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jeudi 18 août 2022

Primaires du Likoud, victoire à la Pyrrhus de Netanyahou


PRIMAIRES DU LIKOUD, VICTOIRE À LA PYRRHUS DE NETANYAHOU


Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright ©  Temps et Contretemps

Les anciens inconditionnels du Likoud

        La victoire à la Pyrrhus est une victoire obtenue au prix de pertes si lourdes pour Netanyahou qu'elle équivaut quasiment à une défaite. Netanyahou a largement gagné les primaires du Likoud car les militants l’ont suivi dans le choix de ses candidats à la Knesset. Le vote était libre certes, mais le poids du leader était imposant en dictant ses choix. Les militants ont suivi ses directives avec une discipline qui ne cesse d’étonner. Les nouveaux fidèles parmi les fidèles ont été placés en tête de liste, au détriment des anciens qui n’ont pas démérité. Ceux qui avaient émis des critiques, ou avaient montré une volonté anticipée de changer de leader, ont été déplacés sur ordre et relégués en bas de liste quand ils n’étaient pas tout simplement écartés de toute candidature.



Katz et Edelstein


Yuli Edelstein et Israël Katz, qui ont montré trop d’empressement à devenir calife à la place du calife, sont certes en position éligible mais humiliés par la place qu’ils ont obtenue dans la liste. Deuxième en 2021 et ancien président de la Knesset, Yuri Edelstein a été rétrogradé à la 18ème place pour avoir fait acte de candidature à la direction du parti. À la suite des primaires, il avait été tellement aigri qu’il avait envisagé de démissionner.

Gila Gamliel se retrouve rétrogradée de la 8ème place à la trentième. Elle avait désobéi à Netanyahou en soumettant au vote son projet de loi qui visait à faire payer les consommateurs israéliens pour les sacs en plastique dans tous les magasins du pays. Il s’était emporté contre elle lorsqu’elle avait refusé de faire marche arrière. Le Likoud avait voté contre pour suivre les factions orthodoxes alliées. On ne s’oppose pas au leader impunément.

Guilad Sharon, le fils d’Ariel Sharon, placé en 48e position n’a aucune chance d’entrer à la Knesset. Netanyahou n’a jamais pardonné à son père de l’avoir humilié lors des élections du 28 mars 2006 où il n’avait obtenu que 12 sièges. De même pour Moshé Feiglin qui faisait son retour au Likoud et qui a été placé 54ème. Orly Lévy Abecassis, qui a fait le tour du cadran politique, se retrouve à la 50ème donc elle est pratiquement exclue de la Knesset. Tzahi Hanegbi, 46ème, paie sa froideur vis-à-vis du leader du Likoud. Il n’a jamais été un fervent bibiste car il est le symbole de la génération précédente du Likoud, avec des liens familiaux profondément enracinés dans le sionisme révisionniste de Ze'ev Jabotinsky et de l'ancien Premier ministre Menahem Begin.

David Bitan


David Bitan, un inconditionnel du leader du parti, n’a pas apprécié sur le principe que Netanyahou le rétrograde de la 14ème place à la 17ème pour attribuer sa place à un méritant. Il a donc décidé de se démettre de toutes ses fonctions internes au parti par déception, lui qui a été de tous les combats souvent perdus d’avance. Pour se justifier, les responsables du Likoud ont accusé David Bitan et Israël Katz d'avoir tenté de former une faction d’opposition au sein du Likoud avant les primaires du parti. Quant à la passionaria Miri Regev, elle est passée de la 4ème à la 9ème place.

Ces élections ont créé des déceptions et des aigreurs qui pourraient se retourner contre le Likoud. L’humiliation que certains ont subie pourraient entraîner des conséquences dans le futur, dans le cadre d’une vengeance froide. Après réflexion, Yuli Edelstein, qui pensait démissionner du parti, a estimé qu’il avait un autre moyen de se venger. Ses amis, aussi déçus que lui, ont envisagé un scénario de rupture. En effet, si Netanyahou ne parvient pas au terme des élections à constituer sa coalition majoritaire, alors ils offriront leurs services à leur ancien ami Gideon Saar pour consolider une coalition d’opposition. C’est le risque accepté par Netanyahou en cherchant à éliminer ses concurrents. Sa victoire risque d’être une victoire à la Pyrrhus.

