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mardi 6 avril 2021

Psychologie par Claude MEILLET

 

PSYCHOLOGIE


Par Claude MEILLET



Fasciné, Jonathan voyait par l’esprit, se dresser devant lui le portait d’une créature hors du commun. Le créateur de cette créature était une petite dame à l’allure si fragile mais à la fermeté d’expression si assurée. Amie d’enfance, professeur de science psychologique à l’université d’Aix-Marseille, elle lui avait proposé de répéter devant lui l’exposé qu’elle devait faire dans un prochain congrès dédié à l’analyse géopolitique du Moyen Orient. Son sujet ? Le portrait psy d’un animal politique hors norme, lui avait-elle répondu.




Ça n’était pas un hasard, s’il avait atteint une renommée internationale, quoique représentant d’un petit pays à l’échelle planétaire. Et s’il avait été reconnu par ses pairs, chefs d’État, tantôt haï, tantôt loué, comme à part dans l’échelle des «Grands». Il fallait d’abord dire, du point de vue de son profil psychologique, qu’il avait su, dès le départ de sa carrière en politique, développer tous ses dons et se débarrasser de toutes ses vertus. Intelligent, courageux, il avait su, de base, activer tous les leviers de la réussite. Tenir à distance et parfois se libérer de toutes les contraintes professionnelles, morales, susceptibles de freiner ses projets. Acquérir une connaissance et une expérience de l’environnement international et, plus particulièrement de la culture dominante, celle de l’Amérique. Se placer sous les auspices de la lignée qu’il avait devinée devenir elle aussi prédominante, celle des penseurs et du système politique conservateur, bientôt désignée comme «la droite».

Une fois arrivé dans son pays d’appartenance, à la mesure de son ambition car minime par la taille mais grand par son histoire, il s’appliqua à faire ses gammes. Engagement dans le domaine clé du militaire, prise de responsabilités formatrices et sécurisantes dans le secteur décisif économique et financier, pénétration des milieux décisionnaires et des puissances de l’argent, tissage de liens et courtiser tout court le cercle médiatique, se faire les dents en participant à l’exercice ministériel, plonger et acquérir un savoir-faire dans les batailles électorales. Jusqu’à ce qu’arrive le temps de la victoire. De la prise de la tête du parti le plus conquérant. Et, enfin, de planter son drapeau en haut du gouvernement du pays.

Intelligence, courage, additionnés de l’expérience acquise, furent alors mis au service du facteur psychologique clé du personnage, la détermination farouche, absolue, inexpugnable. Le pouvoir. Le pouvoir pour le pouvoir. Pour ce qu’apporte le pouvoir. L’exercer et l’enraciner. De façon totalement concentrique. En commençant, à ce stade, par le cercle le plus proche. Bâtir une cellule familiale fermée, solide, compensant ses débordements hors cadre institutionnel par son action protectrice active, aussi peu légitime soit-elle. Puis faire porter la vague auprès d’un ensemble de personnalités politiques et économiques en les rendant soutenues, attachées, participantes puis dépendantes du pouvoir. En densifiant sans cesse cet ensemble afin d’élargir et de conforter ses fondations. En veillant constamment à ne pas laisser émerger du groupe des personnalités trop clivantes, capables à terme de contester et menacer le pouvoir.

Puis encore, étendre la zone d’influence au monde des affaires, de la finance. Dans le pays, hors du pays selon les opportunités. Cultiver des populations internes à forte importance symbolique et numérique, en leur ouvrant les portes de la vie politique, dans une espèce de pacte de partage d’influence. Sans trop s’embarrasser des entailles aux principes démocratiques que leur participation peut provoquer. Enfin, pénétrer, apprivoiser, tamiser puis, autant que faire se peut, contrôler l’univers médiatique automatiquement attaché aux basques, et parfois aux frasques, du pouvoir.

En parallèle à ce ruissellement des capacités de la puissance publique, expliqua la professeure en haussant la tonalité de sa voix, mon personnage, dit-elle, dans sa volonté d’absolu, s’attacha à faire la guerre.  Non pas la guerre du va-t’en guerre, l’intelligence connaît ses effets dangereux. Mais le guerroiement, plus officieux, souterrain, permanent, violent comme subtil, contre toute opposition. En sachant diviser pour régner, en séduisant quand possible, en menaçant si nécessaire, en attaquant sans mesure quand la balance de l’affrontement risque de pencher du mauvais côté. Les adversaires politiques, comme la justice et les limites qu’elle oppose. La police quand elle devient trop intrusive. Et comme dans tout engagement dans la bataille, il prit bien soin de fidéliser ses troupes. Caressant avec art son public naturel dans le sens du poil. Le sensibilisant aux menaces des ‘’hordes’’ non pas contraires, mais ennemies. Hissant la construction de son personnage en statue du Commandeur, défenseur des amis du bien contre ceux du mal. Bâtissant sa Personne sur une fracture qu’il estime consolider sa position.

Le ton devint maintenant plus grave. La répétition de l’intervention de son amie au prochain congrès, sous le feu de la description, était devenue vraie, vrai discours. Jusqu’à ce que la dynamique psychologique fasse déborder le personnage du cadre qu’il s’est volontairement forgé. Le puissant devient Narcisse. L’ivresse du pouvoir provoque la sortie de la route bien droite. Tout est devenu trop. Le pouvoir, devenu addiction, pousse à la faute. Oubli, sinon mépris de l’autre, prévarication, exigence d’immunité, tout pour le tout aux dépends de toute éthique, la dérive psychologique et morale devient totale. «Mon personnage» finit-elle, «m’échappe, à moi psychologue. Il devient relevable, directement, de la psychiatrie».

 

5 commentaires:

bliahphilippe a dit…

Il ne s'est jamais vu dans l'Histoire, sinon merci de préciser en cas d'erreur, un dirigeant de parti dominant qui regroupe donc une majorité de siéges, renoncer par antinarcissisme au pouvoir. Un tel personnage relèverait de la psychiatrie és qualité de cas unique méritant une dissection du cerveau de politicien hors normes. Idem on attend toujours de voir ses opposants renoncer au pouvoir s'ils en ont la possibilité. Reste à trouver le politicien idéal-sans ego évidemment mais forte personnalité charismatique -. Nul doute qu'en cherchant bien dans l'opposition à Natanyahou cette perle rare hors du show télévisé si elle existe ne peut que se substituer à lui pour diriger un pays face à une meute de loups islamistes, européens et Bidenniens flottant entre autres au dessus du nid de coucou de la CIJ.

Marc a dit…

Ne reconnais t-on pas dans ce portrait tous les dirigeants politiques qui ont obtenu le pouvoir?
Publiez cet article dans un journal français on reconnaitra Macron Mitterrand Chirac...
Dans un journal américain Obama Trump...

Jonathan a dit…

Double phénomène exprimé par ce double commentaire:
- la négation par la comparaison. Cette psychologue analyse le cas particulier d'un personnage hors norme. Déplacer cette analyse par le procédé de la comparaison permet d'évacuer la particularité par effet de banalisation. Chirac était autre, et heureusement pas Netanyahou. le manque de personnalité hors norme dans l'opposition ne dédouane en rien la dimension maladive hors norme du hors norme du pouvoir en exercice.

- La puissance du transfert. L'addiction au pouvoir et à ce qu'elle porte en terme de prêt à tout, permet à celui qui détient ce pouvoir de transférer sur une partie de la population concernée, une addiction à sa personne équivalente sa propre addiction à lui-même. Une population qui endosse cette addiction d'autant plus qu'elle n'est pas majoritaire mais simplement la plus grosse minorité et qui donc se sent elle aussi menacée dans sa participation au pouvoir.

Marc a dit…

"Chirac était autre"!
Rappelons nous, Il a trahi Chabban Delmas, a fait chuter Giscard et permis à Mitterrand de devenir président pour sa seule ambition, et a enfin fait payer Juppé pour ses turpitudes!
Il a été impitoyable envers ceux qui ont osé s'élever (Michel Noir)
Il a enfin bénéficié des largesses de la famille Hariri!

Jonathan a dit…

C'est vrai. Il y a un peu de Netanyahou dans tout chef d'Etat, comme dirait Eddy Mitchell.
Mais ce que relève notre psy, c'est la dimension hors norme du personnage, transformant la démocratie en autocratic, attaquant la justice, atteignant les sommets en matière de personnalisation, de prevarication, fracturation de la population, abaissement des minorités, et autres joyeusetés 5