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jeudi 18 octobre 2018

Surtout ne rien faire pour l'alyah francophone



SURTOUT NE RIEN FAIRE POUR L’ALYAH FRANCOPHONE
Par Jacques BENILLOUCHE
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Alyah d'Ukraine

          Les chiffres de l’alyah francophone de 2018 sont éloquents car ils plongent encore avec ceux des Etats-Unis et de l’Ukraine qui a connu une baisse de 8% avec seulement 4.094 immigrants en 2018. L’alyah depuis la Russie se maintient et augmente même puisque 6.331 personnes sont entrées aux deux premiers trimestres 2018 contre seulement 4.701 pendant la même période en 2017. L’alyah de Russie et d’Ukraine est de nécessité car les Juifs y sont confrontés à une crise financière doublée d’un conflit territorial. Israël ne semble compter que sur ce genre d’alyah d’urgence qui ne lui crée aucune obligation.



Sur le plan général, 18.965 immigrants ont été enregistrés dans les huit premiers mois contre 19.067 durant la même période de 2017, pratiquement une stabilité mais il n’est pas sûr qu’elle compense la fuite de cerveaux israéliens et l’émigration juive vers de meilleurs cieux, aux Etats-Unis, au Canada et à présent à Berlin. Cette année, les chiffres des entrées serait inférieur à celui des sorties.
            Sur le plan de l’alyah francophone, on s’attendait déjà à une baisse et même à un retour massif de ceux qui sont déjà venus ; on parle de 30 à 40% de yordim, chiffres bien sûr non officiels. Les raisons essentielles sont économiques et psychologiques.

            Le logement est l’élément majeur sur lequel butent les olim. Les prix de l’immobilier ont flambé et sont même excessifs, comparativement à ceux de France. Toutes les villes sont concernées et pas seulement Jérusalem et Tel-Aviv. Il arrive que des Juifs vendent leur appartement en France ou en Belgique mais sont incapables ensuite d’en acquérir un identique, ou plus petit parce que les écarts de prix sont dissuasifs. Alors ils sont contraints à la location. La forte demande entraîne du même coup une augmentation des loyers dont les prix moyens oscillent entre 4.000 shekels (970€) et 8.000 (1.930€) selon la ville. Au centre de Tel-Aviv il faut compter 12.000 shekels (2.860€) pour un quatre pièces en location.

Or malgré toutes les promesses, celles du ministre Moshé Kahlon en particulier, la situation n’a pas bougé. Il devait mettre gratuitement à la disposition des promoteurs des terrains domaniaux pour faire baisser les prix des appartements de 30% au moins. Mais le gouvernement s’est opposé car il veut contraindre les olim à s’installer dans les territoires pour peupler la Cisjordanie. Il veut aussi maintenir des prix élevés pour augmenter ses ressources de tva.
Ainsi à Elkana, en Cisjordanie, les prix sont abordables à 400.000€ pour un quatre pièces alors qu’il faut mettre le double à Ra’ananna, à quelques kilomètres. Beaucoup de familles n’ont pas le choix et décident d’habiter au-delà de la ligne verte sans aucune volonté idéologique et par pur souci financier, avec toutes les conséquences psychologiques que cela comporte et surtout les risques quotidiens d’attentats qui découragent les nouveaux venus. Certains Français se trouvent alors isolés et déconnectés de la vie citadine. Le moral devient alors bien bas. Le gouvernement est face à ses choix. Si dans les années 1970, alors que le pays était pauvre, il a pu construire des logements sociaux en périphérie des grandes villes, l’État hightech d’aujourd’hui le devrait à fortiori mais sa politique en Cisjordanie l’en empêche.

Le problème des nouveaux immigrants francophones a été pris à bras le corps par plusieurs listes municipales mais un contre-sens subsiste. Les candidats croient pouvoir faire changer les choses s’ils sont élus alors que les questions du logement sont du domaine exclusif du gouvernement. Les listes francophones qui fleurissent dans toutes les villes croient coller aux lois françaises alors que le système est tout à fait différent. En France, les communes sont propriétaires de terrains à bâtir pour construire des logements sociaux à leur guise et peuvent, en cas de pénurie, faire jouer le droit de préemption pour acheter des appartements au profit de défavorisés. Le maire et son Conseil municipal en Israël n’ont aucun de ces pouvoirs. Les olim s’en sont rendus compte en allant frapper à la porte de leur maire qui n’a rien pu faire pour eux.