En voulant trop verrouiller le Likoud, il a suscité des animosités en son sein parmi les anciens fidèles inconditionnels qui risquent d’exprimer leur opposition dans des votes à la Knesset. Les électeurs du Likoud ont récompensé, sur ordre, la loyauté envers le chef du parti mais les femmes ont été les perdantes du scrutin, exit Tsipi Hotovelly, Sharen Haskel, Katy Starit, Nourit Koren, et Anat Berko, et d'autres. Eti Atiya, qui était soutenue par Haïm Katz, n’a réussi qu’à obtenir la 35ème place. Elles pourraient subir la tentation de l’opposition car le Likoud est devenu un parti de machos.

Eizenkot reprend du service


Les primaires du Likoud ont été un triomphe pour les politiciens qui ont fait preuve de loyauté envers le chef du parti Benjamin Netanyahu et un effondrement pour ceux qui ont défié le leadership de Netanyahou. Pourtant il n’avait pas intérêt de faiblir au moment où ses adversaires se consolident avec l’arrivée de Gadi Eizenkot et de Matan Kahana chez Kahol Lavan.  Avec son expérience, Benny Gantz peut à présent parler d’égal à égal avec Netanyahou même si le pays s’est radicalisé à droite, la mauvaise droite, non pas nationaliste, mais la droite hargneuse, raciste et intransigeante qui, avec quelques députés, va maintenant dicter sa loi. Les faiseurs de roi sont à présent Itamar ben Gvir et Bezalel Smotrich aidés des anachroniques religieux orthodoxes. Il sera difficile à Netanyahou de réaliser son programme politique en étant l’otage de ces groupuscules extrémistes.

Les stratèges du Likoud, et Netanyahou en tête, ont tendu un piège dans lequel tous les naïfs risquent de mordre. Ils affirment, la main sur le cœur, que les «gauchistes» Lapid et Gantz sont des incapables, des dirigeants dangereux pour l’avenir sécuritaire du pays. Pr ces méthodes, le Likoud semble ramené à un parti de seconde division aux ordres de quelques illuminés qui profitent de la situation. Les élections n’ont rien résolu car le doute sur l’avenir subsiste et la rupture entre les deux Israël est plus que jamais d’actualité. La scission entre ceux d’en haut et ceux d’en bas s’accentue. Mais le paradoxe inexplicable reste que la classe moyenne ainsi que les «pauvres» ont voté Likoud. On ne comprend pas que les défavorisés, qui subissent le contrecoup de la politique ultra libérale du gouvernement, en redemandent dans une sorte de complexe masochiste. Les associations de bienfaisance ont un grand avenir devant elles. On a tendance à croire que les Juifs qui votent pour les partis orthodoxes, prônent de rester pauvres selon leur modèle social, en espérant qu’un jour Dieu y pourvoira.



Ainsi, les villes qui hébergent le plus de défavorisés voteront Netanyahou. Ashdod à 40%, Ashkelon à 43%, Beersheva à 43% et Sdérot à 44% alors que cette ville a été en première ligne pour recevoir les missiles de Gaza. Il est vrai que depuis que Menahem Begin est arrivé au pouvoir en 1977, les familles orientales ont misé systématiquement sur le Likoud qui leur a donné le sentiment d’exister, même s’ils continuent à attendre une amélioration de leur sort économique et même si les 10% de privilégiés du hightech profitent de la rente de situation. 

La campagne électorale va commencer mais comme d’habitude on ne votera pas pour des programmes mais pour des hommes. Le programme économique sera peu abordé et encore moins la planification des infrastructures manquantes dans beaucoup de villes. Bref la victoire aux primaires de Netanyahou est plus que jamais semée d’embûches. Elle nécessitera encore et toujours ses talents d’illusionniste. Mais pour lui, le danger viendra surtout de ses amis et moins de ses adversaires. 

