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vendredi 27 octobre 2017

Le président des riches par Gérard AKOUN



LE PRÉSIDENT DES RICHES

Par Gérard AKOUN
Judaïques FM
            
Macron à Berlin

          Emmanuel Macron vient de remporter son premier succès, au niveau européen, en faisant voter par les ministres du travail de l’Union Européenne un compromis sur la réforme de la directive de 1996 sur le travail détaché. Le président de la république n’avait pas ménagé ses efforts pour convaincre la majorité des pays européens qu’il fallait mettre fin au dumping social dont étaient victimes les travailleurs des pays dans lesquels la protection sociale était plus étendue et meilleures étaient les conditions de travail. C’était une de ses promesses de campagne : prouver, contre les détracteurs de l’Europe que celle-ci pouvait être protectrice. Cette promesse a été tenue.



            Peut-elle contribuer à corriger cette étiquette de «Président des riches» qu’on lui accole et dont il ne pourrait, le temps passant, se débarrasser, comme le capitaine Hadock de son sparadrap ? Les premiers mois qui ont suivi son élection, les Français ont été fiers d’avoir élu un nouveau président qui étonnait le monde par sa jeunesse, mais aussi par la qualité de ses interventions dans l’arène internationale, par sa manière de tenir la dragée haute à Vladimir Poutine et à Donald Trump, souvenons-nous, c’était symbolique, de la poignée de main avec ce dernier. La France retrouvait son rang, elle sortait de l’ombre. Ce fut un sans faute sur le plan international.

            Sur le plan intérieur, la désillusion a été rapide, Emmanuel Macron avait déclaré qu’il n’était ni de gauche, ni de droite, mais de gauche et de droite. La composition du gouvernement qui précéda les élections législatives, puis celle de celui qui les suivit, peu différente du premier, révéla que le balancier penchait beaucoup plus à droite. Dans l’ordonnance sur l’emploi, à propos de la flexisécurité, le gouvernement privilégie plus la flexibilité que la sécurité. Le gouvernement supprime l’ISF, institue «la flat tax» et baisse de cinq euros l’APL, l’aide personnalisée au logement, plusieurs milliards accordés d’un côté, quelques centaines de millions d’euros économisées de l’autre. 
            Je pourrai bien sûr citer d’autres mesures prises en faveur des entrepreneurs et des détenteurs de grosses fortunes par le gouvernement et donc par Emmanuel Macron. Les électeurs de gauche qui avaient voté en très grand nombre en sa faveur ont pris leurs distances, comme le montrent les sondages. Ces électeurs savaient que des réformes douloureuses devaient être mises en œuvre, mais ils n’imaginaient pas que l’on prendrait aux pauvres pour donner aux riches ! Ils imaginaient que tous participeraient à l’effort de redressement nécessaire !
            Le Président conçoit l’exercice du pouvoir de manière très personnelle, jupitérienne, tout doit émaner de lui, il décide de tout, même dans les détails.  A ceux qui s’opposent à lui, qui contestent certaines mesures, il répète «c’était dans mon programme donc je m’y tiens». Et de préciser «je vais de l’avant, le peuple me l’a demandé, je me suis engagé, il est trop tard pour réclamer contre moi ou trop tôt, attendez donc les résultats. Il n’y a nulle tromperie sur la marchandise».
            Mais ce peuple dont 56% (dernier sondage Odoxa pour l’Express, la presse quotidienne régionale et France Inter) pense qu’il est «un mauvais président». Emmanuel Macron le connait-il vraiment ? L’a-t-il côtoyé si ce n’est fréquenté dans son parcours, entre l’école privée, Sciences po, l’ENA, les Banques, le secrétariat de la présidence de la république et le gouvernement ? On peut en douter sinon il saurait ce que peuvent représenter cinq euros, en moins, dans le petit budget d’une famille monoparentale, d’un étudiant qui travaille pour payer ses études… Emmanuel Macron ne prend en considération que ceux qui réussissent, les premiers de cordée, les autres ne sont que des fainéants, des fouteurs de bordel.

L’inauguration de la Halle Freycinet


            Il avait très bien défini sa vision de la société lors de l’inauguration de la Halle Freycinet à Paris en juin dernier : «une gare c’est un lieu dans lequel on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien». On peut remplacer gare par France et on aura sa vision de la société française. Manuel Macron est le président de tous les Français, de ceux qui réussissent et des autres. Il aura besoin de tous ces Français pour appliquer un certain nombre de réformes qui seront d’autant  mieux acceptées que leur coût sera le mieux partagé entre tous. 

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