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dimanche 3 octobre 2021

America par Claude MEILLET

 

AMERICA


Par Claude MEILLET

 


Ça a commencé à mieux apparaître sous la dynastie des Bush. Ça s’est un peu plus confirmé avec la reculade (ce qui est un mot honnête) en Syrie, du président si prometteur, Obama. Puis, est venu le temps du trublion Trump qui, avec ses gros sabots, a vendu la mèche : «America First». Enfin le président Joseph Biden, Joe, si séduisant car si surprenant, a lui, froidement, confirmé. D’abord fermant le ban en Afghanistan. En dépit de toute casse humaine ou morale. Surtout, sans prévenir qui que ce soit, alliés ou pas. Puis, «tournant le couteau dans le plaie», comme dirait Gainsbourg. En l’enfonçant sans trop de scrupule, dans le dos des Français, comme l’a dit le ministre des Affaires Étrangères, Tout surpris de la chose.


drapeau Amérique Canada


Jonathan, pourtant depuis longtemps revenu du temps des cerises, s’avouait à lui-même victime d’un reste de crédulité. «Bon sang, mais c’est bien sûr», comme disait jadis, le brave commissaire Souplex, dans une série policière, célèbre à son époque. Les États sont des monstres froids. Et plus ils sont grands, plus ça devient glaçant.

            Soucieux de se libérer d’un reste d’illusions, il se remémora Régis Debray. Sous le titre «Alignez-vous», constatait. Le processus séculaire d’américanisation, entamé en 1919, à la suite de l’intervention des boys en fin de guerre et dans la définition du Traité de Versailles qui la conclue, est achevé. Devenu force tranquille et seconde nature. Ce phénomène d’envergure anthropologique, vivre, penser, se comporter, est trop large pour ne pas s’être étendu à la dimension politico-militaro-stratégique.

Les bribes d’histoire qui lui restaient encore. Chaque époque a sa civilisation impériale. Qui appuie sur sa domination culturelle, économique, scientifique, son hégémonie financière, politique, militaire. Les civilisations grecque, romaine, ottomane ont, chacune à son tour, régit la vie de nations subordonnées. L’empire britannique a formaté les pays qu’il a recouvert. Relayé par la chape d’américanisation, initiée par le président Wilson incluant aussi bien Hollywood, la Silicon Valley, Marilyn Monroe, que, plus récemment la dominante des «Gafa». Bien entendu, les dollars, les composants d’une puissance militaire sans égale. Tirant derrière eux, un globish conquérant, depuis les start-up nations, les leaders, le prime time,….et même, the French theorie !

 bureau ovale-de-la-Maison-Blanche


«America First», une réalité permanente, régulant la vie internationale. Avec des creux d’aménités apparentes, Bush père, Obama, Biden des cent premiers jours, et des pics d’imposition, Bush, fils, Trump, Biden dévoilé. Et actuellement, une démonstration du privilège américain d’autant plus forte qu’elle répond à la menace d’une nouvelle alternative mondiale. Celle d’une Chine, tissant une toile de plus en plus apparente, contestataire, revendicatrice.

Il se souvint de la réponse de François Mitterrand, à la question sur la principale qualité d’un chef d’État : l’indifférence. Et, hors de toute appréciation négative ou positive, chef d’État, il l’était. Complétant par-là, une déclaration attribuée au général De Gaulle, lui correspondant en tout cas fort bien, Un grand pays n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts. La comédie des embrassades, des serrements de mains virils, des derrières assis sur des fauteuils antiques avec dialogues publics, attentifs et souriants, visent des objectifs exclusivement médiatiques.

Etats-Unis Chine


Car, petits et grands pays, petits ou grands chefs de gouvernement ou d’État, tous se préoccupent, presque toujours en premier lieu, d’un facteur majeur de leur réussite, de leur perpétuation aussi, l’opinion. Chaque responsable publique surveille d’autant plus l’opinion qui le concerne, que dans chaque pays, les adversaires politiques appuient leur opposition sur elle, la fameuse opinion. Un phénomène naturel et dominant qui conduit droit à la valorisation de l’émotion. Un phénomène que la mondial-global-médiatisation renvoie à la description des animaux malades de la peste : Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés. Les citoyens se font une opinion, essentiellement à partir du monde des émotions dans lequel on les plonge. Les responsables politiques, se prenant au jeu, soucieux d’influencer les opinions, pimentent d’émotions l’univers de la raison qui devrait être le leur. Mésestimant alors la rectitude logique, impersonnelle, imperturbable, inflexible, exclusive. Priorisant l’intérêt du pays.

«America First». L’impératif stratégique, gommant toute entrave, alliance, privilège, précaution, froidement dénudé, réveille ainsi, soudainement, le monde encore partiellement illusoire des Français et des Européens.

Il y a eu la querelle des Anciens et des Modernes.  La guerre de cent ans. La guéguerre des Ashkénazes et des Sépharades. La guerre de deux mille ans, ou presque, des Palestiniens et des Israéliens. Des mangeurs de grenouille et des desserts en gelée. De la conduite à gauche ou à droite. Mais la grand classique, l’éternelle, se dit Jonathan, est bien chez l’homme, celle de l’émotion et la raison. Sans que l’on puisse dire, à la fin, c’est toujours la froide raison qui gagne. À preuve, justement, ces effondrements successifs des grandes civilisations ; Toute puissantes qu’elles soient. America risque de découvrir la justesse du constat fait par Paul Valéry. «Les civilisations sont mortelles». Peut-être à trop forcer la dictature de sa propre raison. «Dominatrice et sûre d’elle-même». Et à oublier la charge d’émotion qui anime les nations subissant cette dictature.

Douze sous-marins peuvent en cacher un autre, beaucoup plus gros.

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…



Consolons-nous en chantant avec Joe Dassin :


https://www.youtube.com/watch?v=Y8a5ZeS9hhA

דוב קרבי dov kravi a dit…

LE PLAN DE TRUMP était d'évacuer d'abord les civils américains, puis les civils afghans trop liés aux Américains, puis détruire le matériel militaire trop cher à transporter puis retirer le gros des troupes tout en gardant sur places les forces spéciales (avec 900 hommes) et la base de Bagram. L'Amérique devait aussi continuer à accorder une aide économique et militaire pour que l’armée afghane ne s'effondre pas. 
- L'accord de Doha ne concédait pas le pouvoir aux Talibans mais les contraignaient au partage du pouvoir.
- L'accord de Doha stipulait un retrait conditionnel (si les Talibans respectaient leur part).
- L'accord de Doha n'abordait pas le plan de retrait parce que les Américains se réservaient le droit exclusif de juger quand et comment se retirer.

Biden a jeté tout le plan de Trump à la poubelle, il n'a rien exigé des Talibans conformément à l'accord de Doha et s'est contenté de mettre en œuvre un retrait si bâclé que l'Amérique est maintenant prise au piège.