6 commentaires:

Georges Kabi a dit…

Bibi retrouvera sa place de Premier Ministre. Son opposition est tellement morcelee, tellement basee sur des egos hyper-dimensionnes, alors que Bibi n'a qu'un seul objectif: se faire innocenter.
Les pauvres (90% d'entre eux originaires d'Afrique du Nord votent pour la droite parce qu'ils ne veulent pas etre assimiler aux Arabes. Or la majorite politique les considere depuis toujours comme tels. Pour les calmer on deverse des milliards qui viennent directement dans les poches de leurs dirigeants vereux.
Eh oui, Jacques, Bibi reviendra aux affaires pour se debarasser de ses casseroes et monrer au monde qu'il est un grand Homme d'Etat. Il renouvelera avec Poutine, deviendra Democrate americain et apprendra quelques mots de chinois. Et puis, cela n'est pas meme necessaire. Ce qui est fondamental chez lui c'est d;etre lave de toute accusation.

bliahphilippe a dit…

"Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m'en charge...
Voilà qui pourrait résumer cet article riche en informations pour le public francophone aux méandres égotiques de la politique israélienne.
Il est quand meme dommage que sous couvert de faits paraissant évidents quant à la reprise en main ou plutot le verrouillage de Natanyahou sur le parti Likoud qualifié de "droite nationaliste"(la gentille acceptable) l'auteur laisse transpirer ses sentiments trés personnels, trés subjectifs et rageurs  sur l'autre droite taxée de "hargneuse, raciste et intransigeante"(sic).
On se croirait sur un plateau de France Inter ou BFM TV lors d'une interview pour ne pas dire interrogatoire dressé par un procureur bien pensant contre Eric Zemmour.
Que cela plaise ou non cette droite a sa logique qui sur le principe est plus respectueuse envers Israël que celle des partis d'extrême gauche et de gauche  dont certains de ses militants au pouvoir qualifient l'armée Israélienne de "nazie" et d'"occupante" et d'autres tournant le dos obstinément à l'écoute l'hymne national israelien...Il n'a pas encore été parlé de la situation grave dans laquelle se trouve le pays pourtant si petit en voie de perdre des pans entiers de territoires dans le Néguev, en Galilée , à Jérusalem et dans les villes où règnent la coexistence "heureuse" comme Lod ou Akko se traduisant par des quasi pogromes sur la population juive qui n'en peut plus, coincée sans pouvoir partir en raison de sa pauvreté. Les "territoires perdus" ca ne rappelle rien? A ceci s'ajoutent les attentats au quotidien, plus de 2500(!!)ayant été répertoriés sur une période de seulement 6 mois.
La réaction d'extrême drouate" n'est pas plus honteuse que celle des français et autres européens qui refusent dans les sondages en tous cas une situation non résolue par l'immobilisme et le politiquement correct sous l'empire de la lâcheté et de la peur d'oser la vérité qui tue  alors que la liste des civils assassinés ne cesse de s'allonger.
Ici n'est pas le sujet d'expliciter ce que souhaite l'extrême droite honnie"-il faudra y revenir mais il faut cesser de faire croire que les autres partis ont des solutions viables et satisfaisantes pour les juifs et pour les palestiniens.
La gauche israélienne se partage entre les adeptes d'un État de tous les citoyens, chemin pour le tombeau des juifs  et celle qui par racisme non avoué mais les arabes lucides l'ont parfaitement détecté, savoir se débarrasser d'eux par une frontière de séparation ce dont ils ne veulent pas sauf si par étapes rien n'est réglé pour poursuivre la lutte contre Israel.La droite classique 'gentille " procrastine en faisant durer l'immobilisme quitte à capituler pour éviter à tout prix-comme en France- des émeutes généralisées auxquelles elle ne veut ou ne peut faire face . Quant à la "méchante" extrême droite ,la place manque ici, donnant pour plus tard l'occasion de s'en expliquer plus largement si l'auteur le permet...

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@ Bliah
1. Le parti Kach du rabbin Kahana dont se réclame Itamar Ben Gvir a été interdit en Israël pour ses tendances racistes. Je n'ai rien inventé.
2. Je ne suis militant d'aucun parti et encore moins du parti travailliste ou de Meretz qui ont évolué dans un sens qui n'est pas conforme à mes convictions. Vous pouvez donc critiquer la gauche israélienne sans modération.
3. Depuis longtemps je ne m'associe pas à ce qui se passe en France dont la politique me rend perplexe. J'ai déjà du mal à comprendre celle d'Israël !
4. Je n'ai jamais censuré personne sauf ceux qui insultent les chroniqueurs. La courtoisie est de rigueur chez nous. Donc "l'auteur vous permet" tout. Notre site est à votre disposition.

