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jeudi 4 septembre 2014

L’ÉTAT ISLAMIQUE : LA VÉRITABLE MENACE



L’ÉTAT ISLAMIQUE : LA VÉRITABLE MENACE

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

            

     Le monde a toujours connu des poussées extrémistes et islamistes, en son temps Al-Qaeda par exemple, qu’il a plus ou moins enrayées mais jamais une organisation terroriste n’a été aussi puissante que l’État islamique. La question qui se pose est la source de cette puissance qui pousse  à une recomposition du paysage du Moyen-Orient avec, comme corollaire, une évolution forcée des alliances.


Méthodes de Mahomet

            La réussite de l’État islamique n’est pas étonnante dans le contexte actuel. Elle s’explique d’une certaine manière parce qu’il est le seul à se présenter ouvertement comme le défenseur de l’islam sunnite, en Irak en particulier. Il s’est inspiré des méthodes guerrières de Mahomet qui a tout islamisé sur son passage lorsqu’il avait donné l’ordre de combattre les mécréants jusqu'à ce qu'ils aient été soit tués, soit convertis à l'islam, soit dans un état d'asservissement permanent sous la domination musulmane. 

        Mahomet n’avait pas accepté que des gens d'une autre confession vivent leur foi de façon indépendante de l'autorité islamique. Le Coran (9 :29) avait institué la règle immuable dans ce domaine : «Combattez ceux qui ne croient ni en Dieu ni au Jour dernier, ceux qui ne s’interdisent pas ce que Dieu et Son Prophète ont déclaré interdit, ceux qui, parmi les gens d’Écriture, ne pratiquent pas la vraie religion. Combattez-les jusqu’à ce qu’ils versent directement la capitation en toute humilité !». Dans le verset 9:5 le Coran complète les instructions : «À l’expiration des mois sacrés, tuez les polythéistes partout où vous les trouverez ! Capturez-les ! Assiégez-les ! Dressez-leur des embuscades ! S’ils se repentent, s’ils accomplissent la salât, s’ils s’acquittent de la zakât, laissez-les en paix, ils deviendront vos frères en religion».
Genghis Khan

            L’État islamique n’a donc rien inventé des méthodes violentes, cruelles et sanguinaires pour terroriser ses opposants. Il s’est aussi inspiré de l’exemple de Genghis Khan, le chef mongol, qui a tué beaucoup de ses compatriotes avant de tuer des millions de personnes dans le cadre de sa politique basée sur «le choc et la terreur». Mais cette organisation terroriste a trouvé un terrain favorable, un terreau qui lui a permis de prospérer dans la plupart des pays musulmans où elle a infiltré les populations. Elle a profité de l’échec des révolutions arabes qui n’ont pas réussi à instaurer la démocratie et la justice sociale ni à rétablir la fierté d’un monde arabe en décomposition.  Au lieu d’offrir la gloire à des populations déçues, des dictatures se sont substituées à d’autres dictatures avec la complicité passive de l’Occident qui a voulu se protéger en faisant capoter ces révolutions.

Puissance financière

Un vide s’est ainsi créé qui a été vite comblé par des organisations islamiques extrémistes à l’image aussi du Front Al-Nostra. À Saddam Hussein et au colonel Kadhafi, qui tenaient bien leurs troupes par la violence, a succédé l’État islamique qui s’est attaqué aux pays faibles en contrôlant le quart de l’Irak et le tiers de la Syrie. Il a appliqué le principe du bâton et de la carotte. Ceux qui ont enduré des années de chaos sanglant, de corruption et de répression ont accepté de les suivre en gagnant au change puisqu’ils ont bénéficié d’aides sociales auxquelles ils n’auraient jamais rêvé.
Camp d'entrainement

