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lundi 5 avril 2021

Spoutnik-V, vaccin miracle ? par Jean CORCOS

 


SPOUTNIK-V, VACCIN MIRACLE ?


Par Jean CORCOS

 

Une cargaison du vaccin russe Spoutnik V contre la COVID-19

Pour qui suit régulièrement les plateaux des télévisions sur les chaines françaises d’information, l’épidémie est devenue un véritable marronnier, occupant la majorité des débats entre journalistes et politiques invités, avec - et ils sont devenus maintenant des figures familières -, la ronde des médecins, épidémiologistes et virologues ; y compris, parmi ces derniers, quelques vrais charlatans que les mêmes chaines d’information ont mis du temps à laisser de côté, CNEWS s’obstinant à en recevoir quelques-uns.





Marronnier dans une forêt de marronniers, le sujet des vaccins. Que l’Union Européenne soit en retard par rapport à de nombreux pays, et singulièrement le Royaume Uni qui en faisait officiellement partie jusqu’au 1er janvier, c’est une réalité douloureuse que personne ne conteste. Que certains contrats aient été «mal ficelés» ; que l’on ait pris du retard à passer les commandes ; que dans le fond et contrairement à des leaders populistes mais redoutablement efficaces sur le sujet – Benyamin Netanyahou, Donald Trump et Boris Johnson – les dirigeants européens n’aient pas vraiment cru au début à la mise au point rapide de vaccins – tout cela fait l’objet d’un large consensus et pas seulement en France. «On a eu le tort de manquer d’ambition» vient de concéder Emmanuel Macron (1).

L’U.E semble émerger lentement de sa naïveté, réalisant que les usines européennes de la chaîne de production du vaccin Astra Zeneca ont exporté des dizaines de millions de doses, alors que nous en manquons cruellement justement au moment d’une troisième vague meurtrière. Les Européens ont ainsi exporté vers le Royaume-Uni environ 21 millions de doses, tous vaccins confondus. A l’inverse, ils n’ont reçu aucun flacon produit outre-Manche. On a assisté à des querelles au niveau juridique et politique, les obligations non respectées du laboratoire anglo-suédois faisant sérieusement monter la tension entre Londres et Bruxelles. Ces derniers jours, il semblait que l’on cherchait un compromis, alors que l’Union Européenne et le Royaume-Uni sont pris tous les deux dans un véritable étau : de ce côté de la Manche, on comptait sur ce vaccin pour assurer environ 50% des campagnes pour les prochaines semaines, alors que le pourcentage moyen de primo-vaccinés tourne autour de 10% (2) ; de l’autre côté, nos amis britanniques sont justement fiers d’avoir vacciné déjà plus de 43% de la population, mais il ne s’agit que des premières doses sauf pour les 5% ayant reçu les deux injections : risque calculé et assumé pour réduire le bilan très meurtrier du début 2021, mais qui devient hasardeux alors que 12 semaines sont considérées en théorie comme la durée limite entre deux injections.

Mais il en est des épidémies comme des guerres, et on réalise alors qu’en cas de péril réel le «chacun pour soi» reprend le dessus. On vient de le voir avec l’Inde, géant de plus de 1,34 milliards d’habitants et dont on sait qu’elle n’arrivera certainement pas à vacciner la majorité de sa population d’ici la fin de l’année. Le monde pharmaceutique étant devenu un village, on apprenait tout dernièrement qu’elle était aussi un grand producteur du fameux Astra Zeneca, avec des exportations vers des pays lointains comme le Brésil ou le Maroc, mais aussi … le Royaume-Uni ! La flambée épidémique a conduit le gouvernement indien à geler l’exportation du précieux vaccin (3), et on se retrouve ainsi en situation de pénurie dans l’U.E comme chez nos partenaires britanniques.