Yaïr Biran a dit…

La haine des gens de la Droite dure pour ceux qui ne pensent pas ou ne font pas comme eux - par exemple sur la plan de la corruption et de la vénalité - est incommensurable. Pour eux, le centre et la gauche sont assimilés à Satan ou pis que cela - un langage qui vient tout droit de l'Iran et des pires Salafistes. Langage mortifère et mensonger s'il en est. Ce sont la Gauche et le Centre qui ont fondé ce pays et l'ont dirigé pendant 29 ans - en commettant des erreurs, parfois grandes c'est vrai. Mais ils n'ont pas démérité, en gagnant la Guerre d'Indépendancs, l'Opération du Sinaï (1956), la Guerre de Six Jours et même la calamiteuse Guerre de Kippour. La Droite s'est éloigné de son passé "étatique" des temps de Menahem Begin, elle a éjecté aujourd'hui son fils Béni Begin, derniers des Mohicans de la période où l'Honneur à la manière de Jabotinski avait encore de la valeur.

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

N’est-il pas temps d’essayer d’élever le débat ? C’est ce que je me suis dit quand je tombé sur cet article :

https://www.causeur.fr/israel-la-propagande-et-la-democratie-victimisation-239896/

Très cordialement à vous ainsi qu’à Monsieur Bliah.

bliahphilippe a dit…

C'est toujours avec sympathie que je lis les interventions de Mme Arnaud à qui je transmets mes salutations.
Pour répondre à Mr Benillouche, sur le plan des idées,-en a t il jamais été autrement?- il est bien clair que ma vive réaction concernant le parti de Mr Ben Gvir se manifeste en relation de l'accusation de "racisme" tant galvaudée de la part de ceux qui le plus souvent sont eux mêmes racistes,  en vue d'étouffer une opinion qu'on pourrait discuter, ce qui n'est plus possible aujourd'hui, les vrais démocrates n'étant pas toujours ceux qui le proclament. Et encore moins ceux qui se servent de la démocratie pour la réduire à néant une fois parvenus au pouvoir.
Geert Wilders, Eric Zemmour par exemple ont été et sont toujours accusés de "racisme". Leurs adversaires ne le sont jamais eux!! Ben Gvir pense la même chose que ceux sus évoqués dans un environnement encore plus dangereux concernant le seul pays que ses ennemis de l'intérieur et de l'extérieur voudraient faire disparaître!
 Discuter leur point de vue dans le cadre de la liberté d'expression vaut mieux que les interdire. En réalité, le pouvoir et les médias ont peur des vérités qui les dérangent. Rappelons le "deux poids de mesure" concernant la député arabe Zoabi ainsi que son collègue Bischara qui à des périodes différentes ont soutenu directement le terrorisme en paroles et en actes, qui ont trahi le pays qu'ils représentaient et n'ont scandaleusement ni l'un ni l'autre fait l'objet d'une interdiction de la part de la Cour Supreme "au nom de la liberté d'expression".Une notion qui chez eux relève d'une idéologie (la religion n'y étant pas etrangére pour parler par euphémisme) n'ayant d'autre but que d'annihiler le pays qui les a nourri .(Et à partir de là en expulser les Juifs).Le racisme inique ne fonctionne qu'à sens unique...
Par ailleurs, il ne s'agit pas de s'associer à ce qui se passe en France mais de constater une relation de cause à effet du phénomène d'accusation de "racisme" suscitant des réactions de protection  légitimes de sa population  pour les uns et excessives ou illégitimes pour les autres. Le terme de "raciste" a perdu de sa valeur car ramené au niveau de basse politique dans laquelle il ne faut pas tomber. Rendons donc hommage à Mme Arnaud qui souhaite élever le débat.
Enfin comment imaginer ès qualité d'excellent journaliste que vous êtes que vous censureriez des opinions différentes des vôtres-y compris la mienne certes sulfureuse au regard du politiquement correct-, au surplus dans le cadre d'une courtoisie de rigueur reconnue chez vous.
Chevaleresquement votre.