            La violence exercée par l’État islamique lui a permis d’assurer ses «frais de fonctionnement» de manière autonome puisqu’il s’est servi en armes auprès de l’armée irakienne qui a tout abandonné sans combattre et auprès de l’Armée syrienne libre qui disposait de matériels de pointe fournis par les Américains. Le butin pris sur l'armée irakienne après ses victoires dans les provinces de Ninive et Saladin ont quitté l'Irak pour entrer en Syrie. Il a pillé les banques des villes qui se soumettaient. Ce succès le faisait prospérer parmi une jeunesse musulmane frustrée d’avoir été mise à l’écart par des dictateurs sans vergogne. L’État islamique n’a eu que l’embarras du choix pour recruter plus de 50.000 jeunes musulmans, gonflés par les victoires d’une organisation qui redorait le blason de peuples musulmans qui ont vécu le dos courbé.
Mufti d'Arabie saoudite

            Les pays arabes ont mis beaucoup de temps à réagir, bercés par les promesses des Occidentaux qui défendaient en priorité leurs intérêts. Parce que le danger était aux portes de l’Arabie saoudite, son grand mufti, Cheikh Abdel Aziz Al-Cheikh, s’est trouvé contraint de tirer, tardivement certes, la sonnette d’alarme : «l’extrémisme et les idéologies des groupes comme l’État islamique et Al-Qaïda constituent l’ennemi numéro un de l’islam. Ces groupes extrémistes n’ont pas leur place dans l’islam». Il a été jusqu’à inciter ses ouailles à commettre des meurtres car «il est permis d’un point de vue de l’islam de tuer les membres d’Al-Qaïda et de l’État islamique parce qu’ils sont un prolongement des Kharijites, la secte hérétique du temps des débuts de l’Islam».

Passivité occidentale


Volontaires irakiens pour combattre l'Etat islamique

            Les Occidentaux peuvent difficilement vaincre une organisation qui possède une telle foi  dans sa victoire. Les États-Unis combattent Al-Qaeda, en vain, depuis vingt ans alors que es militants étaient autrement moins structurés que la nouvelle lèpre islamiste. Les pays arabes sont tétanisés par le nouveau danger qui se répand dans leurs structures. Ainsi selon un récent sondage, 92% des jeunes Saoudiens soutiennent l’État islamique, son idéologie et ses actions. La menace a grandi car des annexes de cette organisation ont été créées avec succès à travers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, et même en Cisjordanie où l’Autorité palestinienne est ébranlée.
Djihadiste tué en Cisjordanie

Alors des alliances bizarres se créent face au danger. Des pays autrefois rivaux se liguent. L’Iran chiite qui voit ses plate bandes piétinées, l’Arabie saoudite qui a généré le monstre, l’Irak et la Syrie se retrouvent dans une nouvelle alliance hétéroclite. Ce développement sans précédent ne permet pas d’entrevoir plus de succès que les efforts fournis précédemment par les pays arabes dans leur lutte contre le terrorisme d’Al-Qaïda. Ces alliances contre nature pourraient difficilement durer car elles n’ont pas de bases solides. On se souvient que les groupes islamiques djihadistes s’étaient alliés avec les Occidentaux pour bouter les Soviétiques hors de l’Afghanistan puis se sont retournés contre leurs alliés. On se souvient qu’en Libye, les rebelles ont combattu Kadhafi avec l’aide des avions de l’OTAN mais ont été ensuite bombardés de la même manière.
La nouveauté du danger de l’État islamique réside dans sa propagation rapide avec une menace réelle pour l’Europe et les États-Unis qui se croient à l’abri. Le sang qui coule dans les assassinats d’Européens est une mise en garde contre les pays occidentaux qui cherchent à s’opposer à eux. Ils prônent la liberté d'action de la part de ceux qui les gênent.
La stratégie de l’État islamique est d’abord de gangrener les terres arabes en éliminant les dirigeants actuels. L’Irak et la Syrie dans un premier temps, puis le Liban et la Jordanie ensuite. C’est la raison des combats féroces qui opposent les terroristes à l’armée régulière syrienne au Golan, à la frontière israélienne. 
Frontière de Kuneitra

