L’ARABIE SE DOTE D’UN JEUNE HÉRITIER DE 31
ANS
Par Jacques BENILLOUCHE
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Dans
notre article du 15 juin sur «Les vrais dessous de la mise à l'écart
du Qatar», nous avions émis l’hypothèse d’une lutte des clans royaux
et d'une révolution de palais pour expliquer la décision collégiale d’isoler le
Qatar. Les manigances du prince héritier saoudien pour devenir roi sont à la
base de la décision du Bahreïn et de l'Égypte, imitant l'Arabie saoudite et les
Émirats arabes unis (EAU) qui ont rompu leurs relations diplomatiques avec le
Qatar.
Le roi Salman avec Mohamed Ben Nayef et Mohamed Ben Salman |
La
décision vient de tomber. Le roi Salman d’Arabie saoudite a nommé son fils
prince héritier. Mohammed
ben Salman, 31 ans, est également nommé vice-Premier ministre et conserve son
poste de ministre de la Défense. Cette nomination acte l'élimination
progressive du prince héritier précédent, Mohammed ben Nayef, 57 ans, qui a été
congédié de son poste de ministre de l’intérieur, après deux années
tumultueuses de luttes internes qui ont suivi l’accession au trône du roi Salman. La montée en puissance du Prince, qui symbolise les espoirs d'une population jeune attirée par le modernisme, est inhabituelle dans un royaume conservateur habitué à des dirigeants âgés.
Mohamed Ben Salman, surnommé MBS, a
décidé de sortir l’Arabie de sa torpeur. Il a présenté un plan économique pour
soigner le royaume de son addiction au pétrole. Il a procédé à une véritable
révolution structurelle. Les avis sont partagés sur la personnalité de
l’héritier. Le quotidien britannique The Independant le qualifie «d’homme
le plus dangereux du monde». Bloomberg estime qu’il est «l’homme
de tous les pouvoirs à Ryad». Effectivement, en plus de ses postes au
gouvernement, il est président du Conseil des affaires économiques et de
développement qui supervise la Saudi Aramco, première compagnie productrice de
pétrole au monde.
Saudi Aramco |
Mohamed
Ben Salman est un chef de guerre doublé d’un réformateur à marche forcée dans
un royaume qui relevait de la gérontocratie. Il a engagé son pays dans des
réformes audacieuses dans un système économique édifié sur
la seule manne pétrolière. Il veut garantir l’avenir de son pays en se dotant d’un fonds
souverain de 2.000 milliards de dollars destiné à diversifier les
investissements et les revenus d’une économie dépendant à 70% sur le pétrole.
MBS
envisage également la privatisation des services de santé, des
télécommunications et de l’éducation. Il a prévu l’instauration de la TVA en
2018, non seulement dans son royaume mais aussi dans tous les pays du Conseil de
Coopération du Golfe. Il est opposé à la polygamie parce qu’il veut que son
pays sorte de l’archaïsme.
C’est
un grand lecteur des mémoires de Winston Churchill et de «L’art de la
guerre de Sun Tzu» dont il a mis en application la théorie en lançant
et en supervisant les opérations militaires au Yémen et en mettant sur pied une
coalition arabe du Golfe contre l’expansionnisme chiite iranien dans la région.
Le prince avait
été envoyé à Moscou par son père, à la tête d’une délégation de haut rang, pour
sceller la perte de confiance du Royaume envers Washington. La mise à
l’écart du royaume par Barack Obama n’avait pas été appréciée et pour
diversifier ses relations internationales, l’Arabie s’est tournée vers la
Russie puis ensuite vers Israël.
La rencontre entre Mohammed ben
Salman et Vladimir Poutine a eu lieu à Saint-Pétersbourg durant laquelle des
accords ont été signés concernant le développement de l'énergie nucléaire
pacifique, la recherche spatiale, le logement, l'électricité et les
investissements. Dans cette conjoncture, l’Arabie saoudite et certains pays
arabes ont pratiqué une normalisation discrète avec Israël. L’Iran a été le
catalyseur qui a permis la normalisation de facto entre Israël et les
monarchies du Golfe, au départ secrète puis de plus en plus publique. La
normalisation est la conséquence de la décision de MBS. Les pétromonarchies du
Golfe ont choisi la survie de leur trône en faisant le choix d’Israël contre
l’Iran. Il est vrai que la dynastie wahhabite n’a jamais tiré un coup de feu
contre Israël.
Sur incitation du prince
héritier, l’Arabie saoudite a noué une coopération technologique avec la
société Daront, société High Tech installée à Ramat-Gan, pour un programme
informatique et sa mise en œuvre par une formation aux États-Unis du personnel
saoudien. Par ailleurs, le royaume a attribué au groupe israélien G4S la
responsabilité de la sécurité du pèlerinage à La Mecque et de l’aéroport de
Dubaï. La firme israélienne AGT, dirigée par un Israélien installé aux
États-Unis, a édifié un barrage électronique dans la région frontalière entre
les Émirats Arabes Unis et le Sultanat d’Oman pour empêcher les infiltrations
hostiles.
Depuis l’arrivée de Donald Trump,
les liens chaleureux ont contribué à accélérer l'ascension de Mohammed Ben
Salman en tant que prince héritier. Le changement opéré au sommet de
l’Arabie saoudite sera positif pour le développement des relations avec Israël
mais il est trop tôt pour parler d’une normalisation des relations
diplomatiques bien que, selon des sources arabes et américaines citées par le
journal britannique The Times du 17 juin, Israël et l’Arabie saoudite
chercheraient à développer des relations commerciales. Il serait notamment question
d’autoriser les entreprises israéliennes à s’implanter dans le pays arabe, et
de permettre à la compagnie aérienne El Al d'utiliser l’espace aérien saoudien.
Le jeune héritier a choisi la voie du pragmatisme et du combat contre l'Iran. Son avènement au pouvoir permettra certainement la survie d'un royaume jusqu'à présent anachronique et féodal. Une certitude, il battra le record du plus jeune chef d'Etat pour l'instant détenu par Emmanuel Macron.
Erreur. Le plus jeune président qui arriva au pouvoir fut Bachar El Hassad, il n'avait que 35 ans, donc plus jeune que Macron.
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