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jeudi 20 janvier 2022

Buisson, le gourou de la droite forte, rejoint Zemmour

 

BUISSON, LE GOUROU DE LA DROITE FORTE, REJOINT ZEMMOUR


Par Jacques BENILLOUCHE

copyright© Temps et Contretemps

De Villers, Zemmour et Buisson


Patrick Buisson réapparait sur la scène politique après une large pause. Il a rejoint sans surprise Éric Zemmour qui, pour l’instant, ne draine pas avec lui de grandes pointures politiques mais des has-beens de la droite extrême, à la recherche d’un nouveau départ. L’UMP, avec Nicolas Sarkozy, avait en son temps puisé ses idées dans celles de Patrick Buisson, qui avait toujours officié dans l’ombre comme conseiller à l’Élysée. Ce politicien sulfureux, maitre des sondages et expert en médias, a un passé revendiqué dans l’extrême-droite. Il est à l’origine de la droitisation du programme du candidat Sarkozy qui recherchait ouvertement les voix de Front national, après avoir pillé certains de ses thèmes porteurs.






Patrick Buisson, journaliste, avait rejoint en 1981 l'hebdomadaire d'extrême-droite «Minute», pour se spécialiser dans les articles contre les «socialo-communistes». Il en a profité pour décrire l’ascension politique de Jean-Marie Le Pen avec beaucoup d’indulgence, pour ne pas dire de lyrisme. Il a produit en 1984 avec Alain Renault, ancien secrétaire national du Front national, François Brigneau et Roland Gaucher «l’Album Le Pen» qui magnifie la personnalité et les projets du président du FN. 

François Brigneau et le Pen


François Brigneau, de son vrai nom Emmanuel Allot, journaliste, écrivain, éditeur et militant français d'extrême-droite, s’était orienté vers la Collaboration durant la Seconde Guerre mondiale et n’avait pas caché son admiration pour Robert Brasillach, fusillé pour faits de collaboration et rencontré à la prison de Fresnes. Au lendemain du débarquement allié en Normandie, il s’était engagé dans la Milice. Roland Gaucher, de son vrai nom Roland Goguillot, homme politique, journaliste et écrivain nationaliste français, avait commencé sa carrière à l'extrême gauche comme membre du groupuscule trotskyste, Fédération des étudiants révolutionnaires. Mais il devint l’un des fondateurs, en octobre 1972, du Front national.


        Patrick Buisson n’avait pas caché ses sympathies pour l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète) qui s’était opposée à l’indépendance de l’Algérie par des actions terroristes en France et en Algérie. Il ira jusqu’à rédiger avec Pascal Gauchon un ouvrage à la gloire de cette organisation. Pascal Gauchon, membre d'Ordre nouveau, s'associa en juin 1974 à la création du PFN (parti des forces nouvelles) avec François Brigneau, Jean-François Galvaire, Roland Gaucher, Jack Marchal et Alain Robert. Il devint secrétaire général du PFN, mouvement d'extrême-droite, de 1974 à 1981. Ordre nouveau était un mouvement politique français, nationaliste et d'extrême-droite, actif entre 1969 et 1973 ; habituellement classé dans le courant néofasciste, utilisant la croix celtique comme emblème.



De 1976 à 1978, Patrick Buisson a collaboré à la revue «Item» qui «se veut un instrument de réflexion pour lutter contre le terrorisme intellectuel de la gauche». La revue donne la parole aux anciens collabos, aux membres du FN et aux amis politiques de Jean-Marie Le Pen. Il développe les thèmes traditionnels de l’extrême-droite et des pétainistes : l’ordre, la morale, la tradition. Il y écrit notamment : «Le seul Ordre qui vaille et qui dure implique un retour à la valeur qui met l'inégalité au service de l'unité et à laquelle les hommes s'épurent et se mesurent. Une société saine assoit sa hiérarchie sur des inégalités fonctionnelles résultant de différences naturelles. Purifier l'ordre social par les forces qui lui sont extérieures, c'est-à-dire reconstruire une société où les rapports et les hiérarchies s'enracinent dans la nature et s'élèvent jusqu'à Dieu».

En mettant en valeur les idées d'un expert qui a flirté avec des militants et des organisations d'extrême-droite, sinon antisémites, Zemmour montre que tous les moyens sont bons pour gagner les élections présidentielles. En précisant ouvertement l’orientation droitière qu’il compte donner à son programme, il s'est distingué des dirigeants LR qui n'approuvent pas cette dérive et qui préfèrent rassembler au centre. Il veut pomper les voix de l'extrême-droite comme naguère Mitterrand avait siphonné celles du parti communiste. Ce serait une excellente stratégie pour lui, si elle réussissait, car elle éliminerait toute nuisance politique.



Toutes les méthodes sont bonnes pour attirer à Zemmour les voix de Marine le Pen, quitte à s’entourer de tous les gourous qui ont fait les beaux jours de son père. Mais il joue avec le feu car, à prôner les thèses d'extrême-droite, il risque de pousser de nombreux électeurs ou militants à choisir l'original plutôt qu'une pâle copie et à voter pour Marine Le Pen. Certains pourraient d'ailleurs le quitter pour d'autres horizons, le centre par exemple. La politique a des raisons que la raison ignore.

Et c’est avec des alliés de ce gabarit que de nombreux Juifs choisissent Zemmour comme candidat pour le seul fait qu’il veut casser de l’Arabe. C’est une bonne stratégie, mais à courte vue. Ils ne pourront pas dire qu'ils ne savaient pas.

4 commentaires:

Ingrid Israël-Anderhuber a dit…

Tout ça n'est pas beau beau. De toute façon, pour l'instant, Zemmour galère à récolter les parrainages nécessaires à sa candidature...

Danharmo a dit…

Les mots n'ont aujourd'hui plus de sens. Comme tous les commentateurs bien pensant du système, vous classez Zemmour à "l'extrême-droite". De nos jours, tous ceux qui osent exprimer un point de vue différent de la pensée dominante sont classés d'extrême droite, de populistes, de complotistes, et mieux encore de fachistes. Vous dites que Zemmour " veut casser de l’Arabe". Il semble que c'est pour vous une manière de résumer sa pensée ou son programme. Par ces mots, vous le rangez bien dans la case que vous lui avez attribuée de facho sanguinaire, de nazi.
Si vous avez des arguments sérieux à opposer aux siens concernant l’immigration, allez-y, on les lira. Mais sinon, de grâce, arrêtez ce procédé malhonnête de nazification des gens qui n’ont pas vos idées. C’est une façon de prendre vos lecteurs pour des crétins, et c’est insupportable !

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

J’avoue bien humblement que votre commentateur @Danharmo m’a tiré une belle épine du pied en exprimant mieux que je n’aurais su le faire une indignation que j’espère que nous sommes nombreux à partager ici.

Par bonheur, la prochaine élection présidentielle française ne se jouera pas en Israël mais bien en France !

Mais puisqu’après avoir longuement, à votre tour, convoqué les années 1940, vous vous permettez d’interpeller les Juifs qui seraient tenté par le vote Zemmour, j’inclinerai à penser – ce qu’on ne leur rappelle jamais – qu’il y a beaucoup de Juifs qui se souviennent encore que c’est la Chambre du Front Populaire qui a voté le pleins pouvoirs à Pétain. De même, ils doivent sans doute se souvenir aussi, que tous les Laval, Doriot et autres Déat qui se sont illustrés dans la politique collaborationniste et dans la part active qu’ils ont pris dans la déportation et l’extermination des Juifs, en France, étaient tous issus de la SFIO !

Et si vous me le permettez, puisque vous le citez, encore un petit mot sur Robert Brasillach. Quelles que soient ses graves fautes indiscutables, qu’il ne viendrait à l’idée de personne de contester, il n’en reste pas moins que le pouvoir gaulliste ne s’est pas grandi en entérinant la peine de mort, obtenue après un procès de quelques heures et une délibération de vingt minutes, alors qu’un pétition d’artistes et d’intellectuels – dont vous trouverez la liste ci-dessous – avait demandé la grâce de ce jeune écrivain de talent.

Valéry (Académie française),

François Mauriac (Académie française),

Georges Duhamel (secrétaire de l'Académie française),

Henry Bordeaux (Académie française),

Jérôme Tharaud (Académie française),

Jean Tharaud (Académie française),

Louis Madelin (Académie française),

Paul Claudel,

Émile Henriot, m’a tiré une bz

André Chevrillon (Académie française),

Louis, prince de Broglie (Académie française),

Auguste, duc de La Force (Académie française),

Georges Lecomte (Académie française ; président de la Société des gens de lettres),

Amiral Lacaze (Académie française),

Maurice, duc de Broglie (Académie française),

Patrice de La Tour du Pin,

Pierre-Henri Michel,

Jean Paulhan,

Jacques Copeau,

Thierry Maulnier,

Mgr Bressolles,

Firmin Roz (de l'Institut),

Émile Dard (de l'Institut),

M. Bouteron (de l'Institut),

Germain Martin (de l'Institut),

Émile Bréhier (de l'Institut),

Pichat (de l'Institut),

Pierre Janet (de l'Institut),

Jordan[Lequel ?],

Lalande,

Jacques Bardoux (de l'Institut),

Jacques Rueff,

Charles Rist (de l'Institut),

André Buisson (de l'Institut),

Henri Pollès,

Jean Schlumberger,

Roland Dorgelès (de l'académie Goncourt),

Mme Simone Ratel,

Jean Anouilh,

André Barsacq,

Jean-Louis Barrault (sociétaire de la Comédie-Française),

Claude Farrère,

Jean-Jacques Bernard,

Georges Desvallières (de l'Institut),

Jean Cocteau (de l'académie Mallarmé),

Jean Effel,

Max Favalelli,

André Billy (de l'académie Goncourt),

Wladimir d'Ormesson,

Marcel Achard,

Albert Camus,

André Obey,

Gustave Cohen (professeur à la Sorbonne),

Paul-Henri Michel (it),

Arthur Honegger,

Daniel-Rops,

Vlaminck,

Marcel Aymé,

Colette,

Gabriel Marcel,

André Derain,

Louis Latapie,

Jean Loisy,

Charles Dullin.



Et pour terminer sur un sourire, voici comment le général de Gaulle parlait des journalistes - qu’il appelait les « scribouillards » - lors de son retour au pouvoir, si on en croit Franz-Olivier Giesbert qui vient de lui consacrer un livre – «"Histoire intime de la Ve République », tome I « ‘Le Sursaut » :

« Que voulez-vous que je leur raconte, à ces bourgeois bornés qui n’ont jamais rien compris, et qui auraient été pendus en 1944, si de Gaulle n’avait pas été là ? »



A bon entendeur…

Danharmo a dit…

Si je peux me permettre de rajouter quelque chose à mon premier commentaire, j’invite chacun à voir cet excellent entretien avec Alexandre Del Valle qui entre autre rappelle ce qu’est la « reductio ad Hitlerum »

https://www.youtube.com/watch?v=ld2a4adYHzA&list=PLLWVc5DPTqDa170JvAlWJwfAU7Fo1l_wt&index=1