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vendredi 15 octobre 2021

La crainte non justifiée du nucléaire iranien

 


LA CRAINTE NON JUSTIFIÉE DU NUCLÉAIRE IRANIEN


Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

Usine nucléaire de Natanz

            

        De manière cyclique, sur la base d’informations erronées, les médias annoncent que l’Iran est à quelques mois, voire quelques semaines, de l’obtention de la bombe atomique alors que le Mossad diffuse régulièrement des informations sur les dégâts occasionnés au sein des usines nucléaires iraniennes. La désorganisation des complexes nucléaires à la suite de la destruction d’éléments vitaux atteste de la difficulté des Iraniens à faire tourner correctement leurs usines. Un général israélien très haut placé, qui ne peut pas être accusé de légèreté en raison de sa fonction militaire, remet les pendules à l'heure en minimisant le programme nucléaire iranien, ou du moins en relativisant les délais d'obtention de la bombe. Il ne s'agit pas de fantasmes journalistiques. 



Tamir Hayman


Les nouvelles méthodes employées par les unités de collecte de renseignements de Tsahal ont conduit à des taux de réussite plus élevés, a révélé le général Tamir Hayman, chef des renseignements militaires (MID: «Nous nous sommes engagés dans une voie de changement, dont le but est d'établir des unités permanentes et opérationnelles qui synthétisent le large éventail des capacités du MID (signaux, intelligence humaine et visuelle) avec les départements de recherche attachés aux différents commandements de l'armée . Cette combinaison de forces nous permet de boucler le cercle de manière efficace et rapide vers un objectif opérationnel clair». Israël détient donc des informations exclusives sur la réalité iranienne.

Selon lui, le changement organisationnel qui a conduit à de nombreux succès opérationnels sur le terrain, a été facilité par un important bond en avant technologique au cours des 18 derniers mois en termes de capacité du MID à gérer, traiter et diffuser de vastes quantités d'informations, basées sur les progrès de l'intelligence artificielle : «Nous pouvons déjà signaler une amélioration spectaculaire en termes de cibles acquises et de capacités de renseignement accessibles au soldat sur le terrain».

Unité 8200

Dans le passé, le renseignement militaire fonctionnait selon des unités organiques, telles que l'unité d'élite 8200, qui rassemblait le renseignement et le transmettait au département de recherche du MID. Aujourd'hui, dans le cadre du programme «Cinquième élément», l'armée a mis en place des bases polyvalentes adaptées à chaque front opérationnel, qui comprennent toutes les unités du MID. Ces changements au niveau structurel devenaient impératifs car la déconnexion physique entre l'analyste du renseignement et le collecteur de renseignements altère le produit de renseignement final.

Il en résulte que seul Tsahal et ses services de renseignements militaires sont en mesure de fournir des données vérifiées et tangibles pour contrecarrer les interprétations abusives et les fakes news. Face à la crainte qui se répand dans l’opinion israélienne, voire internationale, et contrairement à la politique du silence sécuritaire adoptée par le gouvernement, le chef des renseignements militaires, le général Tamir Hayman, s’est trouvé contraint d’intervenir pour rassurer les Israéliens. Son analyse se résume en une seule phrase : «la République islamique a un long chemin à parcourir avant de pouvoir menacer Israël». Dont acte.

            Certes l’enrichissement de l’uranium a atteint des niveaux inquiétant en Iran mais le général est formel : «la République islamique a encore un long chemin à parcourir avant d'acquérir une bombe nucléaire fonctionnelle qui peut menacer Israël. Il y a une quantité enrichie d'uranium dans des volumes que nous n'avons jamais vus auparavant et c'est inquiétant. Dans le même temps, dans tous les autres aspects du projet nucléaire iranien, nous ne voyons aucun progrès. Ni dans le projet d'armement, ni dans le domaine financier, ni dans aucun autre secteur, la période qui reste de deux ans n'a pas changé. Parce que, même à partir du moment où vous avez enrichi l’uranium, il y a encore un long chemin à parcourir avant une bombe».

Le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), Mohammad Eslami


Certes le Guide suprême a donné ses directives pour la construction rapide d’une bombe mais cela ne peut pas se faire sur un coup de baguette magique. Il existe un temps minimum pour atteindre l’objectif dont l’avenir est encore lointain. En conséquence de quoi, les Iraniens doivent décider de la stratégie à adopter.  La plus probable est le retour à l’accord nucléaire de 2015 ce qui ne les empêche pas de développer parallèlement de nouvelles armes et de continuer à enrichir l’uranium à un taux acceptable. Bien que l’Iran ait toujours nié la recherche d’armes nucléaires, il ne cache pas la production de missiles balistiques capables d'emporter des ogives nucléaires. Mais même si la diplomatie est privilégiée, le chef israélien des renseignements n’exclut pas une option militaire : «Soyons d'accord avec le fait que la bonne chose à faire est d'amener l'Iran dans la direction que nous voulons du côté de la diplomatie : une tentative pour un meilleur accord».

