LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE, cliquer sur l'image pour lire l'article


 

mercredi 26 mai 2021

Lendemains de guerre à Gaza

 


LENDEMAINS DE GUERRE À GAZA


Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps

Anciens chefs sécuritaires

          Aucune solution militaire ne règlera la question de Gaza. Des hommes politiques mais surtout des anciens généraux sont convaincus à présent qu'il est temps pour Israël de repenser sa politique à l'égard de la bande de Gaza. Amiram Levin a décidé de briser le silence. Général de division, il a occupé le poste prestigieux de commandant de la région Nord puis celui de directeur adjoint du Mossad. Il s’est exprimé à la télévision avec conviction accusant formellement Netanyahou d’avoir suscité les troubles de Jérusalem pour empêcher toute constitution d’un nouveau gouvernement sans le Likoud.



Amiram Levin


On se pose beaucoup de questions sur les capacités militaires du Hamas et en particulier comment, dans un minuscule territoire, ce groupement terroriste est arrivé à accumuler autant de missiles sans que Tsahal intervienne. Il est impossible de croire que les services de renseignements israéliens aient eu du sable dans les yeux. Tout ce qui se passe à Gaza est sous la lorgnette de l’armée et ses satellites d’observation. Certes il existe des usines de fabrication de roquettes et de missiles, certes la frontière avec l’Égypte est une passoire car les douaniers égyptiens ne résistent pas devant la corruption. Certes des petites embarcations font la navette toute la nuit entre le port égyptien d’Al-Arish et les côtes de Gaza. Certes le Sinaï est propice au stockage de matériel venu de Libye et même d’Iran à la barbe des Égyptiens. Donc ce réarmement du Hamas n’a pu se faire qu’avec la passivité des Israéliens. 

De nombreux «collaborateurs» travaillent pour Israël et ils ont certainement vu les travaux de construction des tunnels parce que ces travaux ne passent pas inaperçus tant il faut creuser, évacuer la terre, exploiter des bétonnières. Mais Tsahal, au service du gouvernement civil n’avait pas reçu d’ordre pour y mettre fin. Les généraux de réserve qui s’expriment à la télévision le révèlent parce qu’ils ne veulent pas être accusés d’incompétence.

Tunnels du Hamas


Ils accusent le premier ministre d’avoir ménagé le Hamas pendant plusieurs années dans le but de créer une opposition à Mahmoud Abbas et empêcher toute unification propice à la création d’un État palestinien. Pendant plus de dix ans, Netanyahou a laissé les islamistes se réarmer et construire des tunnels de stockage de missiles. Il ne pouvait pas ignorer que le Hamas utilisait impunément le Sinaï comme zone de stockage de ses matériels militaires en provenance de Libye et même d’Iran. Cela explique que le Hamas pouvait lancer des dizaines de roquettes et des missiles de longue portée malgré les destructions de Tsahal.

Cette organisation, qui ne recule devant aucune méthode pour maintenir la pression à Gaza, n’a pas hésité à utiliser des maisons de civils et des sous-sols d’organisations internationales pour cacher ses armes de destruction. Tsahal a révélé que le Hamas avait abandonné la route de Philadelphie au profit du territoire du Sinaï utilisé avec l’indulgence de l’Égypte qui a des difficultés à contrôler l’immensité d’une zone infestée de djihadistes. La frontière avec l’Égypte était utilisée pour transférer des matières premières, des moteurs de fusée, des kits d'assemblage de roquettes ou même des roquettes entières vers Gaza. C’est pourquoi, les offensives militaires israéliennes ont partiellement affaibli le Hamas, sans l’éradiquer.

Giora Eiland


Le général de division à la retraite, Giora Eiland, ancien chef du Conseil national de sécurité israélien a critiqué la passivité du gouvernement sur le plan politique : «Croyez-moi, le gouvernement israélien n’a pas eu le moindre débat de fond sur Gaza depuis des années». Faute de pareil débat, nous revenons chaque fois au mode d’action par défaut», ce mode qui, en 2014, avait déjà conduit Israël à déclencher une guerre contre Gaza pour répliquer au lancement de roquettes par le Hamas.  

