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vendredi 2 juillet 2021

Le gouvernement israélien promu à un long avenir

 


LE GOUVERNEMENT ISRAÉLIEN PROMU À UN LONG AVENIR


Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps

Conseil des ministres

            

          Une grande partie des Israéliens est sceptique sur l’avenir de ce gouvernement hétéroclite mais paradoxalement il semble promis à un bel avenir avec une durée certainement plus longue que les précédents gouvernements. Il ne s’agit pas d’incantation mais bien d’un raisonnement où l’idéologie n’a plus sa place. La première raison simple est la lassitude des électeurs israéliens qui ne peuvent plus accepter des élections à répétition ne réglant rien mais aggravant la situation à chaque scrutin. La population est donc en phase de thérapie pour se défaire de l’addiction aux élections qui crée une dépendance psychologique.



Accord de gouvernement signé


            L’avenir assuré du gouvernement est dû à la méthodologie de sa constitution qu’a voulu appliquer son initiateur Yaïr Lapid. Il a demandé et obtenu que les égos soient rangés temporairement dans les tiroirs personnels pour plus d’efficacité car il voulait que l’accent soit surtout mis sur l’avenir du pays : «Nous ferons tout pour former un gouvernement d'union stable qui se préoccupe des citoyens». L’union de Naftali Bennett et de Yaïr Lapid, qui n’a rien d’idéologique, est avant tout l'union singulière de deux partisans du «changement», symbolisé par le départ de Netanyahou.

Lapid avait compris que, contrairement à l’ancien premier ministre, tous les leaders devaient recevoir un poste ministériel à la mesure de leurs souhaits et de leurs compétences. Les leaders ont demandé et obtenu ce qu’ils désiraient, à une ou deux exceptions près car certains postes étaient très recherchés. Ainsi, Ayelet Shaked aurait bien voulu obtenir la Justice mais elle a obtenu l’Intérieur. Aucun leader n’a été laissé sur le carreau ce qui a permis une union de circonstance efficace.  On se souvient que Netanyahou avait voulu brûler, en mars 2013, la carrière de Lapid en lui refusant le ministère des Affaires étrangères et en lui octroyant le ministère des Finances où il n’y connaissait rien.

Nouveaux leaders


Lapid n’est pas tombé dans ce piège. Il a demandé à chaque parti un programme minimum qu’il appliquerait certainement en cas de constitution de gouvernement. Les leaders ont été pragmatiques et réalistes compte tenu des évènements du moment. Ils ont trouvé un programme minimum avec des urgences évidentes puisque le gouvernement était en roue libre depuis plusieurs mois. Chacun a mis de l'eau dans son vin ou dans sa vodka. Mais les discussions ont été facilitées car un consensus existait déjà entre tous les partis sur les questions militaires et sécuritaires, en particulier sur l’Iran. Les exigences n’ont donc pas été excessives et ont constitué un socle commun, une sorte de plus petit programme commun de gouvernement. Les questions qui fâchent, comme l’annexion de la Cisjordanie ou la création d’un État palestinien, ont fait l’objet d’un agenda politique ultérieur.

Une fois ces principes établis, il n’y aurait aucune raison qu’un parti décide de quitter la coalition et de pousser le pays à de nouvelles élections dès lors que ses exigences ont été satisfaites. Les électeurs le prendraient mal car ils ne comprendraient pas que des accords écrits soient bafoués et que l’équilibre soit rompu par le seul caprice d’un dirigeant original. Ils sanctionneront ceux qui auront laissé passer la chance d’un gouvernement de compromis. Certes un leader pourrait être "acheté" par le Likoud mais ce serait paradoxal alors que la lutte contre la corruption a été le cheval de bataille de l'opposition. Certains partis paieraient cher la chute du gouvernement car les électeurs ne sont pas des pantins et la conséquence serait le retour très probable au pouvoir de Netanyahou.



