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samedi 26 juin 2021

Affrontement par Claude MEILLET

 

AFFRONTEMENT


Par Claude MEILLET

 


        À part un irréductible, dentiste distingué, arcbouté devant une alternance qu’il proclamait obstinément illégitime, les quatre autres participants à cette réunion restreinte échelonnaient leur opinion de la bienveillance mesurée à l’adhésion enthousiasmée. Jonathan pouvait cependant le constater. Tous, dans le refus, dans l’attente, dans l’espoir, tous reconnaissaient dans le remplacement du one-man show Bibiste par une équipe multicolore, plus qu’une alternative politique. Non plus un éternel jeu politique déconnecté. Un retour vers le futur du monde réel. Désastre généralisé annoncé par l’irréductible, chance de traitement de chacun des problèmes de la société israélienne pour les quatre optimistes. A une condition dit l’un de ces quatre, vieux professeur retraité mais toujours alerte. À condition d’affronter, enfin, la question clé. La question à cent ans. La question palestinienne.



Femme palestinienne devant un barrage


Pour orienter le débat sur ce préalable, pour lui définitif, il sortit l’arme absolue. «Ce n’est pas en tournant le dos aux choses, qu’on leur fait face», citation de leur guide à tous, Pierre Dac. Et prolongea cette déclaration en fustigeant un double aveuglement. Aussi volontaire que dangereux. Celui de la majorité juive israélienne. Qui, lassée par la durée du conflit israélo-palestinien, rebutée par les tentatives de paix successives et toutes avortées, habituée aux soubresauts épisodiques et limitée de drames et affrontements, se satisfait d’un endormissement format statut quo. Dissociant pour son confort, les éruptions militaires de Gaza de la situation des territoires palestiniens. Celui du pouvoir israélien, qui décennie après décennie, encore plus lors des douze dernières années, développe une politique masquée d’implantation dans ces territoires. La revendication historico-territoriale servant de cheval de Troie. Relevant autant du fait accompli que de la poussière poussée sous le tapis.

La critique est facile, l’art est difficile, interrompit…. L’irrédentiste, toute solution est pire que le problème. Tout simplement. Se recevant un retour aussi déterminé. C’est là que se situe l’erreur. Tout simplement. La démonstration suivit. Visiblement murie de longue date. Le statu quo n’est pas endormissement. Il est empoisonnement. Les solutions alternatives classiques sont effectivement pires que la situation actuelle. Un État conduit à la dissolution d’un État pour les Juifs. Deux États conduit maintenant à étendre la menace terroriste sur la plus grande partie de ses frontières. Mais on DOIT crever l’abcès. On DOIT trouver une médecine inventive, insista-t-il, glissant un regard en coin vers son contradicteur. Homéopathique. Imaginée par les hommes de bonne volonté de tout bord. Débordant le milieu politique. Par exemple, une dualité. Non pas de deux États, mais d’un État israélien et d’une entité, type Autorité renforcée, apte à devenir État, associé, démilitarisé. Ou toute autre trouvaille.

Courageux mais pas téméraire, évitant sagement le terrain miné de la définition de cette fameuse solution, Jonathan déplaça le débat sur le tonitruant «DOIT».



Première raison, internet. L’endormissement est d’abord moral. La nation y perd son âme. L’occupation, quoiqu’on la nomme, crée des occupants. Dans leur comportement chez ces jeunes soldats israéliens entraînés dans l’utilisation de la force. Dans leur inconscient chez les citoyens modérés, en toute conscience chez les extrémistes. Semaine après semaine, un journaliste, honni pour ses opinions et réputé pour ses reportages, décrit des exactions effrayantes, commises auprès de la population palestinienne. Dans l’indifférence, le silence, le déni. La perte morale amène parallèlement l’extrémisme religieux au nationalisme extrémiste. Sans compter la captation incontrôlée d’une part peut être démesurée des finances publiques par le budget militaire.

Externe, ensuite. L’image internationale du pays, jadis admiré sans réserve, passée quasi universellement au rouge. Plombée, malgré ses performances technologiques, culturelles, économiques, par l’éternité d’un conflit dissymétrique. Et, contrairement au discours officiel, par le rejet tout autant universel de son dirigeant. Que l’on doit créditer, même partiellement, de l’avancée régionale apportée par les accords d’Abraham. Avancée qui n’attend pour se généraliser que se règle positivement le sort du peuple palestinien. Raison externe encore car le conflit israélo-palestinien, par sa continuité, son imagerie, offre aux antisémites de tout acabit et de tout continent, une plateforme inespérée, inépuisable, de développement et de renouvellement. Et Israël ne peut pas revendiquer le soutien de la diaspora juive et s’exonérer de sa responsabilité vis-à-vis d’elle.

Ecole mixte


«Ils n’en meurent pas tous, mais tous en sont frappés». La peste du conflit israélo-palestinien, qui touche à des degrés divers une série d’acteurs, aurait sans doute inspiré La Fontaine, comme celle qui décimait toutes les familles animales. Les États arabes environnant, soucieux de développement, les Etats-Unis, soucieux de l’installation de la paix au Moyen-Orient, l’Europe soucieuse de l’extension de préserver son influence, tous se retrouvent dans l’intérêt mutuel pour une cohabitation normalisée, puis fructueuse entre Israéliens et Palestiniens.

Une cohabitation que la communauté d’ennemis, risque climatique, défi écologique, crises pandémiques…. devrait faciliter, dit encore le professeur vétéran, dans un signe de tête amical à son dentiste préféré.

 

3 commentaires:

airdularge a dit…

Un problème bien posé est un problème à moitié résolu...

Marianne ARNAUD a dit…

Il est vrai que le problème a été bien posé par Jonathan à qui on ne peut dénier ni la bonne volonté, ni la créativité.
Il ne lui reste plus qu'à expliquer comment dans le "conflit dissymétrique" qui les oppose aux Palestiniens, les Israéliens feront mieux que les États-Unis au Vietnam ou en Afghanistan, ou que les Français en Indochine ou en Algérie ?

Jonathan a dit…

Hormis la différence de situation assez évidente pour qu'il ne s'y attache pas, Jonathan peut, sans beaucoup de risque de se tromper, dire que les Israéliens peuvent optimiser leur chance en ne faisant ni comme les Américains ni comme les Français.
Et sans vouloir encore, s'aventurer en terrain instable, il peut dire que:
. être pro-actif, faire quelque chose sera mieux que de ne rien faire, donc au mieux interrompre le statut quo,
. être créatif, dans les propositions, dans l'association à des acteurs de bonne volonté extérieurs, dans la pression sur un système politique palestinien, toujours envasé dans le déni, le refus et la corruption, mais maintenant isolé.