Le vaccin russe Spoutnik V, développé par l'Institut Gamaley


Pour savoir tout cela, il suffit de s’astreindre à la lecture de la presse en ligne, et ne pas se contenter des joutes oratoires sur les plateaux de télévision. Or comment réagissent les «politiques» invités à débattre ? Eh bien, régulièrement en «sortant un marronnier dans le marronnier», cette fois le fameux vaccin Spoutnik-V. À en croire les représentants des deux frères siamois de la démagogie populiste, Rassemblement National d’un côté, France Insoumise de l’autre - mais aussi souvent ceux de la Droite modérée (LR) -, il suffirait d’accepter le vaccin russe et le problème serait réglé. Sont alors mis sur le tapis et dans un ordre variable : le refus de ce vaccin qui serait «politique» ; le fait que plus de 50 pays l’ont validé ; et le fait qu’il s’agisse d’un excellent vaccin.

Commençons par cette dernière affirmation. Un article très documenté du journal Le Monde (4) donne un historique de son développement, et les raisons des réticences internationales du début alors même qu’il a été un des premiers à avoir été utilisé sur la population, avant la fin des essais cliniques. Une étude de la revue de référence The Lancet, a depuis présenté un bilan élogieux du vaccin, disant : «Le développement du vaccin Spoutnik-V a été critiqué pour sa précipitation, le fait qu’il ait brûlé des étapes et une absence de transparence. Mais les résultats rapportés ici sont clairs et le principe scientifique de cette vaccination est démontré».  Le fait est que les autorités russes ont tardé à présenter son dossier, maintenant en cours d’examen à l’Agence Européenne du Médicament : parler d’un refus politique est donc une contre-vérité, d’autant plus que la même Agence a pris son temps pour valider, par exemple, l’Astra Zeneca.

Une procédure que Jean-Luc Mélenchon voudrait piétiner joyeusement au bénéfice du Spoutnik-V, faisant sans honte aucune une interprétation politique des homologations de vaccins (5), en déclarant : «Nous aurions pu, nous, commander directement aux Russes les vaccins, comme l'ont fait les Hongrois qui sont également membres de l'Union européenne». Selon lui, si l'on avait fait cela, «nous aurions la quantité de vaccins que nous voulons», mais «nous ne le faisons pas, pas à cause des vaccins, mais à cause du fait que monsieur Macron étant un ami de monsieur Biden et de monsieur Trump, ne parle pas aux Russes».

Les élus RN ou LFI venant sur les plateaux de télévision font, eux, vraiment de la politique de bas étage sous prétexte de dénoncer un «refus idéologique». Le même Mélenchon disait aussi au mois de décembre sa méfiance devant la technique innovante du vaccin Pfizer (6), qui allait s’illustrer les mois suivants par la vaccination brillante de dizaines de millions d’Américains, d’Israéliens et autres populations : mais il faudrait un peu plus de courage aux journalistes pour lui jeter au visage ses fausses prophéties.


L'Iran a lancé sa campagne de vaccination avec le ministre de la santé Saeed Namaki qui a vu son fils Parsa recevoir la première dose de Sputnik V


Dans une interview à France Info, le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian devait reprocher à la Russie de faire de son vaccin contre le Covid-19, Spoutnik-V, un outil de propagande : «A la manière dont c’est géré, c’est plus un moyen de propagande et de diplomatie agressive qu’un moyen de solidarité et d’aide sanitaire. » (…) La Russie a annoncé avec beaucoup d’environnement médiatique qu’elle allait donner 30.000 doses aux Tunisiens, très bien Spoutnik ! Mais, dans le même temps, [le dispositif] Covax (dispositif d’aide à la vaccination des pays en voie de développement par les pays occidentaux, ndlr) a déjà livré 100.000 doses et va en livrer 400.000 d’ici au mois de mai, a-t-il reproché. Ça, c’est du vrai travail de solidarité, c’est de la vraie coopération sanitaire » (7).

On pourrait citer, dans la même série, les centaines de milliers de doses promises à la Hongrie pour 40.000 effectivement livrées ; d’autres livraisons réduites, faites en grande pompe avec effectivement une communication très agressive ; et le fait que l’Italie va construire une usine dans le Nord du pays pour produire le Spoutnik, mais seulement à partir du mois de juin donc une fois que la pire vague actuelle sera passée : la Russie est totalement incapable de nous fournir en quantité son vaccin miracle.