On sait que l’ancien premier ministre n’a pas désarmé et qu’il n’a pas encore assimilé sa défaite. Il a l’intention de revenir au pouvoir plus vite que ses ennemis le croient mais ses amis du Likoud ne sont plus aussi conciliants. Certains le pressent, à l’instar de son fidèle Yuri Edelstein, ancien président de la Knesset, à abandonner la lutte et à laisser un autre dirigeant du Likoud prendre la suite pour éviter le démembrement du plus grand parti d’Israël. Pour Netanyahou, il n’est pas question de se retirer, ce qu’il aurait dû faire d’ailleurs en beauté après les deux derniers scrutins.  Alors il reste toujours en campagne comme lors de cet épisode de la plage de Bat Yam où, avec son costume bleu habituel et sa cravate rouge, il s'est donné en spectacle en relevant le bas de son pantalon pour fouler le sable de la plage. Certains ont trouvé cette mise en scène surnaturelle, voire déplacée pour l'ancien premier ministre. Il est resté toujours égal à lui-même, saluant ceux qui le croient encore en fonction à la tête du gouvernement, avec cependant une grande différence, il n’avait plus ses 40 gardes du corps autour de lui, mais seulement deux et quelques policiers municipaux. Plus dure sera la chute.

Il est vrai qu’il était encouragé par ses partisans irréductibles d'une ville du sud, les séfarades entièrement dévoués à ses excentricités et qui le prennent toujours pour leur roi. D’ailleurs il occupe encore la résidence officielle de la rue Balfour qu’il met du temps à quitter. Dans les autres pays démocratiques, quitter la résidence officielle est une simple formalité technique. Les camions de déménagement arrivent au 10 Downing Street à Londres le soir même des élections et le Premier ministre britannique quitte les lieux à l'aube. Aux États-Unis, le président sortant quitte la Maison-Blanche le jour de la prestation de serment du nouveau président. En France, l’ancien président reçoit à l’Élysée le nouvel élu le jour de sa prise de fonction pour une réunion d’au moins deux heures pour transmettre les informations confidentielles et assurer la continuité de la République. 

Villa de Netanyahou à Césarée 


Netanyahou fait exception alors qu'il dispose d’une luxueuse villa à Césarée. Il préfère squatter la résidence officielle pour narguer et humilier Naftali Bennett. Il semble impatient de retrouver le pouvoir et comme Jacques Chirac en son temps, il «s'emmerde» profondément en attendant la prochaine échéance électorale avec sa fameuse phrase «Putain, deux ans !»

5 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Le gouvernement israélien est promis à un long avenir, écrivez-vous.
Les uns et les autres sont tombés d'accord pour éliminer Netanyahou du jeu politique. Bravo !
Mais cela peut-il faire une politique ?
A quand un article intitulé : "Le bonheur du peuple israélien promis à un bel avenir" ?

Très cordialement.

Philippe BLIAH a dit…

Natanyahou devra le moment venu inéluctable méditer la fameuse phrase : "gardez moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge". Au Likoud nombre de militants et députés commencent à réaliser le danger clivant de poursuivre avec Natanyahou lequel faute de confiance radicale d'aucun de ses partenaires du centre et de droite est à meme de ramener le Parti au pouvoir.Or le Likoud ne supportera pas longtemps cette situaton sans se suicider. Or comme l'auteur de cet aticle l'évoque à juste titre, le peuple israélien se refuse à des enièmes élections stériles comprenant la nécessité de sortir d'un blocage, les memes causes produisant les memes effets. De plus des appétits se manifestent au sein du Likoud où la parole se libére pour reprendre la main, ce qui passe nécessairement par la mise à l'écart de Natanyahou-que l'on en pense du bien ou du mal est une autre affaire- au profit d'élements de valeur ayant été étouffés par sa personnalité brillante avec son corollaire "régner sans partage"rejetant tout candidat susceptible de lui faire de l'ombre. Certes il ne faut jamais dire jamais mais il me semble que la carriére politique Natanyahou és qualité de premier ministre et meme de dirigeant exclusif à

Michel Goldberg a dit…

Merci
Michel Goldberg

bliahphilippe a dit…

Mes excuses : un bug s'est glissé en fin de commentaire de sorte que la phrase finale amputée se termine ainsi :" il me semble que la carriére politique Natanyahou és qualité de premier ministre et meme de dirigeant exclusif du Likoud touche à son terme ".

Yvan KOSKAS a dit…

Je souhaite longue vie au nouveau gouvernement