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mardi 26 septembre 2017

Base militaire américaine au Néguev : information réchauffée


 


BASE MILITAIRE AMÉRICAINE AU NÉGUEV: INFORMATION RÉCHAUFFÉE


Par Jacques BENILLOUCHE

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          Il s’agit d’une vieille information recyclée qui n’avait jamais filtré dans les media en raison de la censure militaire qui avait imposé un black-out total car Tsahal craignait des retombées politiques. Les Israéliens étaient en effet méfiants à l'égard d’une base étrangère dans le Néguev. Mais le 20 septembre 2017, les Etats-Unis ont inauguré officiellement leur première base militaire dans le sud d’Israël. Le secret de Polichinelle a été enfin éventé.




            C’est en fait en novembre 2008 qu’un contingent de soldats américains avait ouvert secrètement une base de radar sur un sommet de montagne dans le désert du Néguev. Israël avait accepté pour la première fois dans son histoire une base militaire étrangère sur son sol sous réserve que l'information ne soit pas publiée. Un haut responsable israélien s’était alors plaint : «C'est comme une paire de menottes en or pour Israël». Cette base de radars des plus perfectionnés permettait de détecter toute attaque de missiles sur Israël. Une antenne du Norad avait été installée.

            Le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (Norad) assure la surveillance et le contrôle de l'espace aérospatial de l’Amérique du Nord. Il est aussi responsable de la mission d'alerte en cas d'attaque aérospatiale en surveillant les objets aériens artificiels et en suivant leur trajectoire afin de détecter, valider et signaler toute attaque contre l’Amérique du Nord, provenant d'avions, de missiles ou d'astronefs. Le Norad réagit à toute activité aérienne inconnue, indésirable ou non autorisée, qui approche et opère à l’intérieur de l'espace aérien déterminé par sa mission. Les événements du 11 septembre 2001 ont démontré le bien-fondé du Norad pour la sécurité de l’Amérique du Nord afin de fournir aux autorités civiles une puissante capacité d'intervention militaire pour contrer les menaces de l’espace aérien, dans le cas où toutes autres mesures échoueraient.


            Ainsi un radar américain de haute technologie avait été installé en 2008 au sommet de la montagne Har Keren, pour suivre le décollage de tout avion ou de missile sur 1.500 km, en donnant à Israël entre 60 et 70 précieuses secondes supplémentaires pour réagir si l'Iran tirait un missileIsraël possèdait son propre système de radar braqué sur l'Iran, mais sa portée était beaucoup plus courte. 

Barak-Eshkénazi

            Cette installation avait été décidée par le ministre de la défense de l’époque, Ehud Barak, qui avait autorisé le déploiement en Israël du radar après approbation de son chef d’État-major, Gabi Eshkénazi, mais sans consultation des autorités politiques. Il y avait eu du tirage à l’époque au sein de Tsahal qui se réjouissait certes de l’amélioration de la protection contre l’Iran mais qui craignait de dévoiler aux Américains certains secrets militaires israéliens. En effet, les Américains ne se contentaient pas de viser l’Iran mais de suivre de près tout mouvement israélien dans le ciel, «même celui d’une abeille», selon la remarque d’un haut gradé. Il n’y a aucun doute que les Etats-Unis sont des alliés mais Israël ne voulait pas partager certains secrets d’aviation. Selon le même gradé : «Maintenant, nous sommes tous nus devant l'Amérique».
Base US au Néguev

            Mais l’inquiétude israélienne provenait du fait que Tsahal n’avait pas accès direct à toutes les données recueillies par le radar. Les Américains ne fournissaient que des renseignements de seconde main touchant directement Israël, sauf si le radar interceptait une attaque directe et immédiate contre Israël. La discrétion sur cette installation américaine résultait des craintes vis-à-vis de Moscou puisque le système permettait aux États-Unis de surveiller les avions dans le ciel du sud de la Russie.  Israël ne voulait pas se trouver dans la position de la Pologne et de la République tchèque qui avaient été rajoutés à la liste des cibles russes lorsque des systèmes de radars anti-missiles et d’interception avaient été installés.
Robert Gates

