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mercredi 16 juin 2021

Naftali Bennett, premier ministre sous curatelle

 


NAFTALI BENNETT, PREMIER MINISTRE SOUS CURATELLE

Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps 


          Naftali Bennett sera nommé le 13 juin 2021 premier ministre mais en réalité le pouvoir sera entre les mains du leader de Yesh Atid qui dispose à la Knesset du plus grand groupe de députés et qui, avec le soutien de Benny Gantz, sera l’homme fort du gouvernement. Il sera en fait sous une sorte de curatelle au sein d’une équipe multicolore. Sans être hors d'état d'agir lui-même, il sera conseillé ou contrôlé dans certains actes du gouvernement. C’est d’ailleurs pour cela que Lapid a accepté de céder sa place, par efficacité. D’ailleurs un signe ne trompe pas, Yaïr Lapid a lui-même constitué le gouvernement dans ses moindres détails, dans le cadre du rôle que lui a attribué officiellement le président Rivlin. Certes Bennett a imposé sa marque dans le choix de certains ministres mais il était trop minoritaire pour être le maitre d’œuvre de la coalition. Le but recherché par l’opposition sera toutefois atteint : renvoyer Netanyahou vers les bancs de l’opposition.





Il est trop tôt pour évaluer l’ampleur des changements qui seront imprimés au pays car non seulement les ministres doivent prendre place progressivement après une longue période d’opposition, mais toutes les administrations, censées être officiellement apolitiques, devront se plier aux directives imposées par les nouveaux gouvernants. La nomination de Bennett a été imprévisible car il ne dispose que de 7 sièges sur 120 à la Knesset, voire 6 après la défection de Amichai Chikli. Par ailleurs, il n’a pas la carrure d’un premier ministre car il a oscillé d’un bord à l’autre de l'échiquier politique et a hésité dans ses décisions pour faire tanguer la balance politique de son côté à l’instar d’une girouette tournant en fonction du vent politique. Il avait été tenté de retourner auprès de ses amis naturels, mais il avait compris qu’il serait écrasé par les personnalités de Bezalel Smotrich et d’Itamar Ben Gvir, des nationalistes purs et durs.

La haine à son égard a explosé au point qu’il a été accusé de traitrise par ses amis et par quelques feuilles de choux francophones dont la violence n’a d’égale que leur insignifiance. Les députés orthodoxes exigent à présent que Bennett «retire sa kippa, car il la déshonore». Quand la religion se pare de politique, les limites de la décence sont franchies. Mais la fureur des orthodoxes, qui ne sont plus au gouvernement, s’explique car leur financement sera dorénavant tari et il n'est pas impossible que dans les semaines à venir ils iront à Canossa.

Lapid, Bennett et Abbas


Bien que le nouveau premier ministre soit un personnage terne sans charisme, il fut plusieurs fois ministre, ministre de l’Économie, ministre des Affaires religieuses, ministre de la Diaspora, ministre de l'Éducation et enfin ministre de la Défense. Il savait rebondir après des épisodes difficiles car son ambition, presque démesurée, l’avait poussé à tous les renoncements, en particulier sa future collaboration avec le parti islamiste Raam de Mansour Abbas.  Ses amis se sont déchainés : «Tu as vendu ta terre et ton peuple pour ton siège, traître à Israël». Des mots violents qui avaient disparu après l’assassinat d’Itzhak Rabin alors que les Israéliens doivent rester unis pour faire face aux défis de la pandémie pas encore jugulée, de la crise économique naissante et de la sécurité du pays.

Bennett a voulu faire preuve de pragmatisme et de réalisme : «À un moment aussi crucial, la responsabilité doit être prise. C'est pourquoi j'annonce aujourd'hui que j'ai l'intention d'agir de toutes mes forces pour former un gouvernement d'union nationale avec mon ami Yaïr Lapid, afin que, si Dieu le veut, nous sauvons ensemble le pays de cette chute libre - et nous remettrons Israël sur pied. Yaïr et moi sommes en désaccord sur un certain nombre de questions de fond. Mais nous sommes partenaires dans notre amour pour le pays et notre volonté de travailler pour le bien du pays».

Les chefs de la coalition


Le programme commun qui a été publié est suffisamment flou pour permettre d’y inclure toutes les options de la coalition : «Le gouvernement s'efforcera de réparer les divisions entre les différentes parties de la société israélienne et de fortifier les fondations d'Israël en tant qu'État juif et démocratique, dans l'esprit de la Déclaration de l'Indépendance. Le gouvernement travaillera pour renforcer la sécurité nationale d’Israël et protéger la sécurité de tous les citoyens israéliens, parallèlement à sa poursuite constante de la paix». 

Officiellement, Lapid servira de premier ministre suppléant et de ministre des Affaires étrangères. Mais pratiquement il sera le ministre le plus fort du gouvernement et l'arbitre ultime, en collaboration avec Avigdor Lieberman. Certes Lapid et Bennett, auront un droit de veto sur chaque décision du gouvernement, ce qui implique que toutes les grandes décisions seront collégiales pour éviter qu’un seul chef impose sa loi. Mais selon l’accord cadre de coalition, signé entre Yesh Atid et Yamina, seul Yesh Atid a négocié avec les autres partis et signé des engagements. Le futur premier ministre n’est donc pas engagé avec les autres leaders de l’opposition. Lapid voulait être seul à arbitrer les différences idéologiques des partenaires de la coalition qui occupe tout l’espace politique entre l'extrême droite et l'extrême gauche.

Les accords stipulent que l’ajout d'autres partis à la coalition exige l'approbation du Premier ministre et du Premier ministre suppléant, empêchant ainsi la modification de l’équilibre politique au sein du gouvernement sans consensus. Ces deux dirigeants décideront conjointement des sujets soumis au vote du gouvernement prouvant à quel point Bennett sera réellement faible au sein des commissions de la Knesset. Le pouvoir de vote au sein du gouvernement et des comités ministériels sera égal. Le Cabinet de sécurité, qui décide des grandes mesures sécuritaires, sera composé de 12 membres, répartis à parts égales entre les deux blocs. Mansour Abbas ne fera pas partie de ce Cabinet. Le Premier ministre en exercice déterminera l'ordre du jour de ses réunions.




Il est fort probable que Netanyahou sera désigné comme chef de l’opposition mais ce rôle sans envergure ne lui convient pas beaucoup après ses douze années de gouvernance sans partage. Des rumeurs persistantes font d’ailleurs état de sa volonté de prendre du recul, voire de démissionner de la Knesset pour attendre des jours meilleurs. D'ailleurs des mesures sont en cours pour empêcher Netanyahou de se présenter aux prochaines élections législatives après modification de la Loi fondamentale. Gideon Saar, qui ne s’est pas remis de son échec à prendre la direction du Likoud, orchestrera les opérations en tant que ministre de la Justice et espère éliminer son dernier obstacle pour réintégrer son parti débarrassé d’un leader omniprésent.

Lapid mettra tout en œuvre pour garantir une longue vie au nouveau gouvernement afin de déjouer les pronostics pessimistes qui en font un simple gouvernement de transition avant le retour de Netanyahou. Pour cela il devra impulser des changements significatifs attendus par les Israéliens pour donner une crédibilité à ce gouvernement hétérogène. Il aura à prouver que l’unité au sein du gouvernement n’est pas un vain mot.

 

6 commentaires:

Tordjman a dit…

Très bonne analyse Mr. Benillouche. À laquelle je rajouterai que Bennett ne dispose d'aucun poids parlementaire avec ses 6 députés, et qu'il n'aura aucune capacité à renvoyer un de ses ministres selon les accords de coalition. Ce sera le Premier ministre le plus faible de l'histoire, une sorte de président de l'État bis. Cela en dit long sur la vanité du personnage qui aura trahi son camp, son idéologie (si effectivement il en avait une) et surtout ses électeurs pour un titre sur le papier. Par contre chaque ministre aura un pouvoir considérable sur son ministère ce qui l'a aussi sera une première pour Israel. Les Liberman, Saar, Lapid, Gantz, Michaeli, Horovitz, Abbas bordés d'un côté par un Premier ministre de pacotille, et de l'autre par le fait que leur parti tient la coalition seront les maitres chez eux. Le gouvernement pourrait bien tenir les 4 ans juste par le pouvoir gouvernemental énorme, et les budgets en milliards qui vont avec, dont disposeront les chefs de parti et qu'ils ne voudront pas compromettre par de nouvelles élections.

Anonyme a dit…

Bonjour,

M. Tordjman, il y a une différence entre celui qui milite pour obtenir une position politique et celui qui devient premier ministre.

Sur la forme, vous avez raison, ce gouvernement est hétéroclite mais, dans le fond, la politique n'est pas celle d'un homme, unique, elle est le fruit des discution d'un gouvernement.

Vous devriez chérir le fait qu'Israel ai la capacité d'essayer; après tout, celui qui ne tente rien obtient-il quelque chose ? je ne le crois pas.

C'est peut-être ce gouvernement qui obtiendra le plus pour le peuple d'Israel; enfin, je modère mon propos en vous affirmant que B. Netanyahou et ses différents gouvernements ont fait beaucoup; mais maintenant, c'est le nouveau gouvernement qui prend la relève.

Ni plus ni moins.

Le roi n'est plus. Vive le roi. Que la coalition trouve la route pour affirmer un présent sans amoindrir ce passé et ses leçons qui ont fait coulé beaucoup, beaucoup d'encre.

Mon cher Tordjman, je suis optimiste car arabes, chrétiens et juifs sont remarquablement intelligents lorsqu'ils s'agit de se protéger ensemble et, donc, de construire des bâtisses solides.

Je me méfie plus de l'attitude de l'étranger; en ce sens, je crois que les services de contre espionnage israéliens vont avoir plus de boulot.

Voilà tout.

andre a dit…

Bennett adulé puis détesté et de nouveau adulé et maintenant rabaissé ! Faut savoir ! Selon le vent , tourné la girouette !
André Simon Mamou

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Cher André,
Je suis certainement en phase de sénilité car je ne souviens pas avoir fait l’éloge de Bennett dans aucun de mes trois articles sur lui. A fortiori je ne l'ai jamais adulé. Je pense avoir été toujours négatif envers lui car je le trouve instable politiquement et très léger. Mais si cela vous fait plaisir d'avoir une nouvelle raison de critiquer à fond perdu....

MG a dit…

Larousse donne comme définition de la trahison : manquement à la parole donnée, à un engagement ...et pour traître : celui qui commet une trahison. Ce qui est ben le cas de Bennett (et d'autres dirigeants d'alleurs).
A moins qu'en politique, les mots aient un autre sens...

andre a dit…

Exact ! Trois articles sur Bennett dont un virulent contre lui puis un article très atténué et un troisième pour rééquilibrer !
Au départ, il ne vaut pas grand chose, ensuite on fera avec, enfin de toutes les façons c’est Lapid son patron .

Je ne critique pas «  à fonds perdu » et j’ai même en mémoire plusieurs commentaires te félicitant ( même si aucun article de Tribune Juive n’a fait l’objet du moindre commentaire de ta part )
Pas grave du tout !
Andre Simon Mamou