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dimanche 26 septembre 2021

L'algérien Bouteflika était ouvert à Israël

 


L’ALGÉRIEN BOUTEFLIKA ÉTAIT OUVERT À ISRAËL


Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

 

Bouteflika-Barak

          Si cela ne tenait qu’à lui, le président algérien Bouteflika aurait depuis longtemps normalisé ses relations diplomatiques avec Israël. Il estimait devoir suivre la vague de normalisation du monde arabe avec «l’entité sioniste». Il avait initié un début de rapprochement avec l’ennemi juré dès son arrivée au pouvoir mais il a été contraint de renoncer devant la forte opposition au sein de son pays. Son successeur Abdelmadjid Tebboune a exclu toute possibilité de normalisation alors que les Émirats arabes unis, le Bahreïn et le Maroc ont décidé d’établir des relations avec l’État hébreu : «Nous constatons qu’il y a une sorte de ruée vers la normalisation. Nous n’y participerons pas et nous ne la cautionnons pas». La messe est dite.



Bouteflika- Shimon Peres et Mohamed VI


Dans les années 2000, Bouteflika avait esquissé un pas vers Israël en s’appuyant sur la communauté juive française et en s’entretenant avec le président du CRIF. Il avait en public serré la main du Premier ministre israélien Ehud Barak lors des funérailles du roi Hassan II du Maroc. À cette occasion, Bouteflika avait proposé à Barak «Si vous avez besoin d'aide, nous sommes prêts à vous aider». Mais devant l’émoi suscité dans son pays, il s’était empressé de vider de son sens ce geste naturel : «Il m'a tendu la main, je ne pouvais faire autrement que de la prendre. L'Algérie est prête à des relations officielles avec l'État hébreu si celui-ci parvient à un accord de paix avec l'Autorité palestinienne et la Syrie». Bien que farouchement engagé pour la cause palestinienne, il entretenait cependant secrètement des liens discrets avec Israël.

Hadda Hazem


La journaliste et directrice du quotidien arabophone El-Fadjr, Hadda Hazem, avait été au centre d'une polémique en août 2020 à la suite de son éditorial appelant l’Algérie à normaliser ses relations avec Israël : «Où sommes-nous dans ce qui se passe dans le monde, et dans cette course effrénée à la normalisation avec Israël ? Pourquoi nous refusons la normalisation avec Israël alors que Mahmoud Abbas en personne a reconnu l’existence de l’État d’Israël du haut de la tribune de l’ONU».

            Malgré des contacts officieux, les relations diplomatiques entre Israël et l’Algérie n’existent pas. L'État algérien ne reconnaît pas l'existence de «l’entité sioniste» et les rapports entre ces deux pays ont toujours été hostiles. L’Algérie ne cherche pas la confrontation directe avec Israël depuis l’épisode de la guerre du Kippour à laquelle elle a participé aux côtés de l’Égypte et de la Syrie. Son échec a été retentissant alors qu’elle disposait déjà d'une armée puissante qui avait eu l'expérience du combat contre les Français. Boumediene avait alors autorisé le déploiement de la 8ème Brigade blindée dès le 12 octobre.

         Au terme d’un long périple via la Tunisie puis la Libye, 3.000 hommes, 128 chars (des T-54 et T-55), 670 véhicules divers, 12 pièces d’artillerie et 16 pièces antiaériennes avaient atteint l’Égypte le 25 octobre 1973. Ces troupes en renfort apportèrent donc un peu d’oxygène à une armée égyptienne épuisée et amoindrie afin d'empêcher que les Israéliens n’enfoncent le verrou de Suez avant de progresser en direction du Caire. L’armée algérienne avait alors constitué un élément important du dernier rempart de Sadate.

Armée algérienne

Israël ne néglige donc pas la puissance de l’armée algérienne qui avait fait preuve d'une impressionnante logistique en étant capable en 1973 d’amener sur le front, en quelques jours, une brigade qui avait freiné l’avance de Tsahal. En raison de ses liens avec l’Iran, les Israéliens considèrent aujourd’hui l’Algérie comme une menace potentielle non négligeable, malgré les distances qui séparent les deux pays. L’Algérie a fait sienne la question palestinienne et cela date des années 1970 parce qu’elle était le premier pays du continent africain, après le Kenya en 1963, à avoir conquis son indépendance les armes à la main. Elle voulait donner l’exemple.

Défendant les Palestiniens avec plus de zèle que les intéressés eux-mêmes, elle avait rompu ses relations avec l'Égypte à la suite de la signature des accords de paix de Camp David en 1978 entre Anouar El-Sadate et Menahem Begin. Par ailleurs, le chef de l'OLP, Yasser Arafat, avait table ouverte à Alger. C’est pourquoi il avait choisi la ville d'Alger pour proclamer l'État palestinien en novembre 1988.

Mais cela n’a pas empêché l’Algérie et Israël à entretenir des relations secrètes pour lutter ensemble contre le terrorisme. En 2000, le quotidien Yediot Aharonot avaient révélé que des émissaires algériens avaient eu une rencontre secrète en Italie, en 1999, avec l'ancien chef du Mossad Dany Yatom. Ces émissaires algériens avaient «une requête portant sur la formation d'une unité spéciale chargée de la protection rapprochée des dignitaires du régime et la fourniture d'équipements de sécurité sophistiqués» à l’instar de ce que faisait déjà Israël pour les Marocains. Pendant plusieurs années, des sociétés israéliennes fournissaient à l'Algérie des médicaments et du matériel hospitalier, expédiés anonymement depuis Marseille.

            Même si elle s’oppose à l’ouverture de relations diplomatiques, l’Algérie a atténué son animosité à l’égard d’Israël. Certes le président Abdelmadjid Tebboune s’oppose à tout rapprochement et refuse la reconnaissance de l'État hébreu tant qu’un État palestinien n’est pas créé. Mais le président algérien ne pourra pas longtemps aller contre le cours naturel des choses. A s’entêter, il restera seul avec le président tunisien à se croire mandaté pour défendre la cause palestinienne.

Saïed et Tebboune


En dépit de l'éloignement, Jérusalem a mis l’Algérie sur la liste de ses ennemis potentiels. Le duo néfaste Iran-Algérie pourrait conduire à des aventures incontrôlées et à des ingérences politiques dangereuses. Des soupçons d’espionnage se sont d'ailleurs portés sur le Mossad après que deux de ses agents, portant des documents d’identité diplomatiques, aient été arrêtés par la police allemande sur le chantier naval où sont construites deux frégates Meko A200 pour le compte des Forces navales algériennes. Ils cherchaient à s’informer sur la technologie avancée des canons et sur les munitions «intelligentes».

L’Algérie, qui prétend qu’Israël espionne les bases militaires algériennes via son satellite Éros B, est devenue un État redouté et même une cible en raison de son armée forte, de ses ressources minières et pétrolières et surtout d'une politique extérieure non alignée. Israël ne peut rien contre la rigidité algérienne dès que l’on parle de la Palestine.

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