Tsahal a obtenu du nouveau gouvernement un augmentation substantielle de son budget militaire pour se prémunir contre les capacités de nuisance de l’Iran. L’armée poursuit en particulier les frappes en Syrie contre les structures iraniennes pour empêcher le transfert d’armes sophistiquées au Hezbollah.

Soleimani et Muhandis éliminés


Le général Hayman est très optimiste car malgré le déploiement de missiles iraniens anti-aériens avancés, de missiles sol-air et de missiles balistiques, l’Iran aura du mal à s’opposer aux attaques de Tsahal. Certes il cherche à rassurer mais il se fonde sur des faits tangibles. Il attribue la faiblesse iranienne à l’élimination du commandant de la force al Qods, Kassem Soleimani, chef des Gardiens de la révolution qui, selon Hayman, a été «l'un des événements les plus importants et les plus importants de mon époque». Sa disparition et l’élimination d’Abu Mahdi al-Muhandis, commandant adjoint des Forces de mobilisation populaire paramilitaires irakiennes, avaient apporté une contribution significative à la sécurité nationale d'Israël.

Esmail Qaani


Soleimani était un militaire exceptionnel avec une vision stratégique et une capacité opérationnelle hors du commun. Pour l’instant il reste irremplaçable. Ses remplaçants comme Esmail Qaani, sont «des gens brillants qui ont une grande capacité administrative mais ils ne peuvent pas gérer les processus décisionnels. Ils n'ont aucune autorité». Personne n’est en mesure de reprendre le flambeau tandis qu’il faut noter un «déclin constant de la présence iranienne en Syrie» car Téhéran organise son retrait progressif de Syrie en y laissant seulement ses milices. Cependant le Hezbollah, manipulé par l’Iran, reste toujours un «outil militaire sophistiqué et agressif». Mais il  conscient que s’il persistait à agir, il entrainerait «la destruction significative de ses actifs et la destruction de l'État libanais». Le Liban est convaincu qu’en laissant agir le Hezbollah, il entrerait dans une phase «apocalyptique» symbolisée par l'ampleur de la destruction du Liban difficilement mesurable.

Le général Tamir Hayman a été certes chargé de rassurer les Israéliens face à des hypothèses publiques farfelues. Cependant sa mise au point étayée est claire. Israël est pour l’instant à l’abri du danger nucléaire iranien ce qui permet de laisser la place à la diplomatie. Ce sera le rôle du nouveau gouvernement de ne pas jouer au va-t'en-guerre. Netanyahou avait voulu mettre l'accent sur le danger iranien pour se maintenir au pouvoir car selon lui, il était le seul à pouvoir défendre le pays. Il dramatisait. Le nouveau gouvernement a voulu rétablir la réalité pour calmer la population et préparer l'opinion à des négociations avec l'Iran. Hayman, en bon soldat discipliné, a certainement agi sur ordre.

 

2 commentaires:

Yaakov NEEMAN a dit…

Israël est pour l'instant à l'abri du danger nucléaire iranien. Pour l'instant. Vous laissez entendre que ce répit permet de laisser place à une solution diplomatique. Outre que la diplomatie est la continuation de la guerre par d'autres moyens (Clausewitz), vous croyez VRAIMENT que Téhéran est prêt à dialoguer -- non pas avec Jérusalem ! -- mais avec l'Occident ? Regardez comment les Iraniens ont seuls la maîtrise de l'agenda des discussions en cours avec les Etats-Unis !
Par contre, j'ai lu, il y a quelques années, qu'à l'occasion d'une réunion du Conseil de sécurité israélien (qui réunit 5 ou 6 membres du gouvernement) devant statuer sur la question de savoir si on attaquait l'Iran ou pas, le PM de l'époque (Netanyahou) avait été mis en minorité. Pouvez-vous, Monsieur Benillouche, confirmer cette info, vous qui êtes toujours très bien informé ?

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Certaines informations ont depuis été confirmées.

En 2009, Netanyahou avait demandé à Tsahal d’organiser une action militaire contre l’Iran. Les chefs militaires, les chefs sécuritaires et les chefs des renseignements ont été unanimes pour déconseiller cette action car ils ne pouvaient agir sans l’aide logistique et politique des États-Unis qui s’y opposaient. Ils manquaient en particulier de ravitailleurs en vol.

Cependant étant aux ordres du pouvoir civil, les chefs militaires étaient prêts à obéir mais ils voulaient se couvrir. Ils ont demandé un ordre écrit au premier ministre qu’ils n’ont jamais reçu.