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mardi 2 août 2022

Israël et Iran : vers une nouvelle perspective ? par José GARSON


ISRAËL ET IRAN : VERS UNE NOUVELLE PERSPECTIVE ?

 

Par José GARSON

 

Site d'enrichissement en Iran

Israël va devoir réviser sa stratégie vis-à-vis de l’Iran car il est maintenant clair qu’une attaque sur ce pays lui est devenue quasiment impossible. Israël devra de ce fait se construire une nouvelle position internationale, plus souple que la présente, pour éviter de perdre toute crédibilité si, d’aventure, l’Iran devenait malgré tout puissance nucléaire.

Une attaque impossible

Nous savons que le succès d’une offensive militaire n’est plus mesuré aujourd’hui en termes d’habileté stratégique mais plutôt en termes d’espace de temps dont peut disposer l’attaquant pour rendre sa victoire décisive une fois l’attaque lancée. De fait, depuis 1945, un appareil international (ONU, Conseil de Sécurité, etc....) soutenu par les médias, se met en place immédiatement, dès qu’un conflit éclate, pour tenter de tout arrêter sur le terrain, au nom de la paix, de la prééminence de la négociation, etc.... Israël l’a vu en 1973, quand les États-Unis voulurent forcer l’arrêt des combats : n’eut été la percée de Sharon en Égypte au dernier moment, Israël aurait été privée de sa victoire.


Le colonel Sayad Khodai a été tué devant son domicile en mai.


Aujourd’hui encore, Israël aurait besoin d’un espace de temps s’il attaque l’Iran. Mais il ne l’aura pas : l’Iran dispose maintenant d’une immense chaine d’amis politiques pour l’aider à réduire rapidement, par les moyens diplomatiques, cet espace-temps, et contraindre Israël à stopper net toute attaque. En fait, pendant qu’Israël s’occupait à organiser des élections et mener des campagnes électorales, l’Iran travaillait avec acharnement à renforcer son positionnement géopolitique international. Le résultat est là. Un grand accord de long terme avec la Chine fut signé il y a quelques mois. Aujourd’hui, c’est la Russie au travers de Gazprom qui investit plus de 40 milliards de dollars dans le pays. La candidature de l’Iran au club des BRICS avance, soutenue ardemment par deux parrains : Chine et Russie. La Turquie, mêlée aux discussions avec l’Iran, ne reste pas loin, et l’Arabie Saoudite attend son tour. L’Iran s’est rendu intouchable.

Réunion BRICS


Pour Israël, en cas d’attaque, il ne s’agirait donc plus seulement de se battre contre un pays, l’Iran, mais aussi contre l’ensemble de l’ordre mondial mobilisé par ce pays. Une impossibilité évidente. C’est pourquoi les déclarations martiales des hommes politiques israéliens (et du chef de Tsahal) sonnent ridiculement creuses. Faute de politique étrangère (et de stabilité politique), Israël n’a mobilisé personne sur la scène internationale ; sa position n’a pas cessé de se dégrader et il n’est désormais plus crédible sur le long terme. Avec, comme seule «amie» une Amérique chancelante et rejetée par tous, Israël est clairement dans le mauvais camp : il peut certes s’enorgueillir de ses actions militaires en Syrie et des exploits de ses services secrets en Iran, mais cela reste du court terme et ne suffira pas pour sortir du filet diplomatique dans lequel on l’aura enfermé dès les premières heures d’une offensive qu’il aurait lancée.

Le danger du jour d’après

Paradoxalement, on pourrait dire que cette impossibilité d’attaquer ouvertement l’Iran ouvre de nouvelles perspectives aux relations entre les deux pays. Les stratèges d’Israël, face à cette situation nouvelle, devront imaginer d’autres objectifs finaux que celui de la destruction pure et simple, désormais impossible, de l’appareil nucléaire iranien. Ils devront imaginer comment Israël pourrait vivre avec un Iran nucléaire. Mais pour cela, il leur faudra d’abord extraire Israël de l’impasse politique dans laquelle il s’est lui-même enfermé au commencement de l’affrontement avec l’Iran.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian  rencontre Josep Borell


En effet, Israël avait commis l’erreur politique d’affirmer, et de répéter publiquement très souvent, que l’Iran «n’aura jamais la bombe» et que si cela arrivait, cela constituerait «une menace existentielle» pour lui. Cette position tranchée, pourtant, lui garantit de perdre la face si, d’une façon ou d’une autre, l’Iran obtient la bombe, ou simplement dit qu’il a obtenu la bombe. La déclaration se retournera contre Israël parce qu’il sera devenu clair aux yeux de tous qu’Israël, n’aura rien pu faire contre l’Iran malgré le danger extrême que, selon Israël même, représentait pour lui cette situation. Israël perdra sa réputation militaire sur la scène internationale.

