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samedi 25 septembre 2021

Naftali Bennet se forge une stature d'homme d'Etat

 


NAFTALI BENNETT SE FORGE UNE STATURE D’HOMME D’ÉTAT

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

 

       


          Le premier ministre Naftali Bennett était conscient des réserves de ses adversaires qui le considéraient fragile, inconsistant et dénué de charisme pour le poste auquel il a été désigné. Il a donc cherché à acquérir une stature d’homme d’État en multipliant les voyages auprès des dirigeants internationaux. Son premier voyage officiel du 25 août, pollué par les évènements d’Afghanistan, a été bien sûr auprès de l’allié américain, Joe Biden, avec qui il devait renouer des relations israélo-américaines troublées après les épisodes du gouvernement Netanyahou. Bennett voulait créer un lien positif et sans intermédiaire entre lui-même et le président américain. Les deux parties tendaient à prouver que la relation américano-israélienne est sur la bonne voie après l'ère Netanyahou et surtout l’ère Trump. Ils ont tenu une réunion en tête-à-tête de 50 minutes, certes courte en raison des évènements, mais elle s’est exceptionnellement déroulée autour d'un thé dans la salle à manger privée de Biden à côté du bureau ovale.



Conseil des ministres


Avant cette réunion, le 8 juillet, Naftali Bennett avait secrètement rencontré le roi Abdallah II dans son palais d'Amman pour assainir les relations tendues entre la Jordanie et Israël. À cette occasion, Bennett avait donné son accord pour la vente de 50 millions de mètres cubes d'eau supplémentaires à la Jordanie. Il s’agit de la plus grande vente d'eau d'Israël à la Jordanie depuis le traité de paix, qui prévoit une allocation automatique de 55 millions de mètres cubes d'eau sur une base annuelle.



            Aussitôt après, la visite en Égypte le 13 septembre s’imposait auprès du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi tandis que l’opposition fustigeait cette rencontre qui intervenait en plein trouble avec Gaza et sur fond d’attentat au couteau à la gare routière centrale de Jérusalem. Bennett a eu droit au tapis rouge dans l'enceinte présidentielle de la station balnéaire de Sharm al-Sheikh, dans le Sinaï, pour une réunion chaleureuse et amicale. Les symboles étant importants avec les pays arabes, le drapeau israélien flottait juste à côté du drapeau égyptien d’une part et la réunion a duré plus de trois heures d’autre part pour permettre aux deux dirigeants de se connaitre. L’ancien premier ministre Netanyahou n’a jamais connu de tels égards de la part des Égyptiens. Certes, les deux dirigeants s’étaient rencontrés publiquement pour la première fois lors du sommet de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York en septembre 2017, et en mai 2018 ils auraient eu des entretiens secrets en Égypte pour discuter de la situation à Gaza. Mais il n’y a jamais eu de relation profonde entre eux.



            Le bilan de ces deux visites est impressionnant pour un dirigeant novice devenu premier ministre il y a à peine trois mois. Il s’est rapidement forgé une réputation d'homme d'État. On se demande la raison de l’empressement d’Al Sissi à inviter Bennett si chaleureusement et publiquement sachant que les réunions avec Netanyahou avaient eu lieu à l'abri des regards bien que les deux pays aient maintenu une coopération de sécurité et de renseignement de premier ordre. En fait, par le canal d’Israël, le président égyptien visait Washington et l’établissement de bonnes relations avec l'administration Biden parce que le gouvernement américain était mécontent des violations des droits humains en Égypte.

            Mais il est évident que cette visite reflétait le changement de gouvernance à Washington et à Jérusalem. Les Démocrates américains ont de meilleures affinités avec un gouvernement israélien centriste, incluant la gauche et un parti arabe. L’Égypte estime l’atmosphère plus propice à un dialogue au sujet du conflit israélo-palestinien. Il est un fait que les négociations entre Netanyahou et Mahmoud Abbas avaient atteint un point de non-retour dans le cadre de la politique israélienne d’affaiblissement de l’Autorité palestinienne et du renforcement du Hamas. Ramallah n’était plus le passage obligé pour signer des accords avec les pays arabes.