            Ehud Barak avait tenté d’éviter cette installation en demandant au secrétaire d’État de l’époque, Robert Gates, d’installer le système en Turquie ou en Jordanie. Mais ces deux pays avaient refusé. Israël tenait à bien garder le secret car les Russes étaient déjà en rogne après avoir découvert des conseillers militaires israéliens en Géorgie au moment de la guerre en Ossétie du Sud. Israël craignait que le déploiement du radar en Israël incite encore plus Moscou à fournir à l'Iran et à la Syrie ses batteries missiles anti-avions S-300.
S-300 russes

            Le radar à bande X top-secret était géré par près de 120 techniciens et gardes américains de sécurité dans le Néguev avec une certaine réticence de la part d'Israël qui prétendait qu'il s'agissait de civils plutôt que de militaires. En effet, les responsables des forces aériennes et les stratèges israéliens étaient perturbés par le fait que le ministre de la Défense Ehud Barak n'ait pas procédé à une estimation de l’impact possible du radar sur les opérations militaires israéliennes, avant de l'approuver. Les experts de la défense israélienne craignaient à l'époque que les ondes du radar à bande X gênent l'exactitude du nouveau missile antichar Gil également testé dans le Néguev. Mais l’Administration Bush était prête à tout pour empêcher les Israéliens d’attaquer l’Iran.

            Aujourd’hui la Russie est très impliquée au Proche-Orient et des armes de haute technologie ont été fournies à l’Iran. Israël n’a plus de raison de se cacher derrière le secret militaire. Les cartes sont sur la table. Tzvika Haimovich, chef de la défense aérienne israélienne, et le général de division John Gronski, commandant adjoint de la Garde nationale, ont donc inauguré officiellement la première base militaire américaine en Israël, située au sein de l'École de défense aérienne des forces aériennes, à Bislach près de Mitzpe Ramon. Des dizaines de soldats américains seront stationnés en permanence en Israël dans le cadre d'un groupe de travail. Selon le général Tzvika Haimovich : «Nous avons établi, pour la première fois dans l'État d'Israël, une installation militaire américaine permanente sous le drapeau américain».
            Une équipe commune permettra d’améliorer la détection, l'interception et le déploiement en défense aérienne, tout en renforçant la coopération. La base américaine sera une zone militaire des États-Unis mais elle fonctionnera selon les lignes directrices et les règlements de Tsahal. Mais le Pentagone est très attaché à la sémantique. Il refuse la terminologie «base américaine» pour lui préférer «installation militaire permanente». Le général Tzvika Haimovich maintient sa terminologie : «Nous avons inauguré, avec nos partenaires de l’armée des Etats-Unis, une base américaine, pour la première fois en Israël. Un drapeau américain flottera en permanence au-dessus d’une base de l’armée américaine établie à l’intérieur d’une de nos bases».
            Selon les informations, cette «base» accueillera en permanence au moins 40 militaires de l’US European Command (US Eucom), chargés d’exploiter un radar X-Band qui permet de donner l’alerte en cas d’une attaque de missiles balistiques de moyenne et longue portée. Cette base entre dans la stratégie de défense de Donald Trump pour contrer la menace nucléaire iranienne.  
           Il semble bien que les Américains veuillent rassurer leur allié israélien pour lui confirmer qu’ils se tiennent à ses côtés face à l’Iran. Ils veulent surtout le dissuader d’agir seul contre la république des mollahs en partageant les secrets. La question reste de savoir si Israël sera patient alors que l'Iran se montre agressif non seulement chez lui, mais aussi aux frontières nord du Golan. Mais il est certain que cette base américaine consolidera la sécurité d'Israël et surtout les relations militaires avec les Etats-Unis. Elle permettra à Tsahal de concentrer ses efforts au nord du pays, face à un Hezbollah entreprenant. 


2 commentaires:

  1. Cela ne peut être que du "bénéf" pour ISRAEL, et c'est tant mieux, surtout avec une présence russe quelque peu encombrante, gênante et pourquoi pas, avec une certaine dose d'hostilité !!!

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  2. Pour ma part, je considère que la situation militaire et géographique dans la région avec d'une part la Russie qui s'y implante comme jamais au par avant, offrant des armes très sophistiqués à ceux qui n'aspirent qu'à détruire Israël. D'autre part la menace iranienne qui atteint un niveau sans précédent à partir de son propre-sol, tout comme à partir du sud Liban grâce à la nébuleuse terroriste Hezbollah qui n'est rien d'autre que le bras armé de l'Iran. Justifient une telle décision de la part d'Israël.
    État environné que d'ennemis déclarés ou pénitentiels.

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