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mardi 18 mai 2021

Choc des civilisations par Claude MEILLET

 


CHOC DES CIVILISATIONS


Par Claude MEILLET

 

 

attentat tours

Pas à dire. Il avait bien la tête de l’emploi. Lèvres minces tombantes, yeux enfoncés sous des sourcils fournis, joues creuses mal rasées. Épaules rentrées et démarche lente. Tout y était. Racheté par un sourire soudain, surprenant, enfantin presque. Qui accompagna cette fois, sa citation d’Isaac Asimov, son maître en nihilisme, «Souviens-toi toujours, tu es absolument unique. Comme tout le monde». Citation qui suivit sa déclaration initiale «L’intégration, c’est un leurre pur beurre. Une des bonnes intentions qui pavent l’enfer». Déclaration qui intervenait, elle, dans le cadre du débat que Jonathan, poussé par l’actualité, avait proposé à son groupe, «l’islam est-il soluble dans la démocratie ?».



Matin du 11 septembre

Supportrice de l’apriorisme négatif du personnage, la brune assistante médicale l’incita à délivrer à tous son point de vue. C’est tout simple. Le sourire survint de nouveau. Il expliqua. L’islam pense qu’il est la religion universelle. Et obligatoire. Il arrive comme un boulet dans un jeu de quilles, où chaque quille s’estime la plus légitime sur son territoire. Plein de raisons. Frustration de la fin de domination ottomane. Révolte contre l’Europe, l’imposition de son pouvoir et de sa culture. Refuge dans la perpétuation du monde ancien, par refus obligé du monde nouveau. Impératif de la soumission. Qui par osmose, doit s’imposer aux autres univers culturels, par définition antagonistes.

C’est ce qu’on a tort de vouloir nier. Le choc des civilisations. Partout. La destruction des tours de Manhattan. Le terrorisme en Europe. Tentative de califat et développement de Daesh au Moyen-Orient. La volonté de destruction d’Israël et l’enfourchement de l’antisémitisme. La dissémination de la terreur en Afrique. Face à ce phénomène, l’illusion d’une République, démocratique, intégrationniste. «Renan, l’a pourtant bien dit : la clé d’une démocratie, c’est le désir de vivre ensemble». Culture, langue, incompatibilité avec le principe de séparation de l’Église et de l’État, démarche messianique, tout oppose l’islam à ce qui n’est pas lui. Dénier le combat, c’est refuser l’inévitable. Et risquer la défaite.

Comme un peu tout le cercle s’y attendait, la jeune prof de Yoga, se leva. Blondeur et vigueur. Moquée parfois, «tout il est beau, tout il est gentil», toujours écoutée cependant pour un positivisme argumenté. La généralisation, elle, est simpliste. En premier lieu, déterminant, l’assimilation de l’islam à l’islamisme est un raccourci hallucinatoire. Toutes les religions produisent des excroissances extrêmes, porteuses d’absolutisme, violence, délire dominateur.  L’islam comme les autres, pas plus que les autres.

Deuxièmement, chaque point d’affrontement a sa singularité. Les avions qui traversent les tours de New York, ont pour rampe de lancement une situation géopolitique à bandes multiples. Le terrorisme islamiste en Europe, et en particulier en France, s’ancre sur deux bases majeures. Le tissu de mafia et de réseaux de drogues qui le porte et le nourrit. L’absence d’une stratégie d’intégration : accueil, apprentissage de la langue, éducation civique et culturelle, logement et emploi. Génératrice de ce vivre ensemble effectivement vital. Évitant le réflexe primaire du tout répressif. La métastase lente de l’islamisme africain se développe sur un terreau de pauvreté, sous-développement. La double lecture de l’histoire, l’affrontement de deux religions sœurs ennemies, la collision de deux religions de la terre, se conjuguent pour ce front contre front arabes/Israël. Qui se prolonge avec l’antisémitisme islamiste.


Cette généralisation d’un phénomène multifacettes conduit abusivement à hisser une dérive essentiellement religieuse au rang de choc de civilisation. Au moment même où l’interdépendance économique, culturelle rapproche les civilisations les unes des autres. Tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais rassurez-vous, en démocratie, rien n’est jamais perdu !

Les regards se tournèrent vers le participant arabe, directeur d’école, fin lettré, pratiquant musulman, marié à une Française, réservé, ouvert, souriant. Qui, se déclarant partie directement prenante du sujet de débat, reconnut d’emblée que le partage entre pessimisme et optimisme lui paraissait difficile à trancher. Il lui revenait à l’esprit ce que sa femme lui avait dit un jour, pour le décontracter : «Je n’ai rien contre les étrangers. Le problème, c’est que d’une part ils ne parlent pas français. Et que, selon le pays où l’on va, ils ne parlent pas le même étranger». Précisant ensuite que c’était une citation de Coluche.

Ce qui l’amena à témoigner, son mariage faisant foi, que si l’on sait éviter le choc idéologique on éloigne en démocratie le risque du choc de civilisation.

 

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