Lapid avec son homologue égyptien


            La visite avait été en fait préparée le 12 septembre par le ministre des Affaires étrangères Yaïr Lapid qui avait présenté un plan pour améliorer la vie des Gazaouis, leur offrant des mesures de réhabilitation économique en échange du calme à la frontière et de l'arrêt du renforcement militaire du Hamas. Le plan comprend deux étapes. La première consiste à résoudre la crise humanitaire à Gaza : «Le système électrique sera réparé, le gaz sera connecté, une usine de dessalement d'eau sera construite, des améliorations significatives du système de santé et une reconstruction des logements et des infrastructures de transport auront lieu. En échange, le Hamas s'engagera à long- terme calme».

La deuxième étape s’organisera à long terme avec un démarrage économique global pour la bande de Gaza. Pour Lapid : «dans le cadre de la deuxième étape, le projet d'île artificielle au large des côtes de Gaza sera avancé, ce qui permettra la construction d'un port. Une liaison de transport entre la bande de Gaza et la Cisjordanie sera construite. Investissement international à l'intérieur de Gaza et des projets économiques conjoints avec Israël, l'Égypte et l'Autorité palestinienne seront avancés. Des zones industrielles et d'emploi seront construites près du poste frontière d'Erez». Contrairement à la stratégie de Netanyahou, Lapid a clairement indiqué qu'Israël n'avait pas l'intention de négocier avec le Hamas, qui appelle à sa destruction.      



De hauts responsables israéliens dirigés par le ministre de la Défense Benny Gantz avaient ouvert un canal de communication direct avec Mahmoud Abbas sur la base de réunions personnelles et d'appels téléphoniques. Bennett, premier ministre de droite, a été contraint de suivre le mouvement. En revanche, les membres de droite du gouvernement, y compris le ministre de la Justice Gideon Saar, n’ont pas pris part au débat dans une sorte d’opposition silencieuse. La Droite a condamné Bennett pour avoir rompu ses promesses et n'avoir pas attaqué le Hamas, malgré les roquettes tirées de Gaza sur Israël. Elle n'ignorait pas que le premier ministre ne voulait pas saboter sa réunion avec Al Sissi.

Netanyahou a trouvé l’occasion d’intervenir pour fustiger Bennett : «Dans son effort pour offrir plus de cadeaux gratuits aux Palestiniens et pour remettre la question palestinienne à l'ordre du jour international. Le gouvernement ne parvient pas à gérer la crise des coronavirus et l'État est affaibli, sur le plan stratégique et sécuritaire». C’est de bonne guerre pour le chef de l’opposition.



L’attaque étonnante en règle est surtout venue de l’alliée fidèle, la numéro-2 de Yamina. Les relations entre ces deux dirigeants ont toujours été conflictuelles dans le cadre d’une concurrence pour le leadership du parti. La ministre de l'Intérieur Ayelet Shaked s’est attaquée violemment à Mahmoud Abbas après la rencontre de Bennett avec Sissi. Elle a déclaré à la Conférence internationale sur la guerre contre le terrorisme à l'Université Reichman que Bennett ne rencontrerait pas Abbas : «En ce qui concerne Abbas, mon opinion est bien connue. Cela n'a pas changé. Abbas verse de l'argent aux terroristes qui assassinent des Juifs. Il poursuit des soldats et des commandants de Tsahal à La Haye et n'est donc pas un partenaire. Le Premier ministre n'a pas l'intention de le rencontrer». Mais Abbas n’en a réellement cure puisqu’il peut discuter avec les deux pointures politiques de la coalition, Yaïr Lapid et Benny Gantz.

En fait Bennett peaufine sa stature internationale tandis qu’il confie à Shaked le rôle de maintenir sa base électorale à droite en adoptant une ligne dure quand il ne peut pas le faire lui-même en sa qualité de Premier ministre. C’est en cela qu’on voit que Bennett a pris progressivement l’habit de premier ministre capable de renoncer ouvertement à certains idéaux dans l’intérêt de son maintien au pouvoir. Il semble avoir réussi sur le plan international puisque Naftali Bennett a été choisi comme l'une des «100 personnes les plus influentes de 2021» par Time Magazine.

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