Mais les terroristes sont conscients qu’ils ne peuvent pas ouvrir un front risqué contre Israël car c’est un adversaire de taille. Ils ont d'autres priorités qui laissent un peu de répit aux Israéliens. Ni la Syrie et ni l’État islamique n’ont intérêt à envenimer une situation déjà compliquée. Pas un seul coup de feu n’a été tiré depuis 1973 à travers cette frontière et il est probable, sinon certain, qu’il en sera de même dans l’avenir proche. Certes des balles perdues, sans une réelle volonté de le toucher, ont atteint Israël qui, conscient de la réalité des faits, restera en dehors du conflit. 

Israël observera les combats sans y prendre part car il n’est pas encore une cible désignée. Il ne veut pas être le gendarme du Proche-Orient car il appartient aux Occidentaux d’éradiquer rapidement un fléau s’ils ne veulent pas qu’il se répande chez eux. L’État islamique a fort affaire dans les pays arabes affaiblis pour se mesurer à un adversaire israélien déterminé, qui a préféré régler rapidement le conflit avec Gaza pour se consacrer à la défense de sa frontière nord. Le seul casus belli qui sortira Israël hors de sa neutralité serait la mise en danger du régime de Jordanie car alors le flanc ouest du pays serait fragilisé. Les djihadistes ont mesuré ce risque. 

4 commentaires:

  1. Gérard Des BASTIDESE3 septembre 2014 à 10:40

    Pour qui ? D'abord pour tous ceux qui l'ont sponsorisé....Qatar, Arabie saoudite , Iran, Turquie....
    les chiens finiront par mordre la main qui les a nourris.

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  2. Gengis Khan, lui au moins, ne massacrait pas au nom de la religion.
    Il était animiste et son peuple pratiquait toutes sortes de religions, bouddhisme, christianisme nestorien (persécutés par les catholiques et accueillis en Asie) etc.
    On est en droit de s’interroger sur le rôle des monothéismes dans les massacres au nom de la religion : juifs de l’antiquité, chrétiens et bien sûr musulmans.
    Gengis Khan fut aussi un défenseur des droits des femmes (bien en avance sur son temps) : interdiction du kidnapping, interdiction de vendre des femmes à des époux, tous les enfants nés d’une femme ou d’une concubine devaient être reconnus comme héritiers légitimes (seulement sous la révolution en France), possibilité pour les femmes d’être militaire.

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  3. Cher monsieur Benillouche,

    Vous avez tout à fait raison, la véritable menace que l'Occident va avoir à subir est bien celle de l'EI, sauf que pour nos amis américains, il ne semble constituer de véritable menace que lorsqu'on leur décapite un journaliste.
    Le reste du temps ce qu'ils considèrent comme leur véritable menace c'est la Russie de Poutine qui a l'outrecuidance de vouloir les empêcher de faire cette Europe américaine "censée s'étendre du Potomac au Don tranquille".
    Barroso, au moment de quitter ses fonctions, n'a-t-il pas brandi la menace d'un"point de non retour", au cas où la "crise ukrainienne se prolongerait ?

    Très cordialement.

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  4. Ces Islamistes font exactement la contradiction de la fâtiha, qui dit "bismi llah errahmân errahîm ! Au nom de Dieu clément et miséricordieux !

    Si ces gens pensent que Dieu est miséricordieux et clément, c'est que rien n'a de sens. La nihilitude et contradiction profonde de tous les fascismes et nazismes, c'est de prôner tout et son contraire pour anéantir toute logique morale et éthique. La bravoure, c'est de tuer des civils sans défense ! Nous sommes une race supérieure, donc nous éliminons tous ceux qui nous sont inférieurs pour être finalement supérieurs à rien et à personne.

    La violence de la phrase fondatrice "Viva la Muerte" est au fond de cette perversion.

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