On s’apercevra à ce moment de ce que disent certains depuis longtemps : le worst case scenario pour Israël n’est pas que l’Iran obtienne la bombe (ce que prétendaient les militaires), il est plutôt que l’Iran ait la bombe et qu’Israël, n’ayant pu rien faire contre cela, perde la face sur le plan militaire international (ce qu’auraient dû voir les diplomates).

Négocier ?

On peut dire que l’impossibilité d’attaquer pourrait ouvrir un espace où une diplomatie fine pourra s’engager pour tenter l’ouverture de négociations avec l’Iran. Ces négociations pourraient sortir Israël de ce guêpier militaire, impossibilité maintenant d’attaquer, et politique, affirmations publiques tranchées.

Nucléaire : Inde Pakistan


Après tout, États-Unis et URSS, Pakistan et Inde, étaient ennemis, ont eu chacun la bombe et ont su négocier entre eux dans un environnement nucléaire. Ce ne fut pas la fin du monde. Évidemment, une telle diplomatie ne devra pas passer par les États-Unis, c’est-à-dire par les élucubrations sans fin du JCPOA. Elle repose sur l’espoir qu’Israël prenne enfin son destin en main, cesse de sous-traiter à l’Amérique sa politique étrangère et se mette lui-même autour d’une table avec l’Iran. La complicité qui régna jadis, pendant plus de mille ans, entre les deux peuples aidera à trouver des intérêts communs. Et l’Iran, comme n’importe quel pays au monde, saura modifier certaines de ses politiques et de ses alliances quand ce qu’il trouvera en échange lui conviendra davantage. 

Pour se mettre face-à-face, Israël et Iran devront chercher un facilitateur. Ce pourrait être le pays qui peut le mieux comprendre Israël parce qu’il a eu de tout temps la même méfiance concernant l’Iran, et qui est le seul que les Iraniens craignent aujourd’hui : la Russie. Tout ceci serait cohérent avec cet immense basculement qui se passe maintenant vers l’Est, à la suite de la guerre en Ukraine. Israël s’intègrera dans cette dynamique au sein de laquelle ses voisins -Arabie Saoudite, Turquie, Égypte- commencent déjà à prendre place.

Évidemment, nous dira-t-on, on en est encore loin… Cependant, malgré un personnel politique qui continue de rêver d’Amérique pour sa carrière hors d’Israël et un gouvernement qui préfère la dénonciation de fautes éventuelles contre les droits humains au futur géopolitique de son propres pays, on peut penser qu’Israël y arrivera un jour…. Probablement, parce qu’il n’y aura pas d’autre chemin possible.  

5 commentaires:

Paul Behar a dit…

Je pense que l’auteur pèche par trop d’optimisme et de vœux pieux. L’Iran aux mains des Mollahs est viscéralement anti-Israel. Sa légitimité aux yeux des masses iraniennes et du monde musulman repose en partie sur cet axiome : refuser toute existence au régime sioniste. Il n’y aura donc tres certainement jamais de négociation avec Israël même sous l’égide de la Russie (qui soit-dit en passant, est en train de perdre tout son capital de prestige et de puissance acquis avec le conflit syrien, depuis que Poutine a montré qu’il n’est qu’un tigre de papier avec l’Ukraine). Les cartes sont certes en train d’être rebattu, mais j’ajouterai un élément que l’auteur n’évoque pas. L’Iran est plongé dans une crise économique et sociale sans précédent. Sait-t-on que le manque d’eau partout dans le pays est devenu un défi vital pour le régime. L’électricité est coupé en permanence en province. Des révoltes sont quotidiennes un peu partout. Le régime se durcit. Par conséquent, l’Iran est plongé dans une sorte de fuite en avant. Et les choses peuvent évoluer dans une situation contre-révolutionnaire. Sait-on jamais.

bliahphilippe a dit…

Intéressant de scruter des propos relevant d'une diplomatie idéaliste fondée sur un réalisme susceptible de s'adapter à toute situation proche d'un classique "déjà vou" comme disent les américains avec leur accent! L'enfer apparemment réaliste est pavé de bonnes intentions et les bonnes intentions sont à l'honneur de l'auteur maître en conférence géostratégique. ... Pour commencer rendons grâce à l'énoncé de certaines vérités qui font mal : menacer continuellement pendant plus d'une décennie d'empêcher par la guerre un pays ennemi qui veut se doter de l'arme nucléaire sans agir militairement en ce sens (ou sans en avoir les moyens, ce qui est à voir) conduit au ridicule telle l'anecdote de "Pierre et le Loup".
De plus, attendre à l'excès sans imaginer que la situation géopolitique puisse changer à son détriment comme c'est apparemment le cas aujourd'hui risque de se révéler catastrophique. Plus qu'un crime, une faute. Dont acte.
Pour le reste l'article se base sur des éléments discutables de nature à réduire une argumentation séduisante au premier abord qui part du principe incontournable que faute de choix toute négociation de nature à rapprocher des points de vue opposés ne peut qu'être utile et favorable. Tout le monde veut la paix et voudrait éviter la guerre n'est ce pas? Or on le sait les vœux pieux peuvent s'avérer au mieux inopérants et au pire dangereux. Tout d'abord la situation avec l'Iran ne rentre pas dans un cadre de "déjà vu" sauf à faire revivre les accords de Munich.
"Négocier" avec les mollahs ? Mais négocier quoi avec des rusés fanatiques religieux hitlériens qui ont juré l'extermination d'Israël au nom d'une idéologie divine ?
Encore en position de faiblesse, ceux-ci ont résisté depuis 15 ans aux terribles sanctions américaines. Pourquoi une fois en position de force appuyés par la Chine et la Russie négocieraient-ils la survie du minuscule Israël ? Et à quel prix dont Israel ferait les frais?
Les exemples de l'Inde et du Pakistan sont inadaptés ici : il s'agit de deux pays ennemis de population et de territoires gigantesques .Le nucléaire est susceptible de neutraliser raisonnablement via une ligne rouge les velléités d'invasion massives fondées sur une haine réciproque mélée de rationnalité dissuasive . Idem pour la Russie et les USA.
Mais que faire contre une irrationalité haineuse? L'Iran au-delà d'Israel a des ambitions d'empire à assouvir dans la région et sera encouragé à les mettre en œuvre contre ses voisins dès le moment où il sera en possession de l'arme nucléaire. Évacuer cette hypothèse prise en compte avant toute autre considération par Israel et les pays des "accords Abraham" serait fantaisiste tout autant que leur parler d'un "facilitateur" sans déclencher de leur part une certaine hilarité : les protagonistes arabes et perses se connaissent bien, les valeurs occidentales leur étant étrangéres.
Il ne sera nul besoin de facilitateur 1) le jour où l'Iran aura changé de régime,-encore faut il l'y aider avant qu'il ne soit trop tard- 2) le jour où Israël le dos au mur sera forcé d'agir comme pendant la guerre des six jours, 3) le jour où les USA menés par un homme fort seront en mesure de dissuader de façon crédible.
Pour reprendre l'excellente conclusion de l'auteur fragilisant son argumentaire : "on en est encore loin". Mais qui sait ? Tout peut arriver avant de laisser place à un "facilitateur",tout aussi difficile à différencier d'un bon négociateur à l'exemple du rat et du surmulot.

Henri OLTUSKI a dit…

Très ,bonne analyse .Et comme je l'ai toujours affirmé ,les ennemis ne sont pas à l'extérieur (l'Iran ) mais à l'intérieur même .Et comme disait Chirac ,notre maison brûle et on regarde ailleurs .

Georges Kabi a dit…

M.Oltuski, je ne sais trop ou vous vivez et quel est votre niveau educatif, mais votre post reflete une mentalite assez abjecte. Les seuls "ennemis" qu'Israel a a l'interieur pourraient etre decrits comme "Arabes de citonnete israelienne" et meme ceux-ci commencent a comprendre que la solution genocidaire est irrealisable, releve d'une fantaisie dangereuse pour eux.
Quant a revenir a l'Iran, qui est en fait, le sujet de cet article, personne ne sait ce que l'Iran ferait si un jour, il possedera la bombe atomique. La Coree du Nord possede cette arme et ne l'utilise pas, car son grand voisin, la Chie, ne le lui permet pas.
L'Iran, malgre son ideologie anti-israelienne a aussi des voisins puissants et la Russie n'est pas un tigre en papier. Elle prendra tout le temps voulu, mais l'Ukraine sera finalement ecrasee.

Gaston Biarel a dit…

Le fait principal est que l.Iran est au bout du rouleau et que le pouvoir finira par sauter.
L.Iran des mollah est un pays religieux chiite qui base sa stratégie sur la prédominance du chiisme. Pour lui, la terre doit être musulmane et il ne discutera pas avec des juifs. Tout comme le Hamas. Le fait qu’Israël a perdu parce qu’il a dit que…cest une interprétation au premier degré.Et tout se joue à un échelon bien supérieur. Vous pensez que les mollah survivront et basez l’analyse sur ce dogme. Perso, je ne le pense pas.