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mardi 8 juin 2021

Naftali Bennett, miraculé politique

 

NAFTALI BENNETT, MIRACULÉ POLITIQUE


Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps

           


          Il y a peu de temps encore, personne n’aurait parié un shekel sur la nomination au poste de premier ministre de Naftali Bennett. Il était inconcevable qu’un leader de parti, ayant obtenu 7 sièges sur 120 à la Knesset, soit choisi par ses pairs pour occuper le poste suprême. Intrinsèquement il n’avait pas la carrure d’un premier ministre car il n’arrêtait pas d’osciller d’un bord à l’autre de l'échiquier politique. Il manquait de charisme et inconvénient suprême, il avait du mal à prendre des décisions fermes, préférant se comporter en girouette tournant en fonction du vent politique. Alors qu’il s’était éloigné de ses amis naturels, l'alibi de Gaza lui a permis de retourner à son clan d’origine, l’extrême-droite, mais il s’y était trouvé à l’étroit en compagnie de Bezalel Smotrich et d’Itamar Ben Gvir, des hommes aux convictions irréductibles.


Smotrich, Netanyahou, et Ben Gvir avec au second plan Mansour Abbas


            Netanyahou l’a toujours traité par le mépris car il ne supportait pas  les nombreuses trahisons de celui qui fut son directeur de cabinet. Au Likoud, une levée de boucliers voulait empêcher Bennett de reprendre du service tandis qu’Ayelet Shaked multipliait des exigences anomales pour ne pas sauter le pas. Elle n’avait pas oublié que Bennett l’avait abandonnée en rase campagne quand il fut nommé ministre de la Défense sans qu’il ait levé le petit doigt pour exiger un portefeuille pour elle. Parce qu’on lui a proposé un rang éligible sur la liste du Likoud avec un portefeuille ministériel à la clé, celle qui se croit la Dame de fer a longtemps hésité à accepter sa participation à un gouvernement Lapid, entrainant même la sécession au sein de Yamina.



Bennett, souvent qualifié de piètre politique, d’homme inconstant dans ses décisions et sans aucune vision d’avenir a cependant décidé de rejoindre une coalition hétéroclite de la Droite, du Centre et de la Gauche dans un positionnement qui ne manque pas de culot. Il a obtenu ce qu’il voulait parce que ses sept voix, qu’il a monnayées au prix fort, étaient indispensables à la coalition anti-Bibi. L’audace a payé. Ses amis sont sonnés par «ce petit garçon qui a des prétentions» selon la définition du leader des religieux orthodoxes séfarades. On l’accuse aussi d’avoir mis la kippa le jour où il était allé à la conquête du Parti National Religieux moribond. D’ailleurs son épouse est une vraie laïque.

            Mais il a des atouts qui font de lui un candidat recherché, à savoir son origine américaine grâce à des parents de San Francisco, natifs de Pologne. Il a passé une grande partie de son enfance aux États-Unis dont il détient la citoyenneté ce qui représente un avantage quand on dirige un gouvernement israélien. Parler la même langue que les grands alliés et connaitre la finesse américaine facilite les contacts entre hauts dirigeants.

Bennett sayeret maatkal


            Bien qu’il n’ait laissé aucun souvenir mémorable au sein de l’unité d’élite Sayeret Maatkal, il avait été modelé par le frère de Netanyahou, Yoni, mort lors de l’opération Entebbe en 1976. Cette mort l’avait marqué ce qui l’avait poussé à ne pas faire carrière dans Tsahal. Il a certainement gagné car modeste officier, il réussira mieux dans les affaires grâce à sa startup de cybersécurité Cyotta, créée à New-York en 1999 et revendue en 2005 pour 145 millions de dollars. Il confirmera ainsi que contrairement à d’autres politiciens, il n’a pas choisi la voie de la Knesset pour faire fortune. Mais un bon entrepreneur ne fait pas forcément un bon dirigeant politique et pourtant il a fait des sacrifices : «J’aurais pu finir ma vie à boire des cocktails dans les Caraïbes. J’ai troqué la sérénité des plages turquoise pour le vacarme de la Knesset». Il faut lui en savoir gré.

            Il doit totalement sa carrière politique à Netanyahou. En effet en 2006, il fut son chef du bureau de campagne qu’il abandonne deux ans plus tard pour être le chef des «colons», le Conseil de Yesha, acronyme hébreu pour Judée, Samarie, Gaza. Opportuniste, il devint leur leader sans jamais habiter la Cisjordanie mais une belle villa de Ra’ananna, au nord de Tel-Aviv.  Il militait alors pour le Grand Israël et Ehud Barak n’hésita pas à le traiter de «clown à la tête d’un parti nationaliste délirant qui sent le fascisme». Termes très durs qui ne représentaient pas la réalité d’un homme certes opportuniste.

       Cependant ce petit bonhomme fut plusieurs fois ministre, ministre de l’Économie, ministre des Affaires religieuses, ministre de la Diaspora, ministre de l'Éducation et enfin ministre de la Défense. On ne pourra jamais lui enlever cette qualité de savoir rebondir. Éliminé de la Knesset en 2019, il fut limogé de son poste de ministre de l’Éducation par Netanyahou qui en profita pour se débarrasser de lui. Ce fut d’ailleurs une erreur politique car le meilleur moyen de neutraliser un concurrent sérieux est de lui octroyer un strapontin ministériel pour le réduire au silence. Bibi en paie les conséquences aujourd'hui. 

Ministres du nouveau gouvernement


            Ambitieux au point d’être prêt à tous les renoncements, il a accepté de collaborer avec le parti islamiste Raam de Mansour Abbas ce qui a déçu une grande partie de ses électeurs de droite et surtout les ultras orthodoxes qui se sont déchainés : «Tu as vendu ta terre et ton peuple pour ton siège, traître à Israël». D’ailleurs la police a dû protéger les deux leaders de Yamina dans un pays qui a connu l’assassinat d’un premier ministre. Israël file un mauvais coton alors qu’il était qualifié de seul pays démocratique du Moyen-Orient. Le bruit des armes et l’assassinat politique semblaient pourtant être les ingrédients des seules dictatures des potentats arabes et des dictatures d'Amérique du Sud. Il est temps qu’un nouveau gouvernement multicolore change le cours des choses et remette le pays sur les rails de la démocratie. Un dirigeant ne peut pas être nommé à vie et ne peut pas encourager ses amis, le président de la Knesset en l’occurrence, à mettre des bâtons dans les roues de l'opposition pour retarder l’alternance. Il faut être fair play et reconnaitre sa défaite.  Les Israéliens doivent rester unis pour faire face aux défis de la pandémie pas encore jugulée, de la crise économique naissante et de la sécurité du pays.

 

1 commentaire:

Ibrahim a dit…

C’est signé paraît-il, quand est-ce que le parlement approuvera ? Quand est-ce que ce nouveau gouvernement entrera en fonction ?
Merci