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lundi 5 juillet 2021

Révélation double par Claude MEILLET

 

RÉVÉLATION DOUBLE


Par Claude MEILLET

 


Sa culture personnelle, son activité professionnelle, ne le conduisaient pas naturellement à la méditation transcendantale. Rationnel, homme de terrain, cet ami ingénieur, curieux de tout par ailleurs, était venu le trouver. La lecture d’une série de découvertes dans le domaine spatial, l’avait conduit à une réflexion qu’il souhaitait partager avec le groupe. Une double révélation, en quelque sorte. Curieux à son tour de découvrir cette découverte, et d’y intéresser le cercle d’amis, Jonathan proposa à sa troupe de consacrer leur prochaine réunion à l’exposé de «révélations». Jouant, légèrement vicieusement, sur le ressort du suspens. Son côté «hitchcoquin», comme s’amusait à le dire une amie. Été oblige, tout se passa sur la plage, maillots de bain et parasols y compris.



élevage


Savoir qu’on est toujours plus petit que quelque chose ou quelqu’un, permet d’activer le sens des proportions, énonça l’ingénieur, en introduction. Notre petite Terre n’est qu’un composant d’atomes à l’échelle de l’univers. Être concrètement immergé dans cette réalité peut stimuler, comme ce fut son cas, une prise de conscience. Protéger, renforcer l’unité de ce précieux composant. Pour éviter qu’il n’explose ou qu’il se dissolve. Et, comme ce fut encore son cas, prendre en compte deux révélations.

Celle de l’unité de notre monde, tout d’abord, nous les Terriens. Nous le savons tous, un peu plus. Les animaux sentent. Au-delà du développement de l’odorat, un attribut en soi déjà distinctif. Au-delà de la sensation, ils ressentent. C’est-à-dire que la sensation provoque un effet mental. La peur, l’empathie, la colère. Il ne s’agit pas d’en faire une traduction anthropomorphique. Mais de comprendre, nous les hommes, qu’à côté de notre propre système de connaissance, existe non pas le vide, mais une série de systèmes cognitifs différents. Du plus petit animal au plus gros. À plumes, comme à poils, et même avec écailles. Du plus éloigné de nous à l’animal de compagnie. L’ignorer est plus qu’une erreur. C’est une faute. Qui trouve sa pleine lumière ici, dans l’indignité des élevages «extensifs» Où l’extension vaut pour les profits des exploitants. Mais pas pour les vaches, veaux, poulets, oies, dindons. Qui passent leur courte vie, gavés, enserrés. Qui ne quittent l’auge que pour l’abattage. La Fontaine aurait encore des choses à nous dire.

Surprise plus récente, plus grande encore. La nature, sous toutes ses formes, sauvage ou cultivée, vit sa vie. Sa vie à elle. La révélation de cette vie particulière, insoupçonnée, est passée par les arbres, en première instance ; ça se discute encore, entre scientifiques, comme il est d’usage. Mais, ce qui est indiscutable, c’est que les arbres sont doués de capacités cognitives, sensorielles. Ce sont des organismes vivants, qui s’entraident, qui mémorisent des expériences, qui réagissent ensemble à des agressions. Ils communiquent entre eux par un réseau de champignons, où passent des molécules et des messages. Les forêts israéliennes participent ainsi, plus clandestinement qu’on ne le suppose, à l’enracinement de l’identité du pays. Les plantes elles aussi, apportent leur contribution à cette cinquième tribu, dont le président Rivlin n’avait pas connaissance.  Grâce à leurs racines. Capables ainsi de détecter des voisines proches, de percevoir la gravité, d’évaluer leur position, d’apprécier le vent et de s’en protéger. Et d’enregistrer les évènements dans une forme spécifique de mémoire. Je parie que si on sait enregistrer le cri de la carotte, on ne pourra pas l’oublier.

