deux groupes distincts, Dubaï et Abu Dhabi où résident quelques milliers d’Occidentaux non-musulmans d’une part, et de l’autre, les cinq émirats de Sharja, Ajman, Ras al-Khaima, Fujehira et Umm al-Qaywayn plus pauvres et moins peuplés. Les deux groupes pourraient constituer des cibles. Parallèlement au flux touristique, cette population - avec les hôtels et autres attractions touristiques - représente une cible djihadiste par excellence. Dans tous leurs médias, Dubaï et Abu Dhabi sont emblématiques de la déviation et du péché en terre d’islam, le Dar al-Islam.

Dans le droit musulman classique, les divisions principales sont le Dar al-Islam (le territoire de l'Islam), régit par la charia, le Dar al-Sulh (le territoire de l'accord) désignant les terres non-musulmanes qui ont conclu un accord avec un pouvoir musulman et le Dar al-Harb (le territoire de guerre) désignant les terres non-musulmanes dont les dirigeants sont appelés à se convertir à l’islam. Ce qui nous désigne. Par contraste, les émirats plus pauvres et  moins peuplés offrent moins de cibles de choix et appliquent une sécurité réduite. Ce qui les rend plus vulnérables. En décembre 2014, une enseignante américaine vivant aux Émirats, a été poignardée à mort par une émirienne à Abu Dhabi. La meurtrière a été exécutée. L'année suivante, les autorités ont démantelé une cellule islamiste qui planifiait plusieurs attaques contre des centres commerciaux et des hôtels.

Avec leur stratégie, les Émirats ont neutralisé al-Islah, la branche émiratie des Frères Musulmans. Plus largement, ces dernières années ont vu les autorités prendre un grand nombre de mesures dont des expulsions. En septembre 2015, deux individus originaires de l’Inde, qui avaient publié des commentaires pro-Daesh sur Facebook, ont ​​été expulsés. Cinq membres présumés de Daesh d'origine indienne, âgés de 20 à 25 ans, ont été expulsés d'Abu Dhabi. Les services de renseignement avaient intercepté des communications dans lesquelles le groupe évoquait des plans de recrutement et de possibles attaques. Il s’agit donc d’anticipation et de prévention. Ce que les États de droit ont beaucoup de mal à concevoir.

Les Émirats participent activement à la coalition internationale contre Daesh pour démanteler les réseaux terroristes. Leurs efforts pour lutter contre le financement du terrorisme revêtent une importance particulière, car le Golfe a toujours été une plaque tournante de la collecte de fonds privés pour des causes islamistes. L’importante infrastructure bancaire, constitue un risque potentiel de blanchiment d’argent par les réseaux djihadistes. C’est désormais une priorité des États du Golfe, avec parfois des résultats contrastés.

MbZ inspecte son armée


Le groupe de travail contre le terrorisme financier a renforcé le partage d'informations. Les Émirats se montrent discrets sur leur action, leur objectif principal est l’interruption des flux financiers des particuliers et certaines des  activités telles que les ventes de pétrole sur le marché noir, ainsi qu’interdire l'accès au système bancaire international. Les Emirats participent à une surveillance renforcée des fonds collectés sous l’étiquette charitable en collaborant avec l'Unité de lutte contre le blanchiment d'argent et les cas suspects (AMLSCU). Les groupes se réclamant de Dawa  (la prédication de l'islam) représentent un danger permanent. C’est pourquoi des publicités télévisées produites par le gouvernement émirati sont diffusées pendant les périodes d'observance religieuse ; elles incitent les citoyens et les résidents à s'abstenir de faire des dons via des canaux non approuvés, y compris à des centres religieux, car les fonds pourraient «sans le savoir soutenir les  terroristes». D'un point de vue occidental, cela peut sembler étrange et inefficace. Cependant, dans un pays de moins de dix millions d'habitants, dont 10% seulement sont des émiratis de naissance, cette mesure a démontré son efficacité.

Soldats émiratis au Yémen

Les Émirats ont pris des mesures pour empêcher que leurs nationaux rejoignent des groupes djihadistes. Depuis 2014, ils ont développé une coopération sécuritaire régionale limitée, qui supposait la mise en commun de moyens et last but not least, une forme d’abandon de souveraineté. Ce que le blocus du Qatar a compromis.   

En matière de stratégie flexible, les Émirats s’appliquent à influencer les institutions et les centres religieux ainsi qu’à contrer les réseaux sociaux, en finançant une contre propagande en ligne. Ce qui pourrait inspirer nos pays occidentaux. Cet effort est prolongé activement par l’action de personnalités connues qui renouvellent en public la critique de l’idéologie radicale. L’organisme en charge des affaires islamiques collabore avec les autorités religieuses. Les Émirats partagent un projet avec les Etats-Unis, SAWAB, contre Daesh, également un Think Tank HEDAYAG contre la violence terroriste, fondé en 2012 avec le soutien des membres européens du Forum antiterroriste. Plus largement, les Émirats considèrent que la menace la plus sérieuse vient de l’extérieur. Le fait est que tout le pays fait l’objet d’une surveillance très active. L’expulsion d’étrangers soupçonnés de menées terroristes vient accréditer cette thèse.

Avion  ravitailleur émirati Airbus

On doit aussi tenir compte de leur position en matière de politique étrangère, qui ne coïncidera pas toujours avec celle d’Israël. Les Émirats seront-ils de simples partenaires avec leurs différences, ou des alliés avec qui il faudra composer ? Permettront-ils éventuellement la reprise d’un dialogue fertile avec les Palestiniens ? Un avenir proche nous donnera des réponses. Peut-être que Mahmoud Abbas prendra enfin sa retraite et que les citoyens pourront voter ? Autant de sujets que le nouveau président Joe Biden trouvera sur sa table.

En politique, point de morale, on ne s’interdit rien. Le dernier exemple en date s’est produit le 5 novembre à l’ONU lors du vote du Comité de décolonisation, où les récents amis d’Israël, EAU, Bahreïn et Soudan ont voté 8 résolutions anti-israéliennes. Désormais leurs ressortissants pourront se rendre en Israël sans visa et visiter le «Haram al Sharif» qui n’est autre que le Mont du Temple. Une fois de plus on relèvera la consistance des instances onusiennes qui s’appliquent à vouloir ignorer et effacer la réalité historique et religieuse entre Israël et le Mont du Temple, lieu sacré s’il en est. Mais la réalpolitique est à ce prix !

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire