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samedi 19 juin 2021

Tout comme Trump, Netanyahou n'exclut pas de revenir

 


TOUT COMME TRUMP, NETANYAHOU N’EXCLUT PAS DE REVENIR


Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps 

      Le gouvernement BENNETT a eu la confiance de la Knesset par 60 voix contre 59.


     Après douze années de pouvoir sans partage, Benjamin Netanyahou est contraint par la Knesset à mettre fin à son règne, laissant au nouveau gouvernement la tâche immense de soigner une nation totalement malade par la division. Ses opposants ont chanté et dansé devant la résidence du premier ministre mais le combat commence réellement à l’entrée en fonction du nouveau gouvernement qui devra faire face à plusieurs défis. Malgré son génie politique, Netanyahou n’a pas réussi, après les élections israéliennes du 23 mars, à constituer un gouvernement à sa mesure. Quatre tentatives se sont soldées par des échecs car la haine s’est instillée au sein d’une droite, pourtant majoritaire dans le pays, rongée par les dissensions.




Cette haine s’est encore déversée le jour de l’investiture du premier ministre, affublé de tous les noms d’oiseaux et empêché de parler à la tribune de la Knesset. Le Likoud s’est comporté en mauvais perdant en empêchant systématiquement Naftali Bennett de s'exprimer à la tribune et en faisant preuve d’un manque évident de courtoisie et de démocratie pour forcer le nouvel élu au silence. Un tel désordre régnait dans l’assemblée à tel point que Yaïr Lapid a préféré renoncer à son discours en s’excusant auprès de sa vielle mère pour s’être déplacée pour assister à un si triste spectacle peu démocratique. Un spectacle honteux de la droite et de l’extrême-droite a été offert aux Israéliens qui ont subi en direct l’expression de l’image d’un parti jusqu’alors dominateur mais aujourd’hui battu. Les perdants se sont montrés indignes de leur fonction élective.

Le nouveau gouvernement comprendra des partis de tous les horizons politiques, y compris, pour la première fois, un parti qui représente la minorité arabe évaluée à 20% de la population. La tâche énorme à laquelle seront confrontés les nouveaux dirigeants concerne plus les réformes intérieures qui ont été négligées par les précédents gouvernants plutôt que les questions internationales. A moins d’une surprise, la question palestinienne, sujette à des éventuelles dissensions, ne sera pas abordée dans un premier temps.



Les manifestants ont anticipé le départ du premier ministre en manifestant devant sa résidence officielle à Jérusalem, avec des banderoles «Au revoir -bye, Bibi, Bye-bye», et en chantant accompagnés de tambours. Ses opposants ont fustigé sa rhétorique de division, ses tactiques politiques trompeuses et la soumission des intérêts de l'État à sa propre survie politique. Ses partisans sont en deuil et ne comprennent pas que le pays puisse tourner le dos à un dirigeant, selon eux, dévoué aux questions sécuritaires et résistant aux pressions internationales pour s’opposer à la création d’un État palestinien. Ils condamnent leur ingratitude alors qu’il a signé des accords de paix avec les pays arabes. Lapid et Bennett ont convenu que leur première préoccupation sera de combler les divisions politiques internes et de répondre au défi de l’Iran.

Mais nombreux sont ceux qui rêvent à un retour de Netanyahou à l’instar de ce que prépare Donald Trump. Ils comptent sur la fragilité d’un gouvernement hétéroclite qui explosera à terme en raison de ses divergences politiques. Mais rien n’est moins sûr car justement sa diversité est un gage de réussite, de durée, voire d’une durée historique de quatre années. En effet, aucun clan n’a intérêt à quitter le gouvernement en cours de mandat car il n’obtiendra pas plus d’avantages. La place de premier ministre est certes convoitée mais les prétendants sont nombreux. Le duo Bennett-Lapid a eu l’intelligence, contrairement à Netanyahou, de donner des postes de haut niveau aux leaders des partis et d’équilibrer la distribution des postes ministériels pour ne créer aucune frustration. Tous les leaders ont obtenu les postes qu’ils briguaient en fonction de leurs compétences.



Rompre l’engagement serait un suicide politique car cela conduirait à de nouvelles élections législatives stériles. Les électeurs ne pardonneront pas aux nouveaux gouvernants d’avoir été entrainés dans un nouveau scrutin stérile et de voir gâchée une opportunité exceptionnelle d’alternance. Alors ils les sanctionneront sans pitié en votant en masse pour Netanyahou. C’est pourquoi, il ne fait aucun doute que ce gouvernement de compromis et de consensus aura une durée de vie plus longue que les précédents, à condition que les egos soient rangés dans les tiroirs de l'Histoire.

Dans l’espoir d’exploiter à son profit les manifestations arabes, Netanyahou a favorisé le rassemblement des clans palestiniennes pourtant fortement divisés. En arrêtant sur une route de Jérusalem plusieurs bus transportant des Arabes israéliens se dirigeant vers la mosquée al-Aqsa lors de la nuit la plus sainte du Ramadan, il a voulu les humilier et leur prouver qu’ils étaient des citoyens de seconde zone en les forçant à se rendre à pied à Jérusalem. Cette provocation n’a rien amené de bon. Elle a créé la haine entre communautés. Pire, les manifestations ont été d’une ampleur sans précédent. En cherchant à diviser les Arabes, on a réussi l’inverse, à le forcer à s’unir alors que les uns sont citoyens israéliens et que les autres portent des cartes de séjour avec de nombreuses restrictions.

Le 18 mai, les Arabes du pays et de Cisjordanie ont organisé une grève générale historique à l'échelle nationale. Des groupes de Nazareth et de Haïfa ont organisé des bus pour favoriser la participation des Arabes israéliens. Netanyahou a eu le tort de croire qu'il pouvait supprimer, fragmenter et modeler une population qui, grâce à lui, a trouvé avec peine une unité. La présence d’un ministre arabe dans le nouveau gouvernement permettra certainement de renouer avec la population arabe d’Israël qui reste indispensable au développement du pays. L’union ne s’exprimera pas uniquement au sein du gouvernement mais entre toutes les communautés, entre les laïcs et les religieux, entre la droite et la gauche, entre séfarades et ashkénazes et surtout entre Juifs et Arabes.

1 commentaire:

Avraham NATAF a dit…

Une majorité formée d'affamés de portefeuilles ministériels et de gloriole de 61 sur 120 sièges et 59 à l'opposition (Netanyahu). Une lutte personnelle sans être concernée pour la terre d'Israël, promesse biblique. Cette majorité de hellénistes ou apicorous du Talmud ne ressemble pas aux créateurs de l'État Juif de Herzl, Ben Gourion ou de Golda Meir. La logique peut etre rassurante et mener au suicide, l'abandon, l'assimlation, la disparition ou meme dans le choix de ne pas avoir d'enfants à l'opposé de la passion qui prefre l'amour aux bonnes raisons. La majorité fabriquée et non élues est déjà menacée de l'intérieur par ceux qui n'ont pas bénéficié dans le partage du gâteau et qui menacent de voter selon leur "conscience".