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mercredi 20 septembre 2017

Netanyahou-Trump : complicité limitée sur l'Iran



NETANYAHOU-TRUMP : COMPLICITÉ LIMITÉE SUR L’IRAN
Par Jacques BENILLOUCHE
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         Le raisonnement est simple : il ne faut pas faire la même erreur commise avec la Corée du Nord qui a construit sa bombe nucléaire en toute impunité. En laissant faire aujourd’hui l’Iran, le risque est grand de voir le pays chiite se doter d’armes nucléaires de destruction massive. Le temps est compté. Israël et les Etats-Unis se retrouvent donc sur cette stratégie. D’ailleurs Benjamin Netanyahou avait déclaré avant de rencontrer Trump : «Ensemble nous allons faire face à l'agressivité iranienne dans la région et j'ai hâte de parler avec vous du mauvais accord nucléaire».



- Quelle est votre réponse au discours de Netanyahou ?
- Je n'entends rien car les centrifugeuses tournent à plein régime

            Donald Trump laisse planer le doute sur une éventuelle frappe contre l’Iran face à un premier ministre israélien qui insiste pour adopter une position intransigeante afin d’éviter la production de bombes nucléaires. Il a accusé l'Iran d’être un régime meurtrier avec un comportement déstabilisateur : «Nous ne pouvons pas respecter un accord qui autorise, au final, le développement d'un programme nucléaire». Le président américain pourrait révoquer l’accord nucléaire signé en grande pompe le 14 juillet 2015 par Barack Obama. Cette éventualité permet à Netanyahou d’user d’un langage élogieux, presque obséquieux, face à son allié américain : «Monsieur le Président, c'est génial de vous revoir. Sous votre leadership, l'alliance entre l'Amérique et Israël n'a jamais été plus forte, jamais été plus profonde. Je peux dire cela de la façon dont les gens voient et de manière qu'ils ne voient pas. Je tiens donc à vous remercier pour cela». 
          Il est vrai que durant sa campagne électorale, Trump avait répété qu’il avait l’intention de «déchirer l’accord signé par les Etats-Unis avec l’Iran». Mais une fois élu, il tergiverse et reporte sur l'Agence internationale de l'énergie atomique la responsabilité de juger du «comportement déstabilisant de l'Iran».
            En fait Trump a l’intention de garder l’accord sur le nucléaire mais en imposant de nouvelles sanctions. Il est contraint de poursuivre la politique de son prédécesseur Barack Obama parce que six grandes puissances (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) ont paraphé le traité. Depuis que cet accord est entré en vigueur le 16 janvier 2016, l'administration américaine doit tous les 90 jours le «certifier» auprès du Congrès pour attester que Téhéran en respecte les termes.
            Or cet accord a déjà été certifié. L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), avait félicité en juin l'Iran pour le respect de ses engagements (démantèlement des deux tiers de ses centrifugeuses, renoncement à 98% de son stock sensible d'uranium et bétonnage du cœur de son réacteur à eau lourde). Une nouvelle échéance cruciale s’approche. Donald Trump doit certifier mi-octobre auprès du Congrès que Téhéran se conforme bien à ses engagements, mais certaines de ses déclarations laissent penser qu'il pourrait décider de ne pas le faire. L’accord risque alors d’être en danger si Trump ne le certifie pas.  Il s’agira alors d’un signe fort politiquement. Les Européens, France en tête, veulent tenter de sauver l'accord nucléaire iranien menacé par  Donald Trump qui ne cache pas son hostilité envers un texte considéré pourtant par les Occidentaux comme crucial dans la lutte contre la prolifération.

            En revanche, les Etats-Unis contestent les actions «déstabilisatrices» de l’Iran au Moyen-Orient avec son programme de missiles balistiques. Le Parlement iranien a entamé la procédure pour le vote d'une loi visant à renforcer le programme balistique du pays et la force Al Qods des Gardiens de la révolution, chargée des opérations extérieures. Par ailleurs les Américains condamnent Téhéran pour son «soutien à des actes terroristes internationaux». Mais l’accord nucléaire garde ses adeptes à Washington parmi les Démocrates et certains Républicains mais aussi auprès des militaires.
Netanyahou et Ron Dermer

            À l’ONU, Netanyahou et Trump sont sur la même longueur d’onde en laissant planer l’éventualité d’une frappe contre les installations nucléaires de l’Iran. Mais les Etats-Unis sont isolés au sein de l'organisation internationale. Benjamin Netanyahou, le ministre de la défense Avigdor Lieberman, et l’ambassadeur israélien à Washington Ron Dermer, soutiennent les Américains dans ce projet. Mais Tsahal et les services de renseignements israéliens sont très réservés car «l'Iran respecte l'accord et ses limites strictes sur les activités nucléaires et les stocks de matières fissiles». 
Carmi Gillon

          Ainsi Carmi Gillon, ancien chef du Shabak, sécurité intérieure, estime que «L'accord nucléaire est un bon exemple du genre de solutions auxquelles j'ai aspiré. Il a neutralisé une menace majeure pour le monde, tout en veillant à ce que les États-Unis et ses alliés aient les outils, l'information et le levier dont ils ont besoin pour faire face au danger iranien et faire de la région et du monde un endroit plus sûr».
Yair Golan

            L'ancien chef d'Etat-major adjoint de Tsahal, le général Yaïr Golan, a déclaré, à l’occasion d'un discours à l'Institut de Washington, qu'Israël aurait fortement besoin de l’aide des États-Unis pour obtenir une victoire militaire sur l'Iran : «Dans le monde d'aujourd'hui, où les menaces se propagent rapidement à tous les coins du monde via Internet, les cellules terroristes, les flux de réfugiés, notre coopération avec les États-Unis doit être plus étroite que jamais. Du point de vue d'Israël, la menace iranienne est beaucoup plus grande que Daesh, car les Iraniens sont plus sophistiqués et plus civilisés. C'est pourquoi je crois que nous ne pourrons pas les vaincre par nous-mêmes. Regardez simplement comment ils opèrent dans la région. Ils travaillent de manière très intelligente, essayant toujours d'investir le moins possible. Et s'ils le doivent, ils préfèrent investir de l'argent sur le sang. Pour le sang, ils utilisent leurs affiliés».


            Netanyahou s’appuie de son côté sur la menace régionale et mondiale représentée par le programme d'armes nucléaires à Pyongyang. Il veut recourir à une action militaire si les sanctions de l'ONU ne freinent pas les missiles et les essais nucléaires de l'Iran. Le premier ministre israélien trouve une oreille attentive auprès des dirigeants saoudiens qui s'opposent à l'affaire nucléaire, non pas pour des raisons liées à l'énergie nucléaire, mais en raison du rôle attribué à l’Iran en tant que courtier régional en énergie.
Chemi Chalev

            La conclusion a été tirée par le journaliste Chemi Shalev du quotidien Haaretz : «Ce que Netanyahou et Trump ont en commun, entre autres choses, est leur incapacité à accepter les critiques, leur tendance à transformer les critiques en ennemis et leur fervent désir d'effacer le sourire de ce qu'ils considèrent comme le visage condescendant d'Obama».

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