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jeudi 21 octobre 2021

Extension de l'implantation Givat HaMatos à Jérusalem-Est

 


EXTENSION DE L’IMPLANTATION GIVAT HAMATOS À JÉRUSALEM-EST


Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps



          Givat HaMatos, la colline de l’avion, est un quartier de Jérusalem-Est qui a accueilli des immigrants juifs éthiopiens et russes dans des caravanes et qui est bordé au nord par Talpiot et au sud par Gīlo. Un petit avion militaire Fouga magister s’était écrasé le 6 juin 1967, durant la guerre des Six-Jours, après avoir été touché par l'artillerie antiaérienne jordanienne. Le pilote, le lieutenant Dan Givon, avait été tué.





Givat HaMatos était une colline vide, proche de Bethléem et Beit Jallah, ancien champ de mines de la guerre d’indépendance. En 2005, un projet de développement avait été dévoilé, comprenant une promenade panoramique, des hôtels, des cafés, des immeubles de bureaux et des espaces commerciaux. En décembre 2012, il était prévu de construire 2.610 logements à Givat HaMatos. Le plan complet comprenait environ 800 unités pour les Palestiniens dans la ville voisine de Beit Safafa tandis que la moitié de la construction à Givat HaMatos était destinée aux Arabes de Beit Safafa. Le 15 novembre 2020, l'Autorité foncière israélienne et le ministère du Logement ont annoncé l'ouverture des appels d'offres pour la construction de 1.257 unités dans cette zone. Au moment ou Yaïr Lapid se trouvait à Washington, le Comité de planification et de construction de Jérusalem a approuvé, le 13 octobre 2021, de nouvelles constructions à Givat HaMatos. 

Stèle du pilote tombé à Givat HaMatos


Cette annonce s’est faite en catimini car le développement d’implantations dans cette région constituait une ligne rouge pour les États-Unis et l’Union européenne car les constructions se situaient au-delà de la Ligne verte et créaient des enclaves qui rendraient difficile la création éventuelle d’un État palestinien morcelé. Aucune construction n’a été lancée depuis plus de vingt ans près de Jérusalem, la dernière était Har Homa, du temps des accords d’Oslo. Les présidents américains, démocrates ou républicains, ont tout fait pour s’opposer, voire bloquer, les projets de construction. 

Mossi Raz


La coalition actuelle est restée silencieuse sur cette décision pour éviter son explosion. Seul le député de Meretz, Mossi Raz, a tweeté : «La construction dans cette zone serait destructrice, donc je pense que le comité de district ne l'approuvera pas. L'approuver serait une grave erreur qui serait préjudiciable aux Israéliens». Les ministres Meretz ont aussi éludé cette question. La Gauche est aux abonnés absents par peur du retour de Netanyahou au gouvernement. Ayelet Shaked, numéro-2 de Yamina, avait déclaré qu'un gel des constructions dans les implantations serait sa «ligne rouge» ; il semble qu’elle ait été entendue : «Si le gouvernement fait quelque chose qui est idéologiquement grave à mon avis, nous n’en ferons pas partie. Par exemple, si l’administration américaine exige un gel en Judée et en Samarie – il n’y aura plus de gouvernement».

La zone des constructions est cependant stratégique pour les Israéliens sur le plan sécuritaire.  L’extension de Givat HaMatos crée une séparation physique et politique entre les quartiers palestiniens de Beit Safafa et Sur Baher de la ville de Bethléem en Cisjordanie pour empêcher toute continuité territoriale.

Mais étonnante est l’attitude de l’Administration américaine. Beaucoup pensaient que le changement de pouvoir aux États-Unis, avec le départ de Trump, forcerait Israël à restreindre la construction dans ses implantations. Du temps de Barack Obama, le projet de construction à Jérusalem avait créé, en mars 2010, une crise qui avait poussé le vice-président de l'époque, Joe Biden, à se rendre en Israël et à la secrétaire d'État, Hillary Clinton, de réprimander Netanyahou coupable d’avoir entravé les efforts pour reprendre les négociations avec les Palestiniens. L'ambassadeur d'Israël aux États-Unis, Michael Oren, avait été convoqué pour une sévère réprimande. La décision actuelle est restée lettre morte. 

Des habitants d’implantation se rassemblent sous une étoile de David et un drapeau avant d’évacuer le nouvel avant-poste sauvage d’Evyatar, près de la ville de Naplouse


La communauté internationale considère toutes les implantations israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est comme illégales. Israël conteste cette affirmation, indiquant jouir d’une souveraineté totale sur l’ensemble de Jérusalem. Mais la loi israélienne fait la différence entre les implantations autorisées par le ministère de la Défense et les avant-postes établis sans autorisation, souvent par des jeunes aux motivations idéologiques. De nombreuses implantations ont d’ailleurs commencé sous la forme d’avant-postes illégaux et n’ont obtenu l’approbation rétroactive du gouvernement qu’après avoir atteint une masse critique de résidents.

Les experts politiques analysent l’attitude actuelle des Américains par une volonté d’éviter de fragiliser le gouvernement et d’empêcher le retour de la droite au pouvoir. Mais cela pose la question de la politique qui sera adoptée sur la question palestinienne par Bennett et Lapid qui semblaient avoir choisi la solution prudente du statu quo en ne prenant aucune décision risquant de faire éclater la coalition. Cela n’est plus le cas et le gouvernement ne veut pas être paralysé sur certaines questions fondamentales touchant au conflit avec les Palestiniens. La Droite jubile car elle ne s’attendait pas être aussi bien servie par des «gauchistes» selon la sémantique du Likoud.

4 commentaires:

Georges Kabi a dit…

Constructions inutiles: un jour ou l'autre, probablement d'ici 2 generations, les uifs reprendront le chemin de l'Exil, car on ne pourra pas gouverner un Etat etant soi-meme une minorite.
Il suffit de consulter l'Institut National des Statstiques pour apprendre qu'il y a plus d'Arabes entre le jourdain et la Mer Mediterrannee que de Juifs, et ce, en 2020. Et les Juifs sentent que quelque chose cloche: ils ont pratiquement arrete de venir vivre ici.

andre a dit…

Alors Monsieur KABI, il serait sans doute plus avisé de plier bagage tout de suite ?
André Simon Mamou

frenkel david a dit…

Que la communauté internationale soit conséquente, elle qui prône la liberté d'établissement et de construction en Judée Samarie pour les arabes nommés faussement "Palestiniens" : Les juifs ne peuvent se rendre à Ramallah, à Jénine, bref, dans toutes les villes qui selon les accords d'Oslo sont sous la gouvernance de l'Autorité palestinienne, et y construire des logements sans risquer leur vie.

Georges Kabi a dit…

Probablement, si ce n'est vous, aors vos enfants et tres certainement vos petits-enfants.