Celle qui, pour moi, citoyen lambda, représente la seconde révélation, nous concerne, nous, simples humains. Une révélation qui provient cette fois, non du déficit de connaissance, mais du manque de réflexion. L’unité humaine. Nos différences tiennent à des erreurs. Structurelles déjà. Reconnaissant humblement son maigre intérêt pour la dimension politique de la vie, il déclara n’avoir pris conscience du déphasage de la vie politique que récemment. Immense surprise. Un nouveau gouvernement remplace en Israël un gouvernement statufié par douze années d’existence. Sous les feux de l’apocalypse qui lui sont promis. Que se passe-t-il ? Rien. Juste l’espoir. Et un premier ministre emblématique, inamovible, subitement disparu. Sans que le ciel ne tombe sur le chef d’aucun chef. Un fossé entre vie quotidienne et vie publique. Impossible de pas chercher à comprendre. Et l’évidence s’impose. Désamour, désunion, puis décrédibilisation. Jusque, parfois, détestation. Une représentation nationale, codifiée, «nombrilisée» (il s’excusa du mot), sur segmentée, complexe, lente, qui ne suit plus la complexité de terrain, la rapidité des changements, la diversité des situations. Déphasage profond, auquel s’ajoutaient les failles d’une démocratie dévoyée. Approfondissement vertigineux de l’écart riches/pauvres. Excès du capitalisme débridé.

Erreur due à l’Histoire, ensuite. Une discipline pleine de vertus, instructive, formatrice. Je ne veux pas cracher dans la soupe dit l’ingénieur. Une discipline qui donne un visage au passé et fait revivre le monde d’où l’on vient. Mais qui outrepasse son pouvoir quand elle le met au service du pouvoir existant. Les faits historiques sont de faux vrais faits, recomposés à partir du présent. Qui peuvent nourrir le présent mais non le conditionner. Et encore moins préempter le futur. Les inconditionnels du respect rigide des traditions sont des empêcheurs de tourner l’innovation en rond. Qui plus est, lorsque l’histoire reçoit le renfort de la religion. Le summum étant atteint lorsque la religion est histoire. Une conjugaison de forces du passé qui peut aussi devenir celle de tous les dangers pour le présent et le futur.



Voilà, conclut l’orateur, tout essoufflé. Tout étonné aussi d’avoir été écouté attentivement, par une audience habituellement moins disciplinée. «Science sans conscience n’est que ruine de l’âme». Je voulais témoigner. Ces deux découvertes m’ont forgé une âme de citoyen.

Jonathan ajouta que cela lui semblait une conclusion digne d’intérêt à tous. Il demanda si une sur conclusion pouvait être faite. Ce qui amena l’éternel jeune vieux libraire à souligner qu’en mettant les animaux, les arbres, les plantes, les historiens et les politiciens dans le même panier, la solidarité et la fraternité tenait au seul être pleinement conscient, justement, sur la terre, l’être humain.

 

5 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Il est une autre merveilleuse révélation peut-être un peu oubliée : l'astrophysicien Hubert Reeves, ne nous avait-il pas expliqué que nous autres, humains, nous étions "Poussières d'étoiles" ?

ingrid Israël-Anderhuber a dit…

Cher Jonathan, j’ai un peu de mal à suivre le raisonnement de votre ami ingénieur. D’abord il dit que les animaux ont des capacités cognitives qu’il serait pour l’homme une faute d’ignorer puis, dans un mouvement d’humeur, il les jette dans un panier où ils rejoignent les arbres et les plantes, qu'il vient pourtant tout juste d’admirer, et où se trouvent déjà les historiens, qu'il rend responsables de je ne sais quoi, et les politiciens qui, apparemment, lui font perdre le nord. Pour ne garder finalement à l’esprit que la solidarité et la fraternité tiennent au SEUL être pleinement CONSCIENT, justement, sur la terre, à savoir l’être humain.
?!
Or cette sur conclusion extrême est-elle vraiment juste ? On peut aller vers la Bible, en Nombres 22, 21- 35 pour en juger ?

