LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE, cliquer sur l'image pour lire l'article


 

mercredi 14 juillet 2021

Ces députés qui changent d'avis une fois élus

 


CES DÉPUTÉS QUI CHANGENT D’AVIS UNE FOIS ÉLUS


Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps

           

Lieberman et Orly Levy-Abecassis

 

          Il y a une certaine malhonnêteté à se faire élire à la Knesset sur une liste puis à ne plus accepter les règles et la discipline du parti. Les petits partis sont en effet intéressés à accueillir des personnalités nouvelles indépendantes pour muscler leur offre mais il s’agit souvent d’éléments opportunistes, volatils, intéressés par leur seul sort. Dans la précédente Knesset, Orly Levy-Abecassis était passée de la droite nationaliste d’Avigdor Lieberman au parti travailliste pour obtenir un siège que son micro parti Gesher n’avait pas obtenu. Une fois élue, elle a trahi sa nouvelle formation pour offrir sa voix à la droite et au Likoud où elle est effectivement plus à sa place. Mais ces virevoltes l'ont empêchée d’être ministre, son rêve inaccessible. 



Elie Avidar


            Lors de cette nouvelle Knesset, Elie Avidar, né Aboudara à Alexandrie, a lui aussi été élu sans convictions au sein du parti Israël Beitenou car aucun autre parti n’a voulu de lui et une fois élu, après un premier vote durant lequel il s’est opposé à la coalition, il a décidé de faire cavalier seul avec la volonté de créer un nouveau parti comme s’il en manquait en Israël. Il a refusé la discipline de vote sur la loi des factions divisées permettant à quatre députés d’un parti à faire scission alors que la loi imposait jusqu’alors un minimum d’un tiers de députés. Il avait déjà menacé de voter contre la formation du gouvernement s’il n’obtenait pas le ministère des Affaires du Néguev et de la Galilée qu’en fin de compte il n’a pas pris. mais il n'a pas eu le courage de démissionner.

Amichai Chikli


Outre Avidar, le député Amichai Chikli, d’origine tunisienne, s’est transformé en opposant une fois élu au sein de Yamina. Il est vrai que ses convictions penchent plutôt vers le Likoud mais les listes étant closes par décision de Netanyahou, il s’est rabattu sur le parti de Naftali Bennett, le seul à lui permettre d’entrer à la Knesset. En mai 2021, il avait certes déclaré qu'il voterait contre un gouvernement contenant le parti Meretz ou la Liste arabe unie. Ainsi, lorsque son parti Yamina a rejoint un gouvernement de coalition comprenant Meretz, il a voté contre le nouveau gouvernement lors de son vote d'investiture le 13 juin, le seul député de Yamina à s'opposer. Cependant, le 23 juin, menacé d’exclusion, il a promis de voter en faveur de la plupart des lois proposées par le gouvernement de coalition. Mais c’était une promesse en l’air car, après une nuit d’intenses débats, il a rejeté la loi sur la citoyenneté permettant à l'opposition d'enregistrer une victoire imprévue. 




            Nombreux sont ceux qui considèrent ces trois défections comme une contestation séfarade, et ce n’est pas un hasard. Ils regrettent que la coalition ait laissé peu de place aux séfarades qui sont certes en forte majorité au Likoud, depuis l’arrivée de Menahem Begin au pouvoir en 1977. Ils lui sont redevables d’avoir obtenu des postes au gouvernement alors que l’intelligentsia ashkénaze avait tout fait pour les en écarter. Contrairement à ce que l’on croit, ce problème de ségrégation perdure encore en Israël, à l’exception de l’armée. Quelques séfarades dans les listes constituent toujours des alibis pour faire croire que la discrimination est une affaire du passé. Le fait est là, les séfarades émargent en masse au Likoud et à Shass où ils pensent avoir le plus de poids et peu dans les autres partis. Pour la première fois, ils sont en minorité au gouvernement.

            La Knesset veut limiter ce genre de trahison en imposant des règles strictes qui s’appliquent soit à un député exclu soit à un député qui quitte sa formation. Il est considéré alors comme un «député rebelle» qui siège dans les bancs des non-inscrits avec tous les inconvénients financiers d’une non appartenance à un groupe. Aux prochaines élections, il lui sera interdit de rejoindre un parti existant. Il peut certes créer un nouveau parti avec les risques que connaissent tous ceux qui se lancent seuls dans cette aventure. Ofer Shelah de Yesh Atid a été éliminé de la Knesset pour avoir voulu faire cavalier seul. Une autre solution s’offre au rebelle, démissionner de la Knesset juste avant les nouvelles élections pour rejoindre un parti existant. Mais peu ont le courage d'abandonner leur poste de député en cours de mandature ce qui permettrait au suivant de liste, plus discipliné, de prendre sa place et de maintenir intacte la majorité gouvernementale..

Noy Bar


            Depuis sa défaite, Netanyahou travaille sans cesse pour favoriser les défections parmi les membres de la coalition. Mais dans le cas de Chikli, son fils a effectué le travail discrètement. Amichai Chikli vient de nommer Noy Bar comme sa porte-parole et attachée parlementaire. Chef du service d'information du Mouvement Im Tirtzu, étudiante en maîtrise de communication et en sciences politiques à l'Université hébraïque de Jérusalem et ancienne capitaine dans Tsahal, Noy Bar est accessoirement l’épouse d’Avner Netanyahou, l’autre fils de l’ancien premier ministre. 



          Chikli se défend d’avoir fait le choix de la famille Netanyahou car, selon lui, sa collaboratrice a «accompli avec succès toutes les tâches qu'il a assignées aux candidats dans le but de vérifier leur adéquation et s'est clairement démarqué des autres candidats». Il faut être naïf pour le croire. Mais il sera difficile au député de Yamina de s’opposer frontalement à Netanyahou alors qu’il songe sérieusement à rejoindre le Likoud, adapté à toutes ses convictions politiques et même communautaires.

            Ayelet Shaked souhaite expulser ce député douteux mais Naftali Bennett préfère temporiser en espérant le voir voter avec la coalition lors de prochains votes, le vote du budget en particulier.  Il compte surtout sur la nouvelle loi votée qui permet à seulement quatre députés du Likoud, intéressés par un portefeuille ministériel, de faire scission pour rejoindre Gideon Saar. Il n'aura plus alors de problème de majorité. Une chimère!

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Bonjour,

La vie politique normale après un changement de majorité:
c'est great, il y a du mouvement.

Avant, le temps jouait avec B.N.;
maintenant, c'est l'inverse.

Notez qu'il faut du temps, aussi, pour que les choses se tassent,
que le pouvoir s'assoit réellement sur tout l'état.

Cdl