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jeudi 12 août 2021

Netanyahou planifie son prochain retour

 


NETANYAHOU PLANIFIE SON PROCHAIN RETOUR


Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps


          L’attitude de Netanyahou reste du domaine de la méthode Coué qui désigne une forme d'optimisme volontaire, mêlé ou non de déni du réel. Mais en politique elle a acquis une connotation péjorative. Netanyahou ne veut pas reconnaitre sa défaite et pour lui Naftali Bennett ne restera pas longtemps premier ministre, un poste qu’il a selon lui usurpé, ou qu’il a acquis illégalement. Pourtant, bien que les élections n’aient pas été entachées d’irrégularités, l’ancien premier ministre estime qu’elles ont fait l’objet d'une «escroquerie publique et politique». Certes le fait qu’un petit parti de six députés désigne le premier ministre est inhabituel alors que le Likoud détient 30 sièges mais en politique, tout est possible ; c’est la règle de la démocratie ; la Knesset décide librement.





Il n’existe pas de jour sans une déclaration à la télévision, sans un article dans la presse, sans un discours à la tribune. Netanyahou n’a pas renoncé et il se donne tous les moyens pour occuper l’espace politique tout en bâillonnant une quelconque velléité parmi ses militants. Il organise déjà son équipe en s’installant dans des bureaux dans une tour prestigieuse d'Herzliya Pitouah. Comme le chat face à sa proie, il la scrute pour trouver le moment opportun pour lui donner le coup de grâce, sa proie étant Naftali Bennett. Il exploite tout événement politique pour donner systématiquement son avis et pour prouver que le premier ministre actuel est un imposteur incompétent, voire dangereux pour le pays.

Il explique la nouvelle vague alarmante du covid comme une conséquence d’une action ratée du gouvernement. Mais Bennett a beaucoup appris de son grand frère. Il a pris la balle au bond en s’adressant à la population à travers une intervention à la télévision pour annoncer une troisième injection aux citoyens âgés de plus de 60 ans. Il n’y avait pas d’urgence médicale mais Bennett voulait répondre à son mentor et garder à Israël la première place des pays du monde dans le domaine de la vaccination. L’utilisation des médias semble avoir porté puisque Netanyahou, touché sur son propre terrain, s’est senti obligé de répondre par un clip vidéo personnel, tourné à Dimona ville symbole des Marocains du Likoud. Mais cela n’a pas eu autant d’impact qu’une intervention télévisée aux heures de grande écoute.


Quand Netanyahou s'embrouille dans les dates

L’ancien premier-ministre pointe les lacunes du gouvernement : «Le gouvernement a perdu un temps précieux à apporter le troisième vaccin. Depuis six semaines maintenant, je leur demande d'apporter en Israël les vaccins que nous avons déjà commandés. Pendant de longues semaines, ils n'ont rien fait. C'est un échec qui a entraîné la perte de vies humaines». En réalité il y a eu peu de pertes humaines mais beaucoup de malades hospitalisés. Sur les deux morts répertoriés, l’un âgé de 49 ans n’était pas vacciné et l’autre de 86 ans avait des complications médicales personnelles.

En fait Netanyahou a déjà commencé sa nouvelle campagne électorale pour des élections hypothétiques en visant ses anciens fiefs qui lui ont fait partiellement défaut aux dernières élections. Il veut consolider ses bastions pour montrer qu’il n’a pas abandonné le combat et pour éviter une démobilisation de ses militants inconditionnels, pourtant résignés par sa défaite. Mais il sent que la coalition résiste et que les petites anicroches à la Knesset ne sont pas significatives ; alors il procède par matraquage quotidien. Il prépare le combat pour le budget que le gouvernement vient d’adopter sans les résistances qu’on lui prédisait sachant qu’il doit être voté avant novembre sinon la Knesset est automatiquement dissoute. Il sent qu’il n’a pas réussi à ébranler la cohésion de la coalition et qu’à part Amichai Chikli de Yamina, aucun autre député ne semble vouloir faire défection. Même le parti arabe Raam vient de confirmer qu’il votera le budget tel qu’il sera présenté.

Résidence du premier ministre à Balfour


Netanyahou s’appuie sur les sondages qui lui seraient semble-t-il favorables mais si le gouvernement Bennett passe le cap du budget, alors tous les espoirs de Netanyahou seront dissipés car les élections n’auront pas lieu avant plusieurs mois.  En fait il a besoin d’être présent sur la scène politique et il ne se résigne pas à l’inactivité. Balfour lui manque. Alors il s’agite, campe pratiquement à la Knesset, nuit et jour, souvent en étant le seul député présent. Il veut montrer à ses collègues du Likoud et à ses militants qu’il travaille pour eux et que, contrairement aux rumeurs, il n’a pas l’intention de démissionner afin de décourager ceux qui pensent que le moment de la relève est arrivé. Il veut surtout empêcher la fuite de quatre députés qui selon la nouvelle loi pourrait quitter le Likoud sans être pénalisés.

Après ses longues années d’expérience politique, Netanyahou est devenu un expert en tactique d’opposition en menant l’obstruction systématique, en déposant des centaines d’amendements pour allonger les séances au-delà de la nuit. Il force ainsi les députés de la coalition à être présents à toute heure de la nuit car un vote pourrait intervenir à tout instant. L’ex-premier ministre semble avoir pris ses quartiers d’été à la Knesset et il impose aussi son agitation aux députés du Likoud. Encore faut-il qu’ils tiennent sans rechigner. Netanyahou veut imposer un rythme d’enfer aussi à ses partisans pour qu’ils oublient leur défaite et renoncent à changer de leader. Il compte sur la fragilité de la majorité pour trouver la faille. L’inexpérience du président de la Knesset lui permet d’imposer son propre agenda à la Knesset avec des séances de nuit à rallonges.

Il semble que cette façon de cogner en permanence soit stérile car elle renforce au contraire la cohésion de la coalition dont aucun membre ne veut entendre parler d’élections. La majorité joue serrée autour des leaders des formations et ne donne pas l’impression de vouloir abandonner ses postes au gouvernement. Mais Netanyahou a besoin de maintenir son clan mobilisé s’il veut éviter tout changement de leadership au Likoud.

Résidence de Netanyahou à Césarée


Le vote du budget à la Knesset sera la dernière chance donnée à Netanyahou pour renverser la situation. Il sait que passé cet épisode, il devra attendre plusieurs mois avant d’envisager son retour ou alors son retrait définitif de la politique. A 72 ans, il peut se permettre de laisser sa place s’il veut que le Likoud reste toujours le premier parti à la Knesset et revienne au pouvoir sous une autre gouvernance. Il lui faut pour cela une forte capacité de sacrifice pour rejoindre définitivement la retraite de Césarée.   

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