Contexte : Les enfants d’Israël ont quitté le Sinaï et campent à présent dans les plaines de Moab. Balak, roi de Moab, prend peur. Il envoie chercher le renommé devin Balaam pour qu’il maudisse Israël. Balaam consulte Dieu qui lui interdit de répondre à la demande de Balak. Mais finalement ne résistant pas à l’appât du gain…
«Balaam se leva le matin, sella son ânesse, et partit avec les chefs de Moab. La colère de Dieu s'enflamma, parce qu'il était parti ; et l'ange de l'Eternel se plaça sur le chemin pour lui résister. Balaam était monté sur son ânesse, et ses deux serviteurs étaient avec lui. L'ânesse vit l'ange de l'Eternel qui se tenait sur le chemin, son épée nue dans la main ; elle se détourna du chemin et alla dans les champs. Balaam frappa l'ânesse pour la ramener dans le chemin. L'ange de l'Eternel se plaça dans un sentier entre les vignes ; il y avait un mur de chaque côté. L'ânesse vit l'ange de l'Eternel ; elle se serra contre le mur, et pressa le pied de Balaam contre le mur. Balaam la frappa de nouveau. L'ange de l'Eternel passa plus loin, et se plaça dans un lieu où il n'y avait point d'espace pour se détourner à droite ou à gauche. L'ânesse vit l'ange de l'Eternel, et elle s'abattit sous Balaam. La colère de Balaam s'enflamma, et il frappa l'ânesse avec un bâton. L’ETERNEL OUVRIT LA BOUCHE DE L’ÂNESSE, ET elle dit à Balaam : Que t'ai je fait, pour que tu m'aies frappée déjà trois fois ? Balaam répondit à l'ânesse : C'est parce que tu t'es moquée de moi ; si j'avais une épée dans la main, je te tuerais à l'instant. L'ânesse dit à Balaam : Ne suis-je pas ton ânesse, que tu as de tout temps montée jusqu'à ce jour ? Ai-je l'habitude de te faire ainsi ? Et il répondit : Non. L’ETERNEL OUVRIT LES YEUX DE BALAM, ET Balaam vit l'ange de l'Eternel qui se tenait sur le chemin, son épée nue dans la main ; et il s'inclina, et se prosterna sur son visage. L'ange de l'Eternel lui dit : Pourquoi as-tu frappé ton ânesse déjà trois fois ? Voici, je suis sorti pour te résister, car c'est un chemin de perdition qui est devant toi. L'ânesse m'a vu, et elle s'est détournée devant moi déjà trois fois ; SI ELLE NE SE FÛT PAS DETOURNEE DE MOI, JE T’AURAIS MÊME TUE, et je lui aurais laissé la vie. Balaam dit à l'ange de l'Eternel : J'ai péché, car je ne savais pas que tu te fusses placé au-devant de moi sur le chemin ; et maintenant, si tu me désapprouves, je m'en retournerai. L'ange de l'Eternel dit à Balaam : Va avec ces hommes ; mais tu ne feras que répéter les paroles que je te dirai. Et Balaam alla avec les chefs de Balak...»

«Science sans conscience n’est que ruine de l’âme». Okay. Mais ici ruine de qui ? De l’homme complètement inconscient (sans réflexion) et brutal ou de la bête aimante et consciente du danger  ?
Et ici, dans le texte biblique, d’où vient LA REVELATION, LA DOUBLE révélation qui a permis ce dénouement finalement heureux pour l’homme ?
Il y aura d’autres choses à dire...

Jonathan a dit…

Jonathan vous remercie Ingrid pour ce développement biblique apporté à la réflexion rationaliste initiale de son copain ingénieur, et pour participer ainsi à son éducation judéo religieuse.

ingrid Israël-Anderhuber a dit…

A Jonathan,
(Suite)
Votre copain dit : «Les faits historiques sont de faux vrais faits, recomposés à partir du présent. Qui peuvent nourrir le présent mais non le conditionner. Et encore moins préempter le futur.» Dommage qu’il ne donne pas d’exemples de ces faux vrais (?) faits. Donc mystère pour moi.
Quoi qu’il en soit, ce qui est peut être vrai concernant l’Histoire humaine ne l’est cependant pas pour l’Histoire BIBLIQUE. En effet, remontons 2000 ans en arrière dans le passé BIBLIQUE d’Israël sous occupation romaine...

