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lundi 24 mai 2021

Lanceuse d'avenir par Claude MEILLET

 

 

LANCEUSE D’AVENIR


Par Claude MEILLET

 

And in hand


Il était impressionné. Un aréopage exclusivement féminin face à lui. La longue brune avocate lui avait proposé, cette fois-ci, de réduire le groupe à sa composante de femmes. La sévère infirmière chef, la volubile coiffeuse, la paradoxalement nerveuse prof de yoga, la dynamique étudiante en sociologie et la rondouillarde restauratrice. Le «on t’expliquera» l’avait suffisamment titillé pour tenir séance. Immédiatement, le vif du sujet. La guerre en cours le confirme de façon aveuglante, la relation Israël/Hamas/Palestine est trop importante pour être laissée entre les mains des hommes.



Immeuble détruit


Des hommes politiques, militaires, soi-disant experts. Hommes à l’écrasante majorité. S’il n’y avait pas l’horreur des morts, blessés, destructions, ce combat de coqs serait désespérément risible. De part et d’autre, raisons d’artifice, vide des objectifs. Manipulation politique, extrémisme religieux, tout militaire exclusif, surexploitation médiatique. En réponse à l’infernale double souffrance des populations, répétitive ou permanentes, du sud israélien, de Gaza.

Sur le plan le plus immédiat, celui, terrible, de la guerre, la restauratrice s’inspira d’une formule qui l’avait frappée, la «substitution de la tactique militaire à la stratégie politique» pour relever la logique partagée de la destruction. Celle des civils, il est vrai par le Hamas, des hommes et infrastructures militaires par Tsahal. Mais avec aussi en partage, le sacrifice des enfants, femmes et hommes, en termes de mort, traumatismes physiques et mentaux, l’énorme gabegie des moyens et technologies de guerre aux dépends des moyens de vie. Avec une égale exhortation à une idéologie mortifère. Le tragique ridicule de la glorification de la concentration d’un terrifiant pilonnage sur des cibles dites clés, contre la glorification adverse de l’élargissement d’un pilonnage sur tout le territoire.  

L’étudiante sociologue fit, elle, référence à l’absurde camusien en comparant la victoire des Six Jours contre une coalition d’États à ce quasi-match nul d’un «conflit de douze jours» contre une organisation terroriste. Et en relevant la vantardise obscène de cette organisation de sa double capacité de résilience et d’attaque, établie en fait sur la ruine et la misère de la population d’elle prétend défendre.

Je veux bien affecter au genre masculin, la formule de Nietzsche, «Les singes sont trop bons pour que l’homme descende d’eux», mais alors comment vous, mesdames, pouvez-vous répondre à cet implacable constat ?  Le semi-scepticisme de l’interrogation de Jonathan lança le second temps de l’opération féminine. La contestataire prof de yoga reprit le gant au vol. Par nature, expérience, conviction, intuition, les femmes adopteront d’abord une vision, face à la situation. Une vision long terme. Inverse de la réactivité court terme des hommes. Fondée non plus sur la «tactisation de la stratégie» du champ de la guerre. Mais sur un système, actif et non réactif, appliqué au champ de force de la paix. Les femmes donnent la vie. Elles redonneront sa chance à la vie ici aussi. À Gaza, au sud israélien. Par extension au monde palestinien. En interne à Israël, aux minorités arabes. Car, pour commencer, nous savons, nous les femmes, que tout est lié.

L’infirmière prit vigoureusement le relais. Comment ? Par concertation, par la vertu de la communication. Prioritairement, cela ne te surprendra pas, avec la population féminine de toutes ces strates effectivement interconnectées. Via les associations déjà existantes entre femmes, développant des actions communes. Sur le terrain, en direct, et non pas à travers des organismes déconnectés, partisans, dogmatiques, faussement représentatifs. En mobilisant toutes les bonnes volontés, le désir de vivre ensemble des municipalités, de l’ensemble de la population déjà engagée dans une communauté de vie. Dans une démarche profondément démocratique, non pas imposée mais découvertes par celles qui en sont privées, partagée, inventive. En laissant aux hommes leur jouet, le domaine dont nous voulons nous éloigner comme de la peste, celui de la recherche du «bon équilibre des armes».

Ecole mixte Juifs-Arabes

Ce fut ensuite un concert. Formaliser, faire abonder par toutes les instances internationales, régionales, un plan de rénovation complet. Des hôpitaux plutôt que des silos de missiles. Urbanisme de logements, réseau routier, établissements publics, espaces verts, plutôt que des kilomètres de ville souterraine. Des écoles, lycées, universités plutôt que des centres d’endoctrinement. Réhabituer les populations à s’investir dans la construction du présent, l’anticipation du futur. À éteindre les frustrations et douleurs du passé…..

Admiratif malgré lui, Jonathan se força à affecter le type de réserve que l’expérience masculine s’autorise facilement devant l’approche idéalisée féminine : Alors, vous commencez quand ?

Le retour fut immédiat. Quand vous comprendrez, que le réalisme est de notre côté, lui dit lentement l’avocate, inflexible. Revendiquant résolument le rôle que les lanceurs d’alerte jouent dans la connaissance des faits cachés en économie, finance… Dans leur cas, présentant leur approche comme celle de lanceuses d’avenir. Favorisant pour toutes les populations concernées, la meilleure arme de la paix. La proximité par la connaissance de l’autre. Face à ce commando et cet enthousiasme, Jonathan se dédouana comme il put. J’en ai pris pour mon grade, mais mesdames, je suis de votre côté.

7 commentaires:

Matzrap a dit…

Je crois que l'immeuble "detruit" en tête de l'article n'a rien à voir avec le dernier affrontement. C'est un bâtiment désaffecté depuis des années et laissé à l'abandon au bord de la plage entre Tel Aviv et Yafo qu'on appelait le delphinarium. Remarquez les tags qui n ont pas été faits la semaine passée. Ce lieu a été le théâtre d'un attentat quand il comportait une boîte de nuit.

V. Jabeau a dit…

Je suis profondément désolé d’être totalement imperméable à la prose de M. Meillet, que je trouve (ça ne veut pas dire qu’elle l’est) confuse, gonflée, prétentieuse et pour finir pas très claire. Mais prêt à changer d’avis, ou juste à n’en plus rien dire.

Véronique Allouche a dit…

@j.jabeau
Vous êtes imperméable à la prose de Monsieur Meillet, soit.
Peut-être n’avez-vous pas saisi le sens de son texte tout en poésie, tout en finesse à la manière de ces contes d’antan.
La réalité en Israël n’est pas réjouissante, il y faut du tact comme sait le faire l’auteur pour y entrevoir un avenir moins sombre.

Marianne ARNAUD a dit…

Pauvre Jonathan ! Sait-il vraiment où, il a encore mis le doigt ?
Sans doute ignore-t-il que sa "lanceuse d'avenir" pourrait être une adepte de Donna Haraway, cette intellectuelle influente qui conteste l'existence de catégories distinctes entre les sexes, et remet même en cause la frontière entre l'homme et l'animal.

D'aucuns nomment sa philosophie : "philosophie de la partouze" ! "Quand on couche tous ensemble tout se mélange et tout se confond !"

"Il ne nous reste plus qu'à souhaiter bien du plaisir à Jonathan !"

Jonathan a dit…

Comme tout auteur, Jonathan se réjouit de vaincre l'indifférence et de provoquer des commentaires. Comme tout auteur, il les affronte avec intérêt et une dose d'appréhension.
- il reconnait l'erreur du choix d'une mauvaise photo
- il se dit que le lecteur allergique à son style a peut-être raison.
- son moral remonte quand une lectrice amicale argumente si gentiment pour sa défense.
- il aurait tendance à conseiller à une commentatrice habituelle de suivre le conseil du lecteur déçu, ''juste n'en rien dire''.

Marianne ARNAUD a dit…

Mais heureusement que Jonathan est un petit malin ! Il ne va pas mettre longtemps à comprendre que pour se réjouir des commentaires sans aucune appréhension, il n'aura pas d'autre choix que de publier la liste des commentateurs autorisés !

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Ma chère Marianne,
Il n'y pas de liste de commentateurs "autorisés". Nous ne pratiquons pas la censure.

Mais seuls les commentaires critiques mais courtois sont publiés et les commentaires qui ne diffusent pas la haine. Malheureusement nous en avons beaucoup de ce type et nous sommes forcés d'activer nos ciseaux!