De l’avis de tous les experts militaires, le «travail à Gaza n’est pas terminé» mais le cessez-le-feu a été imposé par celui que la Droite en Israël qualifiait de «sénile». Joe Biden s’est montré ferme vis-à-vis de Netanyahou, le sommant d’arrêter les combats et lui faisant comprendre qu’il devait faire évoluer sa politique face au Hamas : «Mon parti soutient toujours Israël, et mettons les choses au clair. Tant que la région n'aura pas reconnu sans équivoque le droit d'Israël à exister en tant qu'État juif indépendant, il n'y aura pas de paix. Le changement est que nous avons toujours besoin d'une solution à deux États. C'est la seule solution».

Certaines voix au sein du Likoud laissent entendre que, contrairement à sa réputation de meilleur expert militaire d'Israël en la matière, Netanyahou a au contraire mis en évidence la faiblesse de sa politique face aux nombreuses roquettes et au nombre de morts juifs. Il a perdu sa capacité de dissuasion laissant croire au Hamas qu’il a gagné sur le terrain. Le choix est en effet limité. Soit il poursuit les frappes et les destructions contre Gaza, soit il accepte d’offrir une alternative politique passant obligatoirement par le renforcement de l’Autorité palestinienne.

Lapid et Lieberman


Selon Yaïr Lapid : «Nous devons créer une situation dans laquelle les habitants de Gaza ont  quelque chose à perdre, comme le modèle libanais. La principale raison pour laquelle le Hezbollah - une organisation terroriste beaucoup plus forte que le Hamas - évite les confrontations directes avec nous est le fait que pendant la Seconde Guerre du Liban, nous avons attaqué sans pitié l'infrastructure libanaise.  Nasrallah sait que s'il entre en confrontation avec nous, alors le port de Beyrouth, l'armée de l'air, les industries locales et les centres commerciaux partiront littéralement en fumée». Effectivement, réduire le chômage des jeunes en autorisant les contrats de travail en Israël, développer la petite industrie de confection, permettre l'exportation des produits vers l'étranger donnerait un espoir à une population qui n'a plus rien à perdre que de se soumettre aux islamistes. 

Dans l’opposition, Gideon Saar, a vivement critiqué la trêve : «Arrêter unilatéralement les combats contre le Hamas portera un coup dur à la dissuasion israélienne contre le Hamas, et pas seulement contre le Hamas. Arrêter l'activité militaire d'Israël sans limiter le réarmement et la mobilisation du Hamas et sans exiger le retour de nos soldats et civils détenus à Gaza sera un échec diplomatique pour lequel nous paierons à l'avenir».

Même son de cloche avec l’opposant nationaliste Avigdor Lieberman qui a critiqué les dollars offerts par le Qatar au Hamas, avec l’accord d’Israël. Il est convaincu qu’une partie de cet argent vise à renforcer le Hamas au détriment de l’Autorité palestinienne.

Chars israéliens prêts à rentrer à Gaza

Quelques experts sont plus radicaux puisqu’ils prônent de conquérir Gaza en envoyant des troupes au sol sans se soucier des pertes humaines israéliennes et de la réaction internationale. Ils estiment que depuis l’évacuation de Gaza en 2005, le Hamas n’a cessé de se renforcer tandis que les campagnes militaires d’Israël depuis cette période entrainaient des pertes israéliennes croissantes. Ils critiquent le désengagement qui a permis au Hamas de prendre le contrôle de Gaza et par là, même de se renforcer.

De nombreux observateurs pensent que l’arrivée de Netanyahou en 2009 est la cause de la politique négative qui a été suivie. En 2008, des roquettes avaient atteint Ashdod, Beersheva et Ashkelon ce qui avait poussé les gouvernants de centre-gauche d’alors d’opter pour le dialogue. Le Premier ministre Ehud Olmert, le ministre de la Défense Ehud Barak et la ministre des Affaires étrangères Tsipi Livni, avaient décidé de promouvoir la solution à deux États. Mais à son arrivée au pouvoir, Netanyahou a délaissé la question de Gaza pour se concentrer sur le nucléaire iranien et sur l’implication de l’Iran en Syrie.

Le Hamas s’est alors rappelé au bon souvenir des Israéliens en les provoquant en 2014 dans une grande opération militaire de 51 jours faisant des dizaines de victimes israéliennes. Malgré cela, Netanyahou est resté sourd et n’a pas fait évoluer sa stratégie diplomatique.  L’arrivée de Donald Trump a conforté le premier ministre dans son approche militaire et diplomatique. La signature des accords d’Abraham, qui ont ignoré le conflit israélo-palestinien, n’ont pas aidé à faire évoluer la position d’Israël à Gaza.

