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lundi 5 avril 2021

Une Knesset divisée dans une situation bloquée

 


UNE KNESSET DIVISÉE DANS UNE SITUATION BLOQUÉE


Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps


           




          La dissolution de la 23ème Knesset avait été décidée pour donner la parole au peuple pour qu’il arbitre la situation inextricable qui perdure depuis le 9 avril 2019. Il n’en a rien été car les clans ont été renvoyés dos à dos en raison de la multitude de partis qui s’opposent sans trouver de consensus. La 24ème Knesset deviendra la Knesset la plus divisée de toute l’Histoire d’Israël. Treize partis la composent contre huit dans la précédente du 2 mars 2020 et cela, malgré le seuil électoral de 3,25% des votants. Les partis éclatent sans aucune raison idéologique mais essentiellement personnelle sur fond d'un combat d’égo.





            Les débats d’idées ont disparu de la campagne pour scinder les électeurs en deux clans, pour ou contre Netanyahou. C’est bien maigre pour faciliter la décision. Bien qu’il ait récolté le plus grand nombre de députés, 30 sur 120, il existe une grande incertitude sur ses possibilités de constituer une coalition viable. Les dirigeants sont plus divisés que jamais sans qu’ils puissent vraiment aborder les programmes politiques qui les distinguent. Même si un gouvernement est constitué sans armature solide, avec un faible écart de majorité, il restera soumis à des tensions qui le détruiront de manière interne.

            Mais l’émiettement des partis ne permet pas d’avoir un consensus sur le nom d’un éventuel premier ministre et chaque parti, même avec un nombre de députés faible, pose ses conditions qui ne sont pas toujours réalistes. Il est triste de voir que, bien que l’avenir du pays soit en jeu, les intérêts personnels priment sur l’intérêt national au point que les députés ont des intérêts suicidaires pensant faire mieux aux prochaines élections. On ne comprend pas ce qui distingue les sionistes religieux de Yamina, Netanyahou de Saar et surtout Meretz des Travaillistes sinon que chacun de leur dirigeants veut être président.

            Des rumeurs avaient couru sur des propositions qui avaient été mises sur la table afin de satisfaire les désidératas de chaque clan. La logique voudrait que Yaïr Lapid, arrivé premier immédiatement après Netanyahou avec 17 sièges, soit désigné pour constituer le gouvernement si Netanyahou n’y parvient pas. Mais Naftali Bennett, avec ses 7 députés met la barre très haute en voulant être premier ministre sachant que ses sièges valent de l’or. Bien que les questions de personnes ne soient pas la préoccupation majeure de Lapid, il est normal qu’il trace de manière précise le plus petit programme commun face à un idéologue qui menacera à tout moment de rejoindre le Likoud. Il est vrai que Bennett est courtisé par les deux bords qui sont prêts à mettre le prix pour avoir son soutien. Mais même s’il rejoignait Netanyahou, cela ne suffirait pas à atteindre les 61 sièges sachant que Saar est ferme dans son refus de rejoindre le Likoud. Cependant, Bennett et Mansour Abbas suffisent à atteindre la majorité si les questions d’idéologie sont absentes du débat sachant que Bennett est partisan d’une annexion des implantations à laquelle s’oppose Abbas qui refuse de siéger avec l’extrême-droite de Smotrich et Ben Gvir.

            Lapid peut atteindre le consensus avec ses valeurs libérales et sa volonté de protéger le système juridique et la Cour suprême dans sa structure actuelle ainsi qu'avec son ouverture possible à un compromis territorial avec les Palestiniens. Alors, comme Netanyahou a ouvert la porte à une participation arabe au gouvernement, à gauche on presse Lapid à inviter tous les partis arabes dans la coalition et à ne pas s’allier avec Bennett qui risque en cours de route de rejoindre le Likoud, une fois nommé premier ministre et une fois Netanyahou écarté. Le leader de Yamina n'est pas fiable; il fait monter la pression sur Lapid pour obtenir plus de Netanyahou. Il n'a pas l'intention de rejoindre la coalition de gauche et du centre.

Une coalition avec les Arabes, Meretz, Avoda, Lapid, Gantz, Lieberman et Saar atteindrait 61 députés. Saar a un compte à régler avec Netanyahou et est prêt à s’allier avec le diable pour l’éliminer du gouvernement.  C’est aussi le cas d’Avigdor Lieberman qui ne s’oppose plus à une collaboration avec les Arabes pourvu que les Juifs orthodoxes soient écartés.  La détestation de Netanyahou a pris le pas sur la coopération avec les Arabes qui depuis les accords israéliens avec les pays arabes sont prêts à rejoindre les partis «sionistes». Cela explique que tous les leaders juifs, Lapid, Gantz, Michaeli aient rencontré les leaders arabes. L’adjonction de toute la liste arabe à une majorité supprimerait toute réticence de Mansour Abbas à devenir ministre.

L'hyperactivité de Netanyahou


Bien sûr, une coalition de bric et de broc n’aurait pas une durée de vie longue, mais elle permettrait d’éliminer Netanyahou du paysage politique. Bennett sait à présent qu’il aurait beaucoup à perdre alors que Yaïr Lapid lui a fait un pont d’or en lui permettant d’être premier ministre de rotation s’il s’engageait durant toute la législature à ne pas rejoindre le Likoud. D’ailleurs des rumeurs ont transpiré de la part de l’opposition sur l’option d’un nouveau gouvernement idéal qui comprendrait :

Premier ministre : Yaïr LAPID

Premier ministre de rotation et ministre de la Défense : Naftali BENNETT

Président de la Knesset : Benny GANTZ

Ministre des Finances : Gideon SAAR

Ministre de l’Intérieur : Avigdor LIEBERMAN

Ministre des Affaires arabes ; Mansour ABBAS

Ministre de la Justice : Ayelet SHAKED

Ministre de la Sécurité : Eléazar STERN

Ministre de l’Intégration : Pnina TAMANO-SHATA

Ministre du Travail : Merav MICHAELI

Ministre des Communications : Yoaz HANDEL

Ministre de la Culture : Nitzan HOROWITZ

Ministre des Affaires stratégiques : Michael BITTON

Ministre de la Santé : Ahmed TIBI.

            Le ministère des Affaires étrangères est laissé en discussion pour l’affecter si nécessaire à Yaïr Lapid s’il acceptait de céder sa première rotation à Bennett.

            Toutes ces hypothèses de travail dépendent du bon vouloir des dirigeants israéliens qui doivent enfin comprendre que le pays a beaucoup de défis à relever : sanitaire et économique face au covid-19, sécuritaire face à l’Iran et politique internationale depuis l’avènement de Joe Biden à la Maison Blanche. Il suffit qu’ils mettent leur égo de côté pour que le pays retrouve sa vitesse de croisière.

 

3 commentaires:

Avraham NATAF a dit…

Le leader de chacun des 13 partis se prend pour le seul premier ministre , en attendant les prochaines élections pour encore quelques années. Démocratie qui détruit l'état en danger, l'espoir renaît chez les ennemis. Jouer avec les allumettes dans une raffinerie.

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

En somme, si je vous lis bien, toute la classe politique israélienne d'un bord à l'autre de l'échiquier politique, est prête à se renier jusqu'au ridicule, dans le seul espoir de pouvoir éliminer Benjamin Nethaniahou ?
Reste-t-il un espoir que j'aie mal compris ?

Très cordialement.

andre a dit…

Madame Arnaud , vous avez tout compris !
Ils ne veulent pas un gouvernement pour
(diriger le pays selon leurs idées )
mais contre
( Netanyahou) et c’est leur idée fixe !