* en l’an 33, «comme Yeshoua (grécisé Jésus mais ici on va lui rendre et garder son nom hébreu) approchait de Jérusalem, en la voyant, il pleura sur elle et dit : Il viendra sur toi des jours où tes ennemis t'environneront de palissades, t'encercleront et te presseront de toutes parts ; ils te nivelleront au ras du sol, toi et tes enfants au milieu de toi, et ne laisseront pas en toi pierre sur pierre...» Un peu plus tard «comme Yeshoua s'en allait, au sortir du temple, comme quelques-uns disaient du temple qu'il était orné de belles pierres et d'objets apportés en offrandes, Yeshoua dit : Les jours viendront où, de ce que vous voyez, il ne restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée (…) Ils [les Juifs] tomberont sous le tranchant de l'épée, ils seront emmenés captifs parmi toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu'à ce que les temps des nations soient accomplis (ou jusqu'à la fin des temps des nations).» (Luc 19, 43-44 ; 21, 5-24 ; Levi-Matthieu 24, 1-2 ; Yohanan-Marc 13, 1-2)

Ensuite, l'histoire séculière nous apprend qu’environ 40 ans après ces paroles de Yeshoua, en l'an 70, Titus détruit Jérusalem et son temple :

LA PROPHETIE DE YESHOUA COMMENCE A S’ACCOMPLIR.

Par la suite Hadrien fait reconstruire Jérusalem (…) puis autre révolte juive puis...

* Dispersion du peuple et...
* Occupations successives d'Israël par des nations étrangères.

LA PROPHETIE DE YESHOUA CONTINUE DE S’ACCOMPLIR : (grosso modo) Occupation byzantine, perse, arabo-musulmane (Dôme du rocher), égyptienne, franque/croisés, mameluke, turque-ottomane, et finalement britannique en 1917 jusqu'en...

* 1948 où Israël est rétabli devant le monde entier (proclamation officielle de D. Ben Gourion). Avec 1/2 Jérusalem (capitale biblique).

Ici, accomplissement aussi de la prophétie d’Isaïe (700 ans avant Yeshoua) : «Avant d'être en travail, Sion a accouché ; avant que les douleurs lui viennent, elle a donné le jour à un fils. Qui a jamais entendu rien de pareil ? Un pays peut-il naître en un jour ? Une nation est-elle enfantée d'un seul coup ?» (Isaïe 66 v. 7-8)
OUI ! Un pays peut naître en un jour : Israël.
OUI ! Une nation est enfantée en un jour : Israël.
Exactement le 14 mai 1948 car dit l’Eternel : «Je veille sur ma parole pour l’exécuter.» (Jérémie 1, 12)

* Puis en juin 1967 la Guerre des Six-Jours débouche sur la victoire fracassante d'Israël sur les nations arabes : Jérusalem est réunifiée (2/2), c’est-à-dire relevée.


LA PROPHETIE DE YESHOUA S’EST PARFAITEMENT ACCOMPLIE : Destruction du temple et de Jérusalem, dispersion du peuple, occupations successives d'Israël par les nations, relèvement (= réunification) de Jérusalem, et donc également en juin 1967 officiellement accomplissement, ou fin des temps des nations (il ne s’agit pas de la fin du monde ! Ok ?).

Voici donc de vrais vrais faits historiques qui, conditionnés par le passé - car du domaine de la REVELATION (égal grec apocalypse) -, n’ont donc absolument pas pu être recomposés à partir du présent qu’ils nourrissent cependant tout en le conditionnant et en préemptant le futur, ce qu’on verra à l’occasion...

Jonathan a dit…

bravo pour ce CQFD biblio-historique