Benny Gantz réunit les chefs sécuritaires


Les troubles qui ont éclaté à Jérusalem et dans plusieurs villes mixtes d’Israël montrent que les choses ont changé et qu’il est nécessaire pour les dirigeants israéliens de revoir leur politique. Mais les élections qui se profilent reportent à octobre 2021 la formation d’un nouveau gouvernement et donc la révision de la politique israélienne à Gaza. Rendez-vous donc au prochain round militaire. Selon les militaires, le calme subsistera au mieux deux ou trois ans le temps que le Hamas se réorganise, forme au feu ses nouveaux militants et reconstitue ses stocks de matériel militaire sauf si Benny Gantz est entendu : «Il faut une solution diplomatique à Gaza et renforcer les modérés. Sur les décombres des maisons des leaders du Hamas et sur plus de cent kilomètres de tunnels terroristes, nous devons construire une nouvelle réalité». Il est temps qu'on écoute les paroles d'un sage.

10 commentaires:

Claude ANAVI a dit…

Très intéressant, on ne peut être plus clair pour bien situer l'impasse militaire

Jacques BENILLOUCHE a dit…

La route de Philadelphie , également appelée couloir de Philadelphie , fait référence à une étroite bande de terre de 14 km de longueur, située le long de la frontière entre la bande de Gaza et l' Égypte . En vertu des dispositions du Traité de paix Egypte-Israël de 1979, il a été établi comme une zone tampon contrôlée et patrouillée par les forces israéliennes. L'un des objectifs de la route de Philadelphie était d'empêcher la circulation de matériaux illégaux (y compris des armes et des munitions) et de personnes entre l'Égypte et la bande de Gaza. Les Palestiniens, en coopération avec certains Égyptiens, ont construit des tunnels de contrebande sous la route de Philadelphie pour les déplacer dans la bande de Gaza.

Après les accords d'Oslo de 1995 , Israël a été autorisé à conserver le couloir de sécurité. Suite au désengagement unilatéral d'Israël de la bande de Gaza en 2005, l' Accord de Philadelphie avec l'Égypte a été conclu, qui autorisait l'Égypte à déployer 750 gardes-frontières le long de la route pour patrouiller la frontière du côté égyptien. Le côté palestinien de la frontière était contrôlé par l'Autorité palestinienne , jusqu'à la prise de contrôle de 2007 par le Hamas. L'autorité conjointe pour le passage de la frontière de Rafah a été transférée à l'Autorité palestinienne et à l'Égypte pour un passage restreint par les détenteurs d'une carte d'identité palestinienne et par d'autres par exception.

Georges Kabi a dit…

Pourquoi le Hamas a-t-il interet a negocier sur quelque chose qui de toute facon l'obtiendra tout en tuant quelques Israeliens? Le Hams est le grand vainqueur de cette derniere confrontation! Il a reussi a se faire accepter par l'ensemble des Arabes de la Mer au Jourdain comme leur representant exclusif. Tsahal estimait l'armee du Hamas de 30 a 50,000 combattants.
Si le Hamas en donne l'ordre, et il le fera tot ou tard, l'ensemble de la population arabe se soulevera comme en 1936! Je rerette, mais il n'y a pas de solution a deux Etats. Joe Biden a ete oblige de menacer Israel pour obtenir un cessez-le-feu immediat, et Bibi s'est execute sans broncher. Il connait mieux les Americains que les Arabes.
La suite? Une nouvelle confrontation armee avec la participation des Arabes des Territoires et d'Israel.

Jacqueline KAHANA a dit…

Merci Mr Benillouche de cet article qui retrace tous ces événements vécus depuis la montée du Hamas!!j’expliquais à mes amis le déroulement et la stratégie israélienne (conduits par bibi)que vous décrivez si intelligemment (en moins bien naturellement et en plus brouillon )je m’empresse donc de partager votre article !!

Erwan JOURAND a dit…

Très bon papier.
Je suis un ancien de l'Afp et de l'événement du Jeudi.
J ai couvert le Moyen Orient, dont Israël et Gaza (offensive de Tsahal) avant l'évacuation des colons).

Unknown a dit…

Merci

Elie BENICHOU a dit…

Pardonnez moi, mais je pense que vous avez absolument rien compris. Vous lisez les analyses de l’AFP (l’agence France Palestine), du Monde et des « experts » de France Infos (Boniface et cie) sans avoir aucun recul. Le Hamas a gagné ? Il a gagné quoi ? Des ruines, des larmes, le mécontentement des gazaouis et des autres palestiniens qui vont bientôt ouvrir les yeux en réalisant que le Hamas est corrompu et ne pense qu’à la guerre, Une guerre perdue d’avance et qui n’apporte rien. Un Hamas qui dépense tout l’argent des aides en tunnels, armes, en villas luxueused etc... Les grands gagnants, ce sont les colons, c’est Bibi et la droite israélienne sioniste qui démontrent avec éclat à la gauche israélienne et au monde entier (et c'était le but recherché) qu’une fois de plus, la paix est impossible avec les les palestiniens qui ont choisi le camp islamiste. Pour quelques missiles qui ont fait mouche, des palestiniens (surtout les plus islamistes) sont tout excités sans comprendre l’impasse dans laquelle ils sont !! Les idiots.
A l’heure actuelle, et plus que jamais, la solution à deux états est un voeux pieux. Et n’arrivera tres certainement jamais. Vous voyez, vous, ou souhaitez vous que les israéliens évacuent une grande partie de la Cisjordanie avec le Hamas en embuscade pour prendre le pouvoir sur le nouvel Etat ?? Foutaise. Avec l’experience désastreuse de Gaza, je pense que les Israéliens sont vaccinés. Vous imaginez les arabes de Cisjordanie se soulever ? Et pourquoi ne l’ont-ils pas fait la semaine dernière ? Les arabes des territoires et les arabes israéliens jouissent d’avantages incomparables à vivre sous le «protectorat » ou la citoyenneté Israélienne que n’importe quel Syrien, Algérien ou Tunisien. Ils le savent trop bien. Ah certes, il y a quelques centaine de jeunes qui veulent rejouer l’intifada.Un feu de paille ! Pourquoi tant de Palestiniens souhaitent devenir des Arabes israéliens ? Pourquoi tant d’arabes de Jerusalem Est ou de Haïfa ne veulent surtout pas devenir les sujets d’un Etat Palestinien ? Alors certes, cette crise a révélé des failles, des frustrations, des rancoeurs chez certains arabes israéliens qui s’estiment (pour certains, pas tous) citoyens de seconde zone. Surtout ceux qui ont affaire hélas directement avec les sionistes religieux. J’espère qu’Israël aura cette fois l’intelligence d’aller vers cette population arabe, pour l'écouter la choyer et la réintégrer davantage dans le destin national. C’est son intérêt absolu.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@Elie BENICHOU

Cela devient une constante chez les Francophones qui, en manque d’arguments, attaquent personnellement les chroniqueurs au lieu de critiquer les idées. Pourtant l’article 4 de nos règles de commentaires stipule bien : «Comme les chroniqueurs ne sont pas là pour se faire insulter, les commentaires agressifs et injurieux seront éliminés».

Nous avons passé votre commentaire pour mettre en évidence, auprès de nos lecteurs, l’inanité de votre comportement peu courtois à l’égard de quelqu’un qui, contrairement à vous, a pris le temps de la réflexion et de l’écriture. Vous avez l’honneur d’une réponse mais vous ne la méritez pas.

Que savez-vous de mes lectures ? Pour votre gouverne, je n'écoute que la télé ou la radio israéliennes. Je ne lis que la presse arabe et iranienne. J'ai plus à apprendre dans ces médias et j'ai la prétention d'en savoir plus que ce qu'écrit la presse française, sur Israël bien sûr.

Elie BENICHOU a dit…

Oh là là, méprise Mr Benillouche ! Vous n’avez donc pas vu que je répondais directement à Mr Kabi et pas à vous. Votre analyse est pertinente. Je répondais à ce monsieur en lui opposant une vue différente et en essayant de lui démontrer que le Hamas n’est pas, comme on le lit partout le vainqueur de ce conflit. Et que la solution à deux Etats me parait plus qu’improbable. C’est interdit de le dire ? Je ne comprends pas là.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@Elie BENICHOU

Il fallait préciser en tête de votre réponse à qui vous vous adressiez.

L'incident est clos.