LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE, cliquer sur l'image pour lire l'article


 

lundi 29 novembre 2021

Rumeurs tunisiennes de normalisation avec Israël

 


RUMEURS TUNISIENNES DE NORMALISATION AVEC ISRAËL


Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

 

Issawi Frej


            Tout est parti de la déclaration du ministre arabe israélien de la coopération régionale, Issawi Frej du parti Meretz, à un site émirati, laissant entendre que la Tunisie ferait partie des pays arabes qui emboiteront le pas au Maroc en normalisant leurs relations avec Israël : «Comme les Émirats Arabes  Unis, l’Égypte et la Jordanie, il est possible qu’Oman, la Tunisie, Qatar et la Malaisie nouent des relations avec Israël». Certains commentateurs rappellent que le président tunisien Kaïs Saïed avait exprimé à maintes reprises des réserves, voire son opposition, à la normalisation des relations avec Israël. Il avait même prononcé le mot «trahison» tout en tempérant ses propos en affirmant que le problème n’est pas avec les Juifs mais avec les sionisme. Certes depuis, beaucoup de choses ont changé en Tunisie avec notamment la mise à l’écart des islamistes d’Ennahda et la formation d’un gouvernement de technocrates présidé par une femme.





Pour Frej «ce sera un changement historique dans les rapports au Moyen-Orient». Il est même convaincu que «tous les pays de la région constitueront une union». Dans le même temps, un ancien ministre tunisien des Affaires étrangères clamait que son pays ne considérait pas Israël comme un ennemi. Ahmed Ounaïes a soutenu que la Tunisie a été parmi les premiers à avoir préconisé la négociation avec Israël sur la base du plan de partage des Nations Unies de 1947. Les supputations sont dès lors allées bon train quant à une éventuelle décision de la Tunisie de suivre les pas du Maroc. Ce n’est pas la première fois qu’un tel scénario est évoqué, mais à chaque fois il est démenti par les plus hauts responsables tunisiens.

Ahmed Ounaies


Le New York Times dans son édition de dimanche 20 décembre 2020 rapportait déjà que la Tunisie et Oman seront les prochains États arabes à normaliser avec Israël : «Des responsables au fait des efforts de l’administration de Donald Trump, ont déclaré qu’Oman et la Tunisie pourraient être les prochains États à suivre, et que le réchauffement diplomatique pourrait être étendu aux pays d’Asie et d’Afrique subsaharienne même après le départ de Trump en janvier». Très rapidement, le gouvernement tunisien a sans surprise démenti l’information faisant état d’une éventuelle normalisation diplomatique avec «l’entité sioniste». Le ministère des Affaires étrangères tunisien affirme notamment que l’information est «infondée», réitérant son «intention à ne participer à aucune initiative qui viole les droits légitimes du peuple frère palestinien».

Le roi Hassan II sur la Tunisie 



Le démenti de la Tunisie, qui avait noué une relation diplomatique en 1996 avec Israël avec l’ouverture de bureaux de liaison dans les deux pays avant d’être fermés en 2000, n’est cependant pas sans rappeler celui du Maroc qui avait nié toute éventualité d’une normalisation de ses relations diplomatiques avec Israël. On connait la suite. En août 2020, le chef du gouvernement marocain Saad Eddine El Otmani démentait les informations faisant état d’une normalisation imminente des relations entre le Maroc et Israël : «Nous refusons toute normalisation avec l’entité sioniste parce que cela l’encouragerait à aller plus loin dans la violation des droits du peuple palestinien». Moins de quatre mois plus tard, le Maroc et Israël ont noué des relations diplomatiques en échange de la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occupé.

Cet aspect de la politique étrangère du président Trump est d’ailleurs l’un des seuls que le président Joe Biden s’est engagé à poursuivre après son investiture : «La normalisation des relations est quelque chose que Biden a clairement indiqué pendant la campagne qu’il soutient. Il a dit qu’il allait faire avancer les choses et qu’il essaierait d’amener d’autres États arabes à faire la même chose».

Kais Saied


Le refus de la Tunisie s’explique par la décision du gouvernement «d’exclure toute éventualité d’une normalisation diplomatique avec l’entité sioniste et de réitérer son intention à ne participer à aucune initiative qui viole les droits légitimes du peuple frère palestinien» Kais Saïed s’était justifié : «Ce n’est pas une situation normale pour un être humain de vivre sous l’occupation, et il n’est pas normal que vous ayez des relations avec l’occupant». Mais les observateurs politiques ont remarqué que l’annonce de Frej n’a été ni démentie ni confirmée par les autorités tunisiennes. Même Ahmed Ounaies n’a pas été recadré comme il l’avait été en décembre 2020 lorsqu’il s’était attaqué avec véhémence aux dirigeants algériens, leur imputant la responsabilité du «blocage» du Maghreb.

Historiquement, la Tunisie a des antécédents dans la normalisation avec Israël, notamment entre 1996 et 2000, et avait même disposé d’un bureau de liaison à Tel-Aviv, dirigé par Khemaïs Jhinaoui [*], malgré le bombardement en 1985 par l’armée israélienne du siège tunisien de l’OLP (organisation de libération de la Palestine). Dans les années 1990, l’initiative de se rapprocher d’Israël avait été prise conjointement avec le Maroc.

Khemaïs Jhinaoui


On pense aujourd’hui que le président tunisien, qui a gelé les institutions et s’est presque arrogé les pleins pouvoirs, pourrait s’inscrire dans la perspective d’un tel projet dès lors que les islamistes d’Ennahda ont été éliminés de la gouvernance. Il est probable qu’il accepte de reconfigurer profondément les relations et les équilibres au sein du Maghreb dans l’intérêt de la politique économique de son pays en faillite. Reste à savoir si ces supputations constituent un ballon-sonde pour jauger la réaction de la rue tunisienne et de l’Algérie, ou bien des rumeurs sans lendemain. La Tunisie a intérêt à aller dans le sens de l’Histoire et ne pas être l’un des rares pays arabes à s’enfermer dans l’idéologie périmée du soutien indéfectible au peuple palestinien sans rechercher ses propres intérêts.

[*] https://benillouche.blogspot.com/2016/02/un-sioniste-la-tete-du-ministere.html

1 commentaire:

Georges Kabi a dit…

Quelqu'un evoquait le plan de partition vote par l'ONU il y a de cela 75 ans deja. Pourquoi ne pas revenir sur le plan Peel adopte en 1937?