L’emploi est à l’avenant. Il est vrai qu’il n’y a pas de chômage en Israël (4%) mais la plupart des emplois disponibles sont payés au salaire minimum de 5.200 shekels (1.230€) ne permettant pas de couvrir le montant du loyer ainsi que le coût de la vie supérieur de 30% à celui de France. L’État pourrait baisser les prix de l’alimentaire de 10% en réduisant la tva de 17% à  7% mais cela grèverait d’autant la collecte de la tva indexé au prix de vente. Les aides sociales n’existent pas ou peu ; les allocations familiales sont symboliques et c’est la loi du plus fort qui prime. Parce qu’ils n’ont pas investi dans la connaissance de l’hébreu, les olim sont alors soumis au bon vouloir des call centers qui les exploitent pour en faire de nouveaux prolétaires. Certes ces centres, souvent sans scrupules, appliquent rigoureusement la loi mais ils ne font preuve d’aucune bonté.
Alors au bout de quelques mois, lorsque les économies sont épuisées, de nombreux Français repartent vers leur lieu d’origine, déçus d’avoir échoué. Ils ne sont pas fiers et évitent de faire de la contre propagande, mais nul n’est dupe en les revoyant retourner. Cela est dissuasif pour ceux qui considèrent que leur place reste en France où existe une certaine solidarité communautaire.

Les journalistes ont un devoir de vérité même s’ils sont accusés de décourager l’alyah. C’est le seul moyen d’éviter les échecs. Les candidats à l’émigration doivent connaître les réalités auxquelles ils devront faire face et se préparer en amont avant de faire le saut. La question ouverte reste de savoir si Israël tient à maintenir ouverte l’alyah française. Elle est certes négligeable aujourd’hui et il semble que le gouvernement ne soit pas enclin à faire des efforts financiers pour attirer des enfants considérés comme «gâtés» en France.  Si cette politique israélienne se maintient, alors les Juifs de France auront encore beaucoup d’avenir dans leur pays.

7 commentaires:

  1. Double problème, le 1er, en France, où l'antisémitisme violent et galopant, qui incitera les français à partir. Le second, en Israel où l'Agence Juive fait miroiter la belle vie et des facilités qui n'existent pas (comme la reconnaissance de certains diplômes)

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  2. Il me semble qu’il faut arrêter avec « l’antisémitisme violent et galopant ».
    Ce dernier existe dans les banlieues parisiennes dans le 93 certainement et dans certaines banlieues de grandes villes, mais ce n’est pas une généralité.
    Je vis en Israël et j’y ai fait le choix d’y vivre, mais ni moi, ni mes proches, ni aucune de mes connaissances n’avons jamais eu à souffrir en France d’antisémitisme, si ce n’est par les posts et autres sites juifs francophones qui amplifient ce problème (qui existe certes), mais très loin d’être au niveau qu’on voudrait le faire croire.

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  3. Il y a un autre élément à prendre en compte qui rentre parmi les faits invoqués dans l’article. Beaucoup de juifs destinés au départ ne font pas leur alyah pour une raison certes moins avouable mais néanmoins présente à leur esprit : l’armée.
    Bien cordialement
    Véronique Allouche

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  4. Les chiffres ne signifient rien : Il y a une alyah et même s’ils ne sont que 200 personnes, ils ont des droits au même titre que les autres.

    Parce qu’en Israël on n'obtient rien sans taper sur la table, le tout est une question de tactiques. Les Russes ont déjà montré la voie. Pour en arriver où ils sont aujourd’hui, les Russes ont commencé par boycotter les magasins qui n’employaient pas de Russes sous prétexte qu’ils ne comprenaient pas la langue. Ensuite, ils ont exigé un personnel russophone au Misrad haKlita, sous prétexte que seuls des Russes peuvent comprendre leurs besoins et y répondre.
    Puis, en s’organisant politiquement, ils sont depuis à la tête du Ministère de l’intégration et des offices d’intégration locaux et ils tiennent ces institutions en permanence. Même chose pour l’Office du travail. Ils dominent dans presque toutes les institutions gouvernementales. Et évidemment ils favorisent leurs compatriotes aux dépens des autres olim. Cela, il faut le dire.

    Autre point, l‘alyah française pourrait s’arranger pour gonfler ses rangs en s’assurant le soutien des francophones non-Français. Si Netanyahu croit que les Juifs nord-africains d’Israël supportent cette alyah et ses griefs, il va bouger croyez-moi même s’il ne s’agit que d’une rumeur.

    Malheureusement, s’il y a des dirigeants de l'Alyah française, ils sont muets.

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  5. Elizabeth GARREAULT17 octobre 2018 à 08:52

    Merci Jacques pour cet article tres bien documente et qui pose les questions importantes. Mettre la tete dans le sable et respirer un grand coup ou bien prendre les gens pour ce qu'ils ne sont pas ne resoudra rien mais bon, que faire contre l'entetement et comme le disait Einstein, la folie est de refaire toujours la meme chose en esperant un autre resultat.

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  6. oui la Alya de France a diminue et les raisons que vous avez citees sont justes mais en tant que personne qui accueille les olims je dois vous avouer que les annees ou la alya a ete si forte nombreux sont venus pour obtenir la nationalite israelienne et n'avaient pas l'intention de s installer{alya financiere}

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  7. VOICI UN ARTICLE D'UNE CRIARDE VERITE et il se trouvera encore des esprits atrophiés pour dire que cet article dénigre Israel Comme disait Guy Beart "celui qui dit la vérité doit être exécuté"

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