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jeudi 18 mars 2021

L'Union européenne joue à la roulette russe par Francis MORITZ

 


L’UNION EUROPÉENNE JOUE À LA ROULETTE RUSSE


Par Francis MORITZ 

Le-vaccin-russe-spoutnik-v-developpé-par-l-institut-Gamaleya

Pendant que trois petits pays que sont Israël, la Hongrie et la république Tchèque élaborent une association pour produire médicaments et vaccins, alors que Tsahal sera la première armée au monde à atteindre l’immunité de groupe, l’UE essaye de faire oublier le fiasco de l’achat et de la répartition des vaccins et continue à se prendre les pieds dans le tapis. On voudrait plus de vaccins, plus vite, dont le Spoutnik-V russe qui permettrait d’augmenter et d’accélérer la vaccination. Ce qui réduirait substantiellement le nombre de cas graves et statistiquement la mortalité.



Container de vaccins Spoutnik V


Mais voilà, les chefs d’État ont décidé que concernant, la Russie, la main droite doit ignorer ce que fait la main gauche. En clair, on renforce les liens au sein de l’Otan avec l’ami américain, America is back ! car l’Allemagne tient absolument à préserver son statut avec les États Unis. Inutile de préciser qu’il s’agit de faire face au seul ennemi qui est à l’Est, Moscou. Mais on voudrait des vaccins. Ensuite, on ajoute des sanctions aux sanctions. Washington menace les entreprises participant au gazoduc Nordstream-2 qui doit élargir ses fournitures à l’Ouest, dont celles indispensables à l’Allemagne. Par ailleurs, on prétend toujours se rencontrer dans le groupe de Minsk, le format de Normandie, des forums supposés régler certains de ces conflits ! Dans le même temps on voudrait aussi des vaccins russes.

Nombreux sont les hommes politiques et dirigeants de la Commission ou du Conseil de l’UE qui font campagne contre le vaccin russe Spoutnik utilisé depuis l’été 2020, d’une efficacité évaluée à 91,6%, au mépris des vies humaines qui pourraient être sauvées, pensant faire plier le Kremlin. Au même moment quelques dirigeants européens se réunissent à Paris pour tenter de définir une politique commune pour relancer la négociation entre Israël et l’A.P.  Ça ressemble à une forme de pathologie chronique et cyclique. Les mêmes pensent que s’opposer au vaccin russe c’est lutter contre le pouvoir en place. La commission retarde l’homologation de ce vaccin. Une société suisse a déposé une demande pour le fabriquer sous licence en Italie. Elle attend un accord annoncé, mais pas encore confirmé.

Pendant qu’un article dans la revue médicale The Lancet publie une analyse des tests qui montre que Spoutnik-V développe «un effet protecteur toujours fort dans tous les groupes d'âge participants». Après des semaines de tergiversations, l’Agence européenne des médicaments a confirmé qu'elle «examine» désormais le vaccin dans le cadre du processus dit de révision continue, qui pourrait être suivi du processus d'approbation officiel. La demande a été présentée par l’usine de R-Pharm Germany, propriété russe depuis 2014.

Ce qu’on évite de faire savoir : Spoutnik-V, déjà approuvé dans plus de 40 pays, est désormais également utilisé dans certains pays de l'UE. La Hongrie a commencé à administrer le vaccin à la mi-février ; elle a commandé deux millions de doses ainsi que cinq millions de doses du vaccin Sinopharm chinois. Le pays a ainsi atteint un taux de vaccination de 14,8% pour 100 habitants. L'Allemagne est à 9,7%. Entre-temps, la Slovaquie a également commandé deux millions de doses de Spoutnik. Troisième pays de l'UE à agir seule, la République tchèque tente maintenant d'obtenir Spoutnik-V et un vaccin de Sinopharm. D'autres négociations seraient en cours en vue d’une production en Allemagne, en Espagne et en France – sous réserve d’un accord de l’UE qui joue les prolongations.

Victor Orban reçoit le vaccin chinois Sinopharm


À l'avenir, Spoutnik-V sera également produit en Yougoslavie ainsi qu’au Brésil, en Inde, en Corée du Sud. Bien que l'UE continue à se plaindre d'une pénurie flagrante de vaccins, les dirigeants et la Commission font tout pour ralentir l’utilisation de Spoutnik-V et autoriser sa production externe car cela permettrait à Moscou de développer de nouvelles opportunités de coopération. Ce qui entre en collision avec les efforts de Berlin et de Bruxelles pour réduire l'influence de la Russie. Si l'UE avait initialement exercé une pression massive sur la Hongrie pour qu'elle ne commande pas le Spoutnik-V, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a tenté de semer le doute, en se déclarant «surprise» que Moscou propose «théoriquement des millions de doses» alors qu’à la mi-février, la Russie constatait que la vaccination de sa propre population «ne faisait pas suffisamment de progrès». 

Rendre les vaccins disponibles aux pays les plus pauvres, quand bien même leur propre population n'aurait pas encore été complètement vaccinée, est une demande majeure des organisations internationales. Accessoirement, la présidente de l'Agence Européenne du médicament (EMA), Christa Wirthumer-Hoche, a déclaré qu'elle déconseillait «l’approbation d'urgence pour Spoutnik V. L’utiliser serait comme jouer à la roulette russe». En Slovaquie, la commande du vaccin a même conduit à une crise gouvernementale : c'est «un instrument de guerre hybride», a déclaré le ministre des Affaires étrangères Ivan Korčok qui rejette l'utilisation du vaccin. Il est donc prêt à sacrifier des vies, juste pour priver Moscou de coopérer avec des pays de l’UE. 

Christa Würthumer-Hoche directrice générale de l’agence européenne du médicament

A défaut de régler les divers problèmes spécifiques à l’UE, la commission suscite d’autres conflits à l’extérieur. Bruxelles a déclenché un différend avec la Grande-Bretagne. Le contexte en est la critique mondiale des contrôles des exportations de vaccins de l'UE, qu’elle a introduit sous la pression allemande. Il est notamment question de l'interdiction d'exportation de l'Italie pour une livraison de 250.000 doses d’AstraZeneca vers l'Australie. Le président du Conseil de l'UE, Charles Michel, a affirmé que le Royaume-Uni avait imposé «une interdiction totale d'exportation de vaccins ou de composants de vaccins».  Il n'y a aucune preuve à ce sujet.

A propos de restrictions, Bruxelles a entamé des négociations avec l’Amérique, seul pays avec l’UE à imposer des restrictions à l'exportation. Le président américain- contrairement à ce que certains espéraient - n'a pas abrogé le décret que son prédécesseur Donald Trump avait publié en décembre 2020 : les vaccins ne peuvent être exportés que si tous les citoyens américains sont entièrement approvisionnés. Les victimes collatérales incluent le Canada qui avait un contrat avec une usine Pfizer du Michigan, resté sans suite.

Que va-t-il se passer maintenant ?  Il y a une semaine, le directeur du Serum Institute of India (SII), a déclaré qu’il y a aussi une pénurie mondiale de composants indispensables pour la production de vaccins, produits essentiellement aux États Unis, qui ne fourniront pas l’étranger tant que ses propres besoins ne seront pas couverts. Le président Biden a déclaré que tous les Américains devraient être vaccinés pour la fête nationale le 4 juillet.

Cette pénurie relative va entrainer des ralentissements importants dans la production, estiment les experts. Bruxelles veut entamer des négociations avec Washington afin de recevoir des livraisons préférentielles : les États-Unis et l'UE d'abord - le reste du monde ensuite, quand les principales puissances transatlantiques en auront suffisamment pour leurs propres besoins et surtout aux États-Unis.

            Non content de jouer à la roulette russe, l’UE a tendance à marcher sur la tête en essayant de concilier des contraires absolus, coopérer en matière de pandémie, sauver des vies et en même temps, faire de la politique, comme s’il y avait deux Russie : la bonne qui fabrique des vaccins et l’autre qui nous menace à l’Est. Décidément le métier d’équilibriste n’est plus ce qu’il était !

 

 

1 commentaire:

  1. Véronique Allouche14 mars 2021 à 13:59


    Un pays qui tente d’éliminer ses opposants, qui muselle sa presse, un pays qui ment sur les statistiques Covid ne peut pas prétendre à ce que les occidentaux aient une opinion éclairée en engageant leur confiance sur son vaccin Spoutnik.

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