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samedi 1 janvier 2022

Un accord avec l'Iran est du domaine du possible

 

UN ACCORD AVEC L’IRAN EST DU DOMAINE DU POSSIBLE

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps


        Contrairement aux déclarations belliqueuses des militaires, c’est leur raison d’être, le ministre des Affaires étrangères, Yaïr Lapid, a fait une déclaration au New York Times qui ne s’inscrit pas dans l’air du temps, en affirmant qu'Israël n'aurait aucun problème si les États-Unis concluaient un accord nucléaire avec l'Iran qui limiterait à long terme sa capacité à assembler une arme nucléaire : «Nous n'avons aucun problème avec un accord. Un bon accord est une bonne chose. Le deuxième meilleur serait l'absence d'accord, mais le renforcement des sanctions et l'assurance que l'Iran ne peut pas aller de l'avant. Et le troisième et le pire est une mauvaise affaire. La majorité des Israéliens, y compris l'opposition, ont estimé que le JCPOA n'était pas un assez bon accord. C'était en partie à cause de ses dispositions de temporisation sur les activités d'enrichissement qui permettraient à l'Iran de produire autant de matières nucléaires qu'il le souhaitait à partir de 2030».



Centrifugeuses de nouvelle génération


L'interview a eu lieu après que les États-Unis ont formulé un plan visant à imposer des mesures punitives et des sanctions à l'Iran, au cas où les pourparlers nucléaires à Vienne échoueraient sans une résolution satisfaisante. Les mesures punitives envisagées comprennent des sanctions plus sévères contre l'économie iranienne, en particulier sur l'importation et l'exportation de pétrole, ainsi que des condamnations au Conseil de sécurité et l'application de sanctions directement contre de hauts responsables iraniens. Il reste de sérieux doutes sur l’efficacité de ces sanctions car de nombreux pays y sont hostiles et tentent de le contourner.

Cela semble envisageable car l’Iran n’a pas été toujours ennemi d’Israël, bien au contraire. Jusqu’à la révolution khomeyniste de 1979 les relations entre l’Iran et Israël étaient très efficaces puisque l’Iran fut le deuxième pays musulman à reconnaître l’État d’Israël en 1950, après la Turquie en 1949. Cela avait brisé l’isolement diplomatique qui avait poussé Ben Gourion à inaugurer le periphery concept, consistant à établir des rapports avec les «voisins des voisins». L’Iran avait ouvert des perspectives d’approvisionnement en pétrole, certes à prix élevés, par l’intermédiaire de la National Iranian Oil Company (NIOC) qui a satisfait 90% des besoins énergétiques d’Israël de 1950 à 1970.

Avant la guerre des Six Jours, les États-Unis ne considéraient pas encore Israël comme un allié militairement fiable. L’Iran, pour sa part, voulait devenir le partenaire stratégique naturel des États-Unis tandis que les Américains cherchaient à renforcer militairement leurs alliés face à l’Urss. Après le coup d’État de la CIA contre le Premier ministre Mohammad Mossadegh en 1953, le régime de Téhéran devint pour Washington, au moins jusqu’en 1967, le référent géopolitique moyen-oriental.

Arafat -  Khomeini


Après le succès de la révolution khomeyniste, l’hostilité de l’Iran envers Israël devint manifeste. Yasser Arafat fut le premier étranger à visiter officiellement l’Iran et il reçut symboliquement les clés du bureau commercial israélien de Téhéran, en fait l’ambassade d’Israël. Mais la distance entre l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et le nouveau régime iranien restait nette car le discours sur la question palestinienne se fondait sur la laïcité, la démocratie et la séparation des pouvoirs alors que l’Iran révolutionnaire allait d’emblée présenter rhétoriquement la Palestine comme «terre de l’islam», renvoyer à la guerre sainte, exalter le martyre et décrire avec des accents épiques les crimes d’Israël. La guerre avec l’Irak avait définitivement refroidi les rapports avec les Palestiniens à cause du soutien formel de l’OLP au gouvernement de Bagdad. Par ailleurs, l’ayatollah Khomeiny se sentait étranger à la cause palestinienne.

La question du nucléaire était toujours présente en Iran. Elle date de 1957, quand le Chah signa un accord de coopération nucléaire avec les États-Unis et secrètement avec Israël qui participa aux tests. Le programme nucléaire civil iranien envisageait la construction d’une vingtaine de centrales sur deux décennies, censées fournir 25% de la production nationale d’électricité avec l’aide de la France et de l’Allemagne. L’ambitieux projet nucléaire iranien allait s’enliser en conséquence de la révolution khomeyniste et de la guerre contre l’Irak. Ce fut en définitive le gouvernement russe qui s’offrit à achever la construction de la centrale de Bushehr à partir de 1995. Depuis, les alertes quant à l’imminence d’une bombe atomique iranienne n’ont plus cessé, mais la date est invariablement reportée.

Usine de Bushher


Le dossier est aujourd’hui très politisé et il est bien difficile de se faire une idée du potentiel réel de l’Iran compte tenu de l’évidente absence de crédibilité des acteurs impliqués. Par exemple il est difficile de croire aux argumentations de l’Iran qui avance un besoin de produire de l’énergie nucléaire afin de satisfaire ses besoins intérieurs, quand il est désormais évident que les coûts concernant ce projet ont dépassé tout devis raisonnable et que les frais auxquels a fait face Téhéran seront difficilement amortis si l’on considère la durée moyenne d’une installation nucléaire civile. De la même façon que les États-Unis, préoccupés par l’hypothèse d’un Iran nucléarisé, ne prêtent pas autant d’attention à l’armement nucléaire israélien, ou à celui de pays socialement très instables comme le Pakistan, l’Inde ou le Kirghizistan. 

Si l’Iran inquiète, c’est surtout en raison de son objectif déclaré de déplacer les équilibres géostratégiques de la région qui sont actuellement encore favorables à Israël et à l’Occident. Dans cette perspective, Téhéran a lancé, au cours des dix dernières années, une vaste campagne de pénétration culturelle et économique en Asie centrale et dans les pays arabes, de l’Irak au Maroc et de l’Arabie saoudite à l’Égypte : financements de mosquées, d’institutions de bienfaisance, d’écoles coraniques, de pèlerinages et de subventions aux couches sociales défavorisées. Qui plus est : si l’Iran venait un jour à se doter de la bombe atomique, son prestige auprès de masses insatisfaites dans les pays arabes s’en trouverait grandi. Autant de raisons pour lesquelles Téhéran a tout intérêt à laisser planer l’éventualité d’une menace nucléaire crédible

 L’actuelle géopolitique israélienne part d’un axiome : dès lors que l’un ou l’autre des pays du Moyen-Orient se sera doté de l’arme nucléaire, il y aura menace pour la sécurité de l’État hébreu et une déstabilisation du cadre régional. C’est la raison pour laquelle les derniers gouvernements israéliens ont tous envisagé à plusieurs reprises d’attaquer les sites nucléaires iraniens, comme cela s’était produit en 1981 en Irak et en 2007 en Syrie. Mais aujourd’hui la situation est différente, car l’Iran a des capacités de défense supérieures à celles de l’Irak d’il y a trente ans et de la Syrie d’il y a quinze ans. Et en cas de conflit prolongé, Téhéran pourrait compter sur le soutien probable de la Turquie et surtout de celui de la Russie et de la Chine qui ont souligné à plusieurs reprises l’importance de leurs intérêts en République islamique. 

Iran sites nucléaires


Même si les Israéliens possèdent la technologie qu’exige une attaque contre les sites iraniens, l’opération ne serait pas facile. Les cibles importantes sont au moins au nombre de trois : le site d’enrichissement d’Ispahan où l’uranium brut est converti en hexafluorure d’uranium ; celui de Natanz qui compte désormais 8.300 centrifugeuses ; Arâk où un réacteur de plutonium est à présent opérationnel. Outre qu’il existe une série de sites mineurs qui ne sont pas pour le moment encore bien localisés.

Plus généralement : l’opération irait au-delà du raid limité dans le temps. Elle pourrait en fin de compte déboucher sur une compression, mais pas sur le démantèlement de l’industrie nucléaire iranienne, le coût politique de l’aventure ayant dès lors été supérieur aux bénéfices retirés. Israël, s’il voulait frapper l’Iran, serait contraint de couvrir un rayon de plus de 1.750 km et utiliser des avions-citernes mis en orbite dans l’espace aérien international. D’un point de vue strictement militaire, il ne s’agit pas là de conditions optimales puisque la vitesse des pilotes israéliens s’en trouverait réduite, d’autant que les temps d’exposition à la défense aérienne de l’Iran augmenteraient. L’opération, pour être plus efficace, devrait se fonder sur l’effet de surprise, mais plusieurs circonstances sont susceptibles de réduire cet effet et d’alerter les Iraniens. Complication supplémentaire : les Israéliens devraient renforcer leurs moyens de défense à la frontière nord et y déplacer des contingents militaires. Enfin, il faut considérer la possibilité d’une guerre asymétrique tout le long des frontières israéliennes avec le Hezbollah, produisant ainsi les conditions d’un véritable conflit régional aux développements imprévisibles. C’est pourquoi Yaïr Lapid est favorable à une conférence de paix historique ouverte à tous les acteurs politiques de la région, aux États-Unis, à l’Union européenne, à la Russie et à la Chine

2 commentaires:

bliahphilippe a dit…

Concernant Israel-et pour le reste de la planète cela demande réflexion-Les guerres en général se produisent lorsqu'on ne s'y attend pas. Ainsi va la bonne ou la mauvaise surprise! A force d'en parler, de les déclarer inévitables, de fanfarronner bruyamment dans les media en mettant en valeur les entrainements , le plus souvent ... il ne se passe rien. Je trouve scandaleux de s'etre abusivement épanché avec constance depuis plus d'une décennie à faire croire au bon peuple que "c'est demain ". Celui qui ne veut ou ne peut prendre une décision politique devrait avoir la décence de se taire. Et celui qui estime qu'il faut la prendre doit agir dans le secret. Cette critique vaut pour Natanyahou et son successeur.

Yaakov NEEMAN a dit…

J'ai cru comprendre qu'Israël avait ouvert une base militaire en Azerbaïdjan, pays proche de l'Iran, ce qui nous dispenserait d'avoir recours à des avions citernes...