Sait on aussi que le V du Spoutnik-V n’est pas le chiffre 5 en caractères romains, mais bien le V de la victoire, célèbre depuis la Seconde Guerre Mondiale ? Oui, la lutte contre le mal affreux de la pandémie du Covid-19 qui a fait déjà plus de 2.750.000 morts – estimation basse – peut s’assimiler à une véritable guerre mondiale, même si on a beaucoup reproché à Emmanuel Macron son fameux «nous sommes en guerre» du début de l’épidémie en France. Une guerre se gagne avec des munitions, l’arme principale en ce début de printemps 2021 restant les vaccins. Mais même si la propagande garde ses droits partout, même si on doit effectivement ne refuser aucune ressource médicalement sûre, il n’est pas interdit d’avoir tous les chiffres en tête et j’en ai donné un certain nombre ici pour clarifier les données. Juste une illustration pour finir, publiée le 17 février sur le compte twitter du Docteur Éric Feigl-Ding, épidémiologiste américain suivi par des centaines de milliers de followers.

COVID ET EXCES DE MORTALITE


Sur ce diagramme, sont comparés les chiffres officiels des morts du Covid-19 pour 100.000 habitants, et l’excès de mortalité, comptabilisés au 16 février dernier. En France, les deux chiffres sont quasiment identiques. En Russie, le chiffre de victimes de l’épidémie rapporté à la population est voisin du notre, mais l’excès de mortalité est largement supérieur : n’est-ce pas étrange ? Mais qui interrogera les vaillants avocats du vaccin miracle sur les performances sanitaires d’un pays que l’on devrait prendre comme modèle ?


(1)    : source rtl.fr , 25/03/2021

(2)    : source Sortir à Paris. com, 26/03/2021

(3)    : source Le Monde, 25/03/2021

(4)    : source Le Monde, 12/02/2021

(5)    : source FranceTV Infos, 21/03/2021

(6)    : source 20minutes.fr, 13/12/2020

(7)    : source Le Monde, 26/03/2021

4 commentaires:

bliahphilippe a dit…

Utiliser ce graphique pour douter ou faire douter de l'efficacité du vaccin russe- s'il est honnete dans la présentation des données- ne fournit pas une réponse complète et certaine par rapport à d'autres vacins.
En effet il importe de savoir quel pourcentage de la population a été vaccinnée avec ce produit en temps utile depuis le moment où la pandémie a commencé- y ajoutant dans un pays aussi étendu que la Russie le problème d'organisation et du nombre progressif de doses disponibles.
Ceci dit, bien que n'étant pas expert, à la question posée "préférez-vous pour la meme efficacité un vaccin ARN ou classique" je pense que comme beaucoup d'autres j'orienterais mon choix sur un vaccin de type classique, faute de recul.

Marianne ARNAUD a dit…

J'ai bien compris que pour vous, la politique des élus du RN ou de LFI était de "bas étage".
Mais je n'ai pas réussi à démêler à quel étage je devais situer la vôtre ?

Véronique Allouche a dit…

« Nous avons eu le tort de manquer d’ambition... » c’est peu de le dire quand devant une telle urgence sanitaire le pays de Pasteur n’a pas été capable de sortir un vaccin faute de moyens financiers pour payer ses chercheurs. L’Europe quémande, s’insurge de ne pas avoir les doses nécessaires à sa population quand d’autres ont passé commande bien avant elle.
« Nous avons eu le tort de manquer d’ambition... ». Pas seulement la France mais aussi l’UE.
Quant au vaccin Spoutnik-V il semble que les effets secondaires politiques se font déjà sentir par Mélenchon et Marine le Pen sans qu’il soit besoin de les inoculer.

Anonyme a dit…

Pasteur a été capable de sortir un vaccin dont les effets n'étaient pas suffisants en phase 1. Mais le pire ce sont les guerres d'égo qui ont tué la recherche
https://www.google.com/amp/s/www.ladepeche.fr/amp/2021/02/25/vaccin-contre-le-covid-19-une-guerre-interne-entre-chercheurs-derriere-lechec-de-linstitut-pasteur-